I. — AUTREFOIS
On peut dire que tout a été préconisé dans le traitement des brûlures, traitement qui était avant tout local.
Longtemps ces méthodes relevèrent de lempirisme. En effet, la simple énumération de quelques pratiques fthérapeutiques nous moptreront que chaque médecin à pu pendant très longtemps soigner les brûlures à sa manière ou se faire le défenseur de telle ou telle méthode en raison de quelques succès obtenus et qui tenaient évidemment'à ce que la lésion ainsi traitée ne présentait par elle-même aucun caractère de gravité. k
Mais toujours il subsistait dans l’esprit des médecins ce facteur de gravité qui faisait qu’à partir d’un certain degré le cas était jugé désespéré et traité dès lors sans espoir, ‘sans foi et seulement parce que l’esprit médical veut que nous ne refusions pas nos soins où que nous nous efforcions d’apporter un soulagement à la douleur. |
Voici à titre d'exemple quelques traitements qui eurent un certain temps la faveur des médecins ou des guérisseurs :
Dans l’antiquité, l'huile avait la préférence en raison de ses prétendues propriétés adoucissantes ainsi que toutes les mixtures pouvant calmer les douleurs du blessé. Puis vint la période des préparations plus ou moins sataniques, dans la composition desquelles entient les ingrédients les plus inattendus, le tout suivant des rites fixés immuablement,
L'oseille, la joubarbe, la morelle, la laitue furent tour à tour employées.
Les bonnes femmes préconisaient le cataplasme de pulpe de pomme de terre ou d’oignon au sel.
Si nous ne pouvons trop critiquer la première méthode, que dire d’un emplâtre salé sur une plaie, thérapeutique qui évidemment arrachait des hurlements de douleur au patient.
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La haute société préférait à cela l'huile de lin bu l'huile de rose (évidemment plus aristocratique).
Des onguents variés à la litharge, à la céruse, au styrax furent tour à tour utilisés.
Dans certaines régions de France on faisait des FAIUÈUE cations de blanc ou de jaune d’œufs.
Les produits les plus sales et les plus originaux furent employés sans aucun scrupule; il est vrai qu’on ne connaissait pas encore l’asepsie': boue des chemins, lard, et même, selon les conseils d’Ambroise Paré, « la fiente de cheval fricassée: dans l'huile de noix ».
Dans les pays d'Orient on tenait pour l’urine de femme fraîchement émise, il était dit que c’était un excellent topique des brûlures.
Les Arabes faisaient des emplâtres au henné, au beurre de mouton ou avec un mélange de goudron et d’huile.
Dans 1! Soudan les indigènes atteints de brûlures enfouissaient la partie brûlée dans le sable chaud, puis l’enveloppaient de terre glaise. Mais les petits grains de sable qui s’étaient incrustés dans la plaie et qui étaient cause de continuels traumatismes faisaient atrocement souffrir le malade.
Vers la fin du xvrr° siècle on employa les poudres absorbantes et les substances astringentes comme l’alum ou l'encre. Au xvi° siècle on s’efforça de calmer la douleur; pour cela le brûlé était plongé dans l’eau froide, et on lavait la plaie
avec de la teinture d’opium.
KENTISCH, lui, ordonnait le nettoyage de la brûlure avec
des toniques, du quinquina ou de l'alcool.
Au xiIx° siècle, ANDERSON prescrivit des lotions à l’essence de térébenthine et d’épaisses couches d’ouate qu'il laissait en place de deux à trois semaines.
En 1865 l’illustre chirurgien PonceET fit une thèse de Doctorat sur le « traitement des brülures par Îla fleur de Balsamine ».
RecLus, en 1892, préconisait la pommade à l’iodoforme.
Bipper prétendait avoir eu de bons résultats avec une
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solution de thiol ou d’Ichtyol. Mais\il s’avéra que ces substances étaient irritantes pour la peau.
BARDELEBEN utilisait des bandes de tarlatane imp régnées de sous-nitrate de bismuth et de tale (bandes de Bardeleben).
THiERRY défendit l’usage de l’acide picrique en solution éthérée ou aqueuse. Cette méthode eut un gros succès pendant un certain temps, ainsi que les solutions saturées d’acide borique.
L’acide picrique avait pour avantage de provoquer une sédation immédiate de la douleur, son usage un peu trop étendu a montré que des accidents locaux variés pouñvaient en résulter : érythème, eczématisation, dermite vésiculeuse.
En effet il est quelque peu anormal de traiter une brûlure due à un agent physique en faisant une autre brûlure due celle-là à un agent chimique.
On a même vu après le traitement d’une brûlure trop étendue apparaître un érythème scarlatiniforme généralisé, des signes d’éosinophilie, des vomissements, de la coloration des téguments et des urines. Ceci montre bien que si, selon certains auteurs, la fonction respiratoire de la peau était diminuée, du moins son pouvoir d'absorption ne l'était pas et était même augmenté du fait de la béance de nombreuses veinules érodées par les destructions tissulaires dues à la brûlure.
Ona même signalé des cas de mort chez l’enfant, dont on sut, grâce à sa symptomatologie particulière, en attribuer les effets au traitement picriqué et non à la brûlure elle-même.
. HEBRA, à cette époque, dans sa Clinique Dermatologique à Vienne, avait créé une section d’hydrothérapie.
En 1893, dans son manuel d'hygiène, le Docteur DEHAUT préconisait l’action de l’eau froide comme moyen propre à calmer la douleur chez les brûlés et, ajoutait-il « dans le cas d’une brûlure du premier degré on utilise la décoction de racine de guimauve ou de fleurs de sureau ».
Pour les brûlures de second degré, après avoir « percé les cloques », on devait faire un pansement avec du cérat ou du beurre frais. Quant à celles du troisième degré on devait employer « sans ménagement l’onguent n° 458 » ainsi com-
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posé : goudron de Norvège, 20 grammes; colophane, 100 grammes; suif récent de bœuf ou de mouton, 100 grammes, ou, mieux encore, du coaltar saponisé.
Et bien entendu tous ces traitements locaux ne devaient être entrepris qu'après avoir complètement calmé la douleur par l’eau froide. ]
Il ajoutait que si la‘ brûlure paraissait trop grave on devait appeler le médecin; après de tels conseils on est en droit de se demander ce que le médecin pouvait bien faire en cas
de brûlure grave.
Jusqu'en 1940, les médecins allemands utilisaient la méthode des grands bains chauds, dont ils vantaient Peffet analgésique. :
Dès la fin du x1x° siècle, avec le début de l’ère pastorienne, on se préoccupa de l’asepsie des plaies par brûlures et dans tous les pays on eut recours aux antiseptiques.
On utilisa une série de topiques à action antiseptique et kératoplastique : huile de lin, tale, acide pyrogallique.
L'usage des antiseptiques avait beacoup amélioré le pronostic des brûlures.
Mais les brûlures profondes continuaient à suppurer et à donner des cicatrices vicieuses.
M NAGEOTTE insista sur l'importance de la désinfection systématique des brûlures. Elle nettoyait la plaie avec de l’eau savonneuse et une solution antiseptique d’acide phénique à 20 % ou avec une solution boriquée laudanisée.
Puis vint l’ère des corps gras qui tout d’abord sembla présenter quelques avantages. On utilisait pour cela vaseline stérilisée et baume du Pérou, liniment oléo-calcaire.
-HEYDE et VorT critiquèrent énergiquement ces méthodes car, disaient-ils : « L'application d'huiles ou de pommades ne sert le plus souvent qu’à enfermer le loup dans la bergerie en isolant soigneusement les germes de l'extérieur mais en maintenant non moins soigneusement dans les plaies ceux qui se trouvaient d'emblée à leur contact; en outre, elle maintient en place tous les îlots de peau brûlée éminemment toxique ».
Ainsi donc nous voyons les gros inconvénients du. pan-