CHAPITRE PREMIER
De nos observations et de celles que nous avons pu trouver dans la littérature médicale, il résulte que les brûlures électriques s'accompagnent souvent de complications. Ces complications peuvent être primilives, secondaires où tertiaires.
Il faut remarquer toutefois que beaucoup d'entre elles ne sont pas, à proprement parler, des complicalions de la brûlure électrique elle-même, mais des accidents provoqués, tantôt isimullanément, tantôt secondairement, par le passage même du courant électrique : la brûlure
élant l'accident qui attire le plus l'attention.
ne
1° Complications primitives
Ce sont celles que Fon observe immédiatement après l'accident où dans un délai très court. Elles consistent en troubles nerveux.
Parmi ces troubles nerveux, les uns sont d'origine motrice, tels que la contracture, l'agitation, la paralysie, le coma :; les autres sont d'origine sensitive, telles les
douleurs.
Contracture
Elle a été notée dans nombre d'observations et tous les électriciens savent combien elle’ est redoutable, Un ouvrier, non isolé du sol, saisit-1l accidentellement un conducteur à haute tension ? Aussitôt que le contact est établi, Ta main intéressée « se crispe » et l'ouvrier narrivera pas à la « décoller » si l'on n'intervient pas, soit pour couper le courant, soit pour lui faire lâcher prise en exerçant sur lui de violents efforts de traction.
Et celte contracture se produit aussi bien avee le courant continu qu'avec le courant alternatif, dans les limites des tensions industrielles, bien entendu. Mais comment se produit-elle ?
Nous savons qu'on peut exciler un muscle électriquement, soit directement, soir par l'intermédiaire de son nerf, Si l'excitation est de courte durée, tels que la fermelure ou louverture d'un courant continu, un choc d'induction, le muscle répondra à cette excitation par
une secousse musculaire, Si Jes excitations se succèdent,
mais encore à intervalles notables, le musele répondra à celle série d'excitations par une série de secousses museulaires. Par contre, si la fréquence devient plus grande, le muscle prendra un raccourcissement constant qu'il gardera pendant tout le temps de l'action du courant il sera tétanisé, contracturé., On comprend done qu'un courant alternatif, mème faible, puisse tétaniser un muscle où un groupe de muscles. I suffit pour cela que sa fréquence soit assez haute.
Pour le courant continu, Faclion est toute différente. \vec un courant d'intensité modérée, on n'obtient de contraction musculaire qu'à la fermeture et à la rupture du courant. Ici, en effet, l'intensité garde la même valeur pendant tout le passage du courant, elle ne varie qu'à la fermeture et à la rupture. Or, ce sont ces variations seules qui excitent le muscle.
Mais il n'en est plus'de mème lorsqu'il s'agit d'une forte intensité. Broca nous dit (Traité de physique médicale) : « que, dans ce cas, il y a effet pendant tout le temps du passage du courant ; un muscle ainsi excité entre alors en tétanos et les nerfs sensitifs donnent une sensation pendant tout Je temps du passage du courant. Cette action du courant continu correspond certainement à la production sur son passage de phénomènes d'électrolyse ; ces phénomènes se produisent en effet en tous les points où il y a une discontinuité dans l'électrolyte, par conséquent, dans le cas des tissus, à toutes les surfaces cellulaires ».
Ce serait donc les multiples modifications de résistance dues au passage du courant qui créeraient autant d'excitations capables de tétaniser les muscles, par Île
simple fait de leur succession rapide.
Cette tétanisation, cette contracture, qui peut être le fait de beaucoup de contacts accidentels avec les conducteurs de haute tension, peut persister plus ou moins longtemps après l'accident.
Dans le cas de notre observation VI, où il s’agit de courant continu à 55o volts, la contracture n'a duré que le temps du passage du courant, c'est-à-dire jusqu'au moment où les camarades de louvrier sont parvenus à lui faire lâcher prise. Elle a donné suite à une sensation d'engourdissement, d’asthenie musculaire qui n'a cessé qu'au bout d'une heure.
Dans d'autres cas (observation 1), elle a persisté jusqu'au moment où on dut pratiquer l’amputation. Besson note une opposition permanente du petit doigt et du pouce. Garçot (obs. 1) parle de l'impossibilité dans laquelle on se trouvait de redresser les doigts de son petit blessé, plusieurs jours après l'accident.
En tous cas, nous pouvons dire que lorsque la contrac- Lure persiste un certain temps, elle à plus de tendances à évoluer vers la rétraction et l'atrophie, qu'elle ne présente de chances de guérison.
Pour terminer, nous dirons aussi que cette contracture se fait ordinairement dans le sens où agit le groupe de muscles le plus fort. Et pour les régions qui nous intéressent le plus souvent, main et avant-bras, dans le sens de la flexion : les fléchisseurs prédominant sur les
extenseurs.
Agitation, Paralysie, Coma, Troubles psychiques
Ils sont dus, soit à une action directe, soit à une
action indirecte du courant sur les centres nerveux.
ire
Lorsqu'il y à action directe, c'est-à-dire lorsque le conact s'établit entre le crâne et un conducleur de tension suflisante, voici ce que lon observe habituellement
I y à d'abord agitation motrice due à l'excitation de l'écorce cérébrale, Cette agitation se manifeste par des mouvements d'abord cloniques, puis toniques à type Jacksonnien, plus où moins généralisés. De plus, ces réactions épileptiformes produites par l'excitation des diverses parties de l'écorce peuvent ne pas se borner aux muscles striés de la vie äe relation, elles peuvent s'étendre aux organes de la vie végétative et se manifester par des modifications respiratoires, cardiaques, vasomotrices. Comme nous l'avons vu précédemment, c'est un des mécanismes par lesquels la mort peut survenir lorsque les centres bulbaires sont sur le passage du courant.
Ni l'excitation se prolonge un certain temps, sans diffuser jusqu'à provoquer ces accidents bulbaires, il survient alors une perle de conscience avec contracture et anesthésie plus où moins généralisée : la paralysie en est le dernier stade. On peut même voir simultanément la contracture dans certains groupes de muscles et la paralysie dans d'autres, ces derniers répondant aux centres sur lesquels l'application du courant à été Ja plus directe, C'est ainsi que dans le cas de Faber (obs. IV), le blessé présentait une hémiplégie gauche (côté opposé à la lésion) en même temps que les autres membres étaient le siège d'une agitation motrice extrème.
Quant aux phénomènes d'anesthésie et de perte de conscience, ils peuvent très bien expliquer l'absence complète de douleurs au moment de l'accident, c'est-à-dire, pendant le temps {plus ou moins long que dure de
Jassage du courant.