INTRODUCTION
Au premier Congrès international de gastroentérologie de Bruxelles {Août 1935}, Raoul Bensaude et J. Rackhet définissent ainsi la recto côlite ulcéreuse non spécifique :
« Maladie grave atteignant le côlon en partie ou en totalité, prédominant toujours à sa surface et à sa terminaison, se traduisant par un syndrome dysentérique d’allure aiguë ou chronique, d’étiologie probablement infectieuse, mais non encore identifiée.»
L'aspect clinique est celui de toute dysenterie. Il est caractérisé par des coliques avec épreintes, évacuation de selles liquides, fréquentes [10 à 30 par jour) sanguinolentes et purulentes. La fièvre est tantôt élevée, tantôt nulle, suivant que lon à affaire à une forme aiguë ou chronique. En général, les formes aiguës sont plutôt hémorragiques et s'accompagnent souvent d’une anémie marquée. Elles tuent en quelques semaines, malgré tous les traitements. Dans les formes chroniques, on note aussi une anémie plus ou moins importante due à l'intoxication, à l'infection et, en partie, à la spoliation sanguine. Trois examens complémentaires sont indispensables pour élayer le diagnostic : la coprologie, la radiologie, et la recto-
scopie.
La coprologie a pour but d'éliminer les côlites ulcéreuses spécifiques par la recherche des parasites {amibes} et des bacilles {Shiga, His et Flexner]).
La radiologie, elle, permet d'explorer tout le côlon alors que la rectoscopie limite ses investigations au rectum et à la fin de l'S sigmoïde. Le transit est normal jusqu’à la valvule iléo-caecale, très accéléré dans le côlon. On peut observer de la rigidité des parois ; d’autres fois, le liquide opaque ne «prend » pas au niveau des ulcérations recouvertes de mucus et le côlon donne des images en «terrain hersé ». L'étude des contours présente tantôt l'aspect de bavures, de spicules, ou de doubles contours.
La rectoscopie représente le temps essentiel de l'examen (Bensaude) car c'est elle qui donne la certitude. En allant des formes les plus simples aux plus graves, on note d’abord un état congestif rouge vineux de la muqueuse avec œdéme. D'autres fois, sur ce fond rouge et œdèmateux, on remarque des taches ecchymotiques et, à côté, de petites ulcérations recouvertes de pus ou de fausses membranes diphtéroides. Dans certains cas, la muqueuse a disparu et l'intérieur du rectum a un «aspect charnu d'écorché»{Bensaude), qui saigne abondamment au moindre attouchement et aveugle le rectoscope.
L'évolution est des plus variables, soit évolution aiguë terminée par la mort en quelques semaines. soil évolution plus lente par poussées avec périodes de guérison, suivies de rechutes.
ER R-eS
Les complications peuvent êtres locales, c'est-àdire se situer dans le côlon même ou bien être extracôliques. Les premières sont les plus fréquentes : polypose recto-sigmoïdienne, sténose rectale, sténose de l’anse sigmoïde, dégénération néoplasique, perforation, abcès péri-rectal. Parmi les complications exlra-côliques, nous comptons : les arthrites, avec localisation de préférence dans les articulations du poignet, épaule et tibiotarsienne ; la néphrite, la phlébite, le purpura. Ces complications ont été bien étudiées en particulier au premier Congrès international de Gastro-entérologie à Bruxelles [(1935/. D'autre part, certains auteurs, Ramel, Gallart-Monèés, Domingo, Brocke, Cohen, Rogers, Bargen, Warner, ont noté des complications cutanées. Ces lésions cutanées sont rares. Nous en avons recueilli plusieurs observations et les étudierons particulièrement. L'étiologie, la pathogénie et le traitement de la recto-côlite ulcéreuse non spécifique sont encore bien imprécis ; par contre, personne ne conteste son entité anatomoclinique. L'étude d'ensemble de l'anatomie pathologique qui a particulièrement attiré notre attention à l'occasion d'un cas de recto-côlite ulcéreuse non spécifique, compliquée d'abcès ulcéré de la peau, nous a suggéré par la similitude des lésions observées dans le tégument et le côlon aussi bien chez l'homme que chez l'animal, que l'affection était une septicémie à virus inconnu donnant des localisations cutanées et viscérales à prédominance côlitique.
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Après quelques observations, nous éludierons en différents chapitres :
Les complications cutanées, avec la description des lésions observées, leurs caractères, leur évolution, leur pourcentage par rapport aux autres complications.
L'histologie pathologique.
1° — des lésions cutanées, 2° — des lésions côlitiques, 3° — des lésions expérimentales.
Les analogies des lésions côlitiques, cutanées, expérimentales.
La pathogénie.
En un dernier chapitre, les conclusions qui peuvent découler de cetle étude.