I. — Chondromes extra-pelviens
Pour bien distinguer cette tumeur des autres, disons qu’elle débute vers un âge moyen de la vie, assez fréquemment vers 50 ans, qu’elle s’accroît avec une extrême lenteur, mais qu’elle atteint souvent un énorme volume. Elle offre le plus souvent une surface régulière et dure, mais elle se soulève aussi en mamelons et peut se creuser, surtout s’il s’agit de chondromes déjà anciens, de cavités kystiques. Les douleurs spontanées sont fort obtuses, les
! — 46 — douleurs provoquées à la pression, exceptionnelles; en un mot, les symptômes douloureux vrais relèvent de la compression. La généralisation est rare.
Si le chondrome est de forte ou de moyenne dimension, il faudra le distinguer de l’ostéosarcome, du fibrome, et exceptionnellement du kyste essentiel des os :
a) En ce qui concerne l’ostéosarcome, il y a une douleur soudaine au début, subite, atroce, non calmée par le repos et qui surprend un sujet en bonne santé apparente. Lorsque le sarcome a évolué, on peut sentir la crépitation parcheminée et on voit souvent une fine circulation veineuse superficielle; enfin, la marche est en général rapide et c’est en peu de temps que le malade voit grandir sa tumeur, qu’il la voit s’ulcérer et qu’il meurt. Au début, le diagnostic ‘adiologique nous aura permis de faire la différence avec une tumeur bénigne : c’est ainsi que la corticalité se trouve parfois détruite, on voit des « géômes » avec des espaces clairs et obscurs et parfois aussi une réaction périostique très manifeste sous forme de saillie ou d’éperon;
b) Quant au fibrome du bassin, c’est une tumeur assez rare, qui naît en général sur les crêtes iliaques en des points où les aponévroses se fusionnent avec l'os. Il est certain cependant que le diagnostic peut être fort délicat avec un chondrome extra-pelvien au début;
c) Le kyste essentiel des os est une localisation exceptionnelle au niveau du bassin; de plus, il survient de préférence chez les enfants et la radiographie est caractéristique : c’est une tache claire d'aspect uniforme, une véritable « soufflure de los ». (Bérard)
Lorsque le chondrome est de petit volume, il faut le distinguer, d’une part des tumeurs du voisinage et, d’autre part, des productions osseuses du bassin, telles que les déformations rachitiques, les calss les exostoses : des tumeurs de voisinage, nous dirons peu de chose: on avait signalé autrefois la présence de petites tumeurs mobiles dans le pli de l’aine que Cuvellier avait baptisées ostéo-
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chondrophytes pédiculés et que Dolbeau disait être des chondromes du bassin secondairement pédiculisés : quoiqu’il en soit, ce sont des raretés cliniques et en plus ces productions ne font pas corps avec los et sont mobiles. Les tumeurs ganglionnaires n’adhèrent pas non plus à l’os et ne seront guère confondues après un examen sérieux de toutes les causes d’adénopathie (Observation XI).
Les anévrismes ont des signes bien particuliers que nous ne rappellerons pas ici. — Le diagnostic le plus délicat, alors même que le chondrome est petit, sera celui de l’exostose, surtout que nous savons qu’exostose et chondrome peuvent coexister fréquemment sur un même malade (Observations XI, XIII et XIX) et que pour certains auteurs le chondrome a toujours une exostose pour origine : on se rappellera cependant que les exostoses sont souvent multiples et qu’elles ne devraient subir aucun développement. — Nous n'insisterons pas longtemps sur les déformations rachitiques et les cals, l’interrogatoire du malade suffisant à nous renseigner dans ces cas-là.
Reste le kyste hydatique du bassin : les accidents de compression sont peu fréquents, la tumeur est dure, bosselée, le volume ne dépasse guère celui du poing. Nous avons cependant souvenance d’un cas où la masse venait bomber au niveau du triangle de Scarpa, et que l’on avait pris pour une tumeur du bassin : l’opération montra que c’était un kyste hydatique et que les bosselures provenaient des vésicules filles.
Enfin, il nous a paru intéresant en terminant, d’esquisser le diagnostic des chondromes*extra-pelviens avec les exostoses ostéogéniques : ce diagnostic se pose non seulement chez les enfants à la période de croissance (cas de Tavernier et du Professeur H.-L. Rocher) mais parfois aussi chez les adultes (cas du Professeur agrégé Papin). Les exostoses ostéogéniques siègent de préférence au niveau des épiphyses fertiles du fémur ou du radius, mais