ANATOMIE PATHOLOGIQUE
À. ETUDE MACROSCOPIQUE. — Au point de vue anatomopathologique, le cancer du foie revêt trois formes principales: celle du cancer massif, celle du cancer nodulaire, celle de l’adénome avec cirrhose. Ces formes peuvent, &u “reste, se trouver associées, — tout au moins les deux premières — ainsi que dans l’observation que nous venons de reproduire.
a) Cancer massif. — Le cancer massif, bien décrit par Hanot et Gilbert, est la forme la plus fréquente et la plus caractéristique du cancer primitif.
Le foie atteint de cancer massif ne présente pas à l’extérieur les bosselures et les déformations du cancer secondaire, sa surface et sa forme restent presque normales, l’organe paraît simplement augmenté de volume. Cette augmentation porte presque toujours, comme dans notre cas, sur le lobe droit, et peut arriver à tripler et même à auadrupler le poids de l’organe. Bien que, d’une façon générale, le cancer primitif atteigne un développement moins grand que le cancer secondaire, c’est la forme de cancer massif qui augmente le plus fortement le volume du foie; et c’est dans les cas de cancer primitif massif que l’on observe des foies si volumineux qu’ils se rapprochent
par leurs dimensions des foies atteints de cancer secondaire. On a observé des cas où le foie pesait jusqu’à 16 livres. Notre observation, dans laquelle le foie pesait 15 livres, entre dans le cadre de ces cas à tumeur volumineuse.
L’aspect de l’organe, presque normal, sauf parfois un aspect légèrement ondulé, ne permet pas de penser à autre chose qu’à une hépatomégalie ; seule la coupe montre qu’il s’agit d’une tumeur développée en plein parenchyme hépatique.
Gilbert conseille, lorsqu'on se trouve en présence d’un gros foie, de faire une coupe dans le sens du grand axe. On voit alors que le foie est occupé dans sa plus grande partie par un néoplasme de consistance homogène et de couleur uniforme, grisâtre ou jaunâtre. Parfois la tumeur présente un aspect irrégulièrement marqueté dû à des différences de coloration entre les îlots voisins. Le pourtour de la tumeur se distingue très facilement du parenchyme hépatique sain qui est refoulé autour d’elle vers la périphérie de l’organe. Parfois, le néoplasme est complètement entouré d’une lame mince de tissu normal, et cette disposition a recu le nom de cancer en amande.
Tandis que le ramollissement central s’observe très souvent dans les nodosités du cancer secondaire, le centre du cancer primitif massif n’est presque jamais ramolli, La consistance de la tumeur est uniforme, et le râclage de la surface de section fait sourdre une certaine quantité de sue cancéreux.
Parfois, le cancer massif n’existe pas tout seul. Il est très rarement associé avec une cirrhose; on ne connaît guère qu’une observation authentique, celle de Picot. Mais il est un peu plus fréquent, quoique toujours exceptionnel, de le {rouver associé comme dans notre observation avec un cancer nodulaire. Les nodosités se développent alors dans le
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tissu hépatique qui occupe la périphérie de la tumeur, on peut considérer ces formes comme constituant, si l’on veut, une variété intermédiaire.
La périhépatite, la généralisation cancéreuse, fréquentes dans le cancer secondaire, est rare dans le cancer massif. Cayla a vu l’envahissement du rein droit se produire par contiguité. Les conduits biliaires extra-hépatiques, les gros trones artériels et veineux sont indemnes.
Quant à l’envahissement ganglionnaire, il se produit dans le cancer primitif comme dans le cancer secondaire, comme dans tous les cancers. On observe très souvent la dégénérescence cancéreuse des ganglions du hile, des ganglions gastro-hépatiques, péri-pancréatiques, pré-vertébraux et médiastinaux auxquels se rendent les Iymphatiques du foie. Par les veines sus-hépatiques, des embolies spécifiques se produisent parfois, qui vont ensemencer le cancer dans les poumons.
b) Cancer nodulaire. — Cette variété se caractérise par des nodosités séparées les unes des autres, qui peuvent être extrêmement nombreuses, Leur grosseur varie d’une tête d’épingle à une mandarine ou même à une grosse orange; leur partie centrale est généralement déprimée en cupule. Le plus souvent la surface du foie est mamelonnée, mais parfois les nodosités ne soulèvent pas la capsule sur laquelle elles apparaissent comme des taches.
Le volume et le poids du foie sont presque toujours augmentés, mais n’atteignent jamais des proportions considérables. Le volume de ces tumeurs ne peut jamais se comparer avec celui des tumeurs secondaires ou celui du néoplasme massif primitif. On a même cité des cas où le volume du foie est diminué bien qu'il n’y ait pas de sclérose : (Hilton-Fagge).