CHAPITRE III
ETIOLOGIE
Fréquence. — La présence des calculs dans les amygdales est un fait assez rare, puisque nous publions à la fin de notre travail, non pas un choix d'observations, mais presque toute. la série des cas que nous avons pu recueillr.
Age. Sexe. — Cette maladie appartient à tous les âges et aux deux sexes, bien qu’on l’ait rencontrée spécialement dans l’âge adulte et dans la vieillesse.
Origine. — En lisant l'historique que nous venons de faire, il est facile de reconnaître l'absence de donnés certaines que possédaient les médecins d'autrefois sur l’origine des calculs.
L'aspect, la forme, la couleur, l'absence d'analyse chimique de ces derniers firent qu'on se méprit très longtemps sur la nature en les comparant aux tophus des goutteux. Long, Kentmann, Schenck croyaient avoir affaire en effet à une manifestation de la diathèse unique vers l’arrière-gorge. Néanmoins les belles analyses de Thomas Thomson et de Laugier dissipèrent bientôt les fausses conceptions qui avaient
régné longtemps sur la pathogénie des concrétions amygdaliennes. Mais ce résultat, si important qu'il fût, n’en était pas moins un résultat négatif, car s’il réduisait à néant une opinion erronée, il n’apportait pas une explication nouvelle et exacte. La composition chimique en était bien connue désor. mais, mais l’étiologie restait encore dans l'ombre.
Le professeur Robin le premier s’occupa de cette question : il crut qu'il fallait attribuer ces formations pierreuses à la présence normale de petits cristaux calcaires au milieu des glandes amygdales.
Passaguay, auteur d'un beau traité sur les tumeurs des amygdales, compare les calculs de cet organe aux calculs salivaires et, faisant ressortir leur identité de nature, leur attribue une origine semblable :
« Nous avons vu en effet, dit-il, que l’amygdale contenait un certain nombre de glandes acineuses versant leur produit de sécrétion dans les cryptes amygdaliennes; ces glandes acineuses ne seraient que de petites glandes salivaires et les calculs de l'amygdale seraient formés aux dépens de la salive amygdalienne de la même manière que les calculs salivaires aux dépens de la sécrétion des autres glandes salivaires.
» La présence dans l'amygdale de ces produits pathologiques, fournit un nouvel argument en faveur de l’existence'de ces glandules constatées par l'examen microscopique. »
Yearsley, cité par MM. Guéneau de Mussy et Desnos, les compare au tartre des dents et les suppose aussi formés par un dépôt de sécrétions buccales.
Nous aurons, pour notre part, l’occasion de revenir bientôt sur ces explications, et nous nous efforcerons de démontrer que, si la salive doit étre mise en cause, il n’en faut pas moins rechercher d’autres origines.
Cr
De Ca
Tout d'abord, ne pourrait-on pas attribuer la formation des calculs amygdaliens à une véritable diathèse calculeuse ? Cette opinion serait basée sur la présence de calculs chez
des membres d’une même famille (fait de Wilson) et sur leur
récidive fréquente chez le même sujet, après leur extraction. Sans nier absolument l'existence d’une pareille diathèse, nous pensons qu'il n'y a pas lieu de l'incriminer ici, car si elle existait réellement, on pourrait se demander pourquoi elle ne manifeste pas sa présence dans d’autres organes, tels que le foie, la vessie, le rein, etc.
Nous rejetons donc cette première opinion.
En étudiant la texture et l'anatomie pathologique des
calculs, nous avons eu l’occasion de parler de la glande
amygdale elle-même. Nous avons parlé des cryptes existant au sein de cette organe, et venant s'ouvrir par autant d'orifices à la surface de la muqueuse bucco-pharyngienne. Ces cavités, servent de réceptacle et de passage aux produits de sécrétion des glandes acineuses qui tapissent la paroi des lacunes. Elles sont généralement de très petites dimensions, mais sous certaines influences, elles peuvent en acquérir de plus considérables.
Signalons tout d'abord cet état particulier qui existe chez certains sujets présentant, sans que nous puissions en établir la cause, des cryptes d'une grandeur exagérée, de véritables trous d'éponge.
En second lieu, certaines influences morbides peuvent à la longue amener l'apparition d'un état semblable. Nous parlerons tout d'abord de l’amygdalite lacunaire chronique qui marche souvent de pair avec l'hypertrophie des amygdales. Les auteurs font jouer un rôle assez sérieux à la goutte et à l’arthritisme dans la pathogénie de cette affection. Loin de les contredire, nous ferons remarquer que des amygdalites