CONCLUSIONS
Les corps non saturés, quelle que soit leur fonction, simple ou complexe, peuvent donner directement des dérivés d’addition. Ces dérivés ne se forment pas toujours à la température ordinaire, comme cela arrive avec l'acide sulfurique et les carbures acétyléniques et éthyléniques. Il suffira, cependant, pour leur donner naissance, de fournir à la réaction l’énergie étrangère qui doit en être la cause déterminante. Une condition évidente du problème sera que le développement de cette force nécessaire ne détruise pas les corps sur lesquels elle doit agir. Telle est l’idée qui a inspiré ce travail.
Elle se trouve justifiée, dans une certaine mesure, par les résultats obtenus avec l’eau d’une part et l’acide acétique de l’autre, mis, à température élevée, en présence des carbures non saturés.
Je rappelle, en effet, que j’ai réussi à hydrater directement, à 325°, etavec un rendement moyen de bo pour 100, les carbures suivants :
1° Dans la série grasse :
L’acétylène,
L’allylène,
L'hexylacétylène,
Le méthylbutylacétylène,
Le méthylamylacétylène ;
29 Dans la série aromatique :
Le phénylacétylène,
Le diphénylacétylène ou tolane.
J'ai montré que le premier terme de la série, l’acétylène, fixe les éléments de l’eau en donnant naïssance à l’aldéhyde éthylique C?H1O. On a vu que les divers savants qui ont appliqué à ce carbure les procédés indirects d’hydratation ont obtenu des résultats très différents. L’allylène, que J'ai transformé en diméthylcarbonyle, avait de même fourni des produits d'hydratation variables, entre les mains de plusieurs expérimentateurs.
Mon travail conduit, en outre, aux deux conclusions générales suivantes :
1° Les carbures acétyléniques vrais sont transformés en méthylcétones par hydratation directe. Il n’y a d'exception que pour le premier terme.
2° Les carbures substitués donnent naissance, lorsque leur formule est symétrique, à une seule acétone; ils permettent toujours d'obtenir, lorsque leur formule est dissymétrique, les deux acétones indiquées par la théorie.
Ces résultats sont analogues, en tous points, à ceux qui ont été obtenus à l’aide des méthodes indirectes. Ils confirmeraient notamment, si cela était nécessaire, la classification des carbures quadrivalents que M. Béhal a fondée sur la différence des produits d’hydratation fournis par ces carbures.
J’ai tenté des essais nombreux pour combiner le cyanogène, l’acide cyanhydrique, le bromure de cyanogène, l’oxychlorure de carbone et l’ammoniaque avec les mêmes carbures. Les quelques résultats que j’ai obtenus sont malheureusement isolés et manquent de l’homogénéité nécessaire pour trouver place dans ce Mémoire. Outre que la plupart de ces réactifs sont très altérables, dangereux et difficiles à manipuler, il faut un grand nombre d’expé-
riences pour recueillir une quantité suffisante de produit, étant donnée la perte fréquente des tubes en verre qui servent aux opérations.
Je ne me dissimule pas que les résultats positifs que je présente sont en nombre restreint et occupent une place bien modeste dans le cadre assez vaste de ce travail, mais J'ai l'intention de poursuivre ces recherches, qui me paraissent offrir quelque intérêt, au point de vue théorique.
J’ajouterai enfin que j'ai amélioré, dans une mesure notable, la préparation des carbures acétyléniques, relativement aux manipulations nécessaires.
On avait toujours, et avec raison, considéré les corps non saturés comme très instables aux températures élevées. Il vésulte de mes recherches que la présence de corps étrangers, stables aux mêmes températures, peut reculer singulièrement cette limite de résistance à l’action de la chaleur.
Vu et approuvé :
Paris, le 4 avril 1894.
LE DOoYEN DE LA FACULTÉ DES SCIENCES, G. DARBOUX.
Vu et permis d'imprimer :
Paris, le 4 avril 1894.
Le Vice-RECTEUR DE L'ACADÉMIE DE PARIS, GRÉARD.