AVANT-PROPOS
Les rapports du nerf phrénique avec le système nerveux de la vie végétative sont connus depuis longtemps. Ils ont suscité de nombreux travaux, et ont été interprétés de façons très diverses. On peut reconnaître à leur histoire quatre étapes :
A) — D'abord ils ont été mentionnés par les anatomistes ; On trouve dans les traités d'anatomie classique (Luscaka, Poirier, Rouvière, HovELAc- QUE) la description des connexions du nerf phrénique avec la chaîne sympathique. Ces connexions existent en deux points principaux : à la base du cou, et au niveau du diaphragme.
B) —— Dans une seconde étape, histologistes, physiologistes et chirurgiens ont étudié le rôle de ces connexions dans là mécanique du diaphragme.
a) Des travaux d'histologie ont établi l’existence de fibres amyéliniques dans le tronc du nerf. Aoyaar en 1911, Wizy Fércix en 1922 [27], Kenvo Jano en 1928, Krss et Bazzon [38 bis], Guénin [33 bis] en 1930 décrivent la disposition de ces fibres dans l'épaisseur et sur la hauteur du nerf. Leur abondan-
ce, leur disposition fasciculée autorisent tous ces auteurs à leur attribuer un rôle important.
b) Le rôle dévolu aux fibres végétatives du nerf
phrénique dans le fonctionnement du diaphragme
a suscité de nombreuses discussions :
1) Wiczy Férix [27] a soutenu le rôle moteur de ces fibres et leur a même attribué un territoire
F , | . e . = d’innervation : la portion lombaire du diaphragme.
2) Le même auteur a défendu l'innervation sensitive des séreuses diaphragmatiques par des filets amyélinés qui emprunteraient la voie du nerf phrénique. Ainsi s’expliquerait la douleur scapulaire par irritation du phrénique. On sait que ce type de douleur réfléchie est propre aux voies de la sensibilité viscérale sympathique. (Cette théorie n'est pas acceptée par Kiss et BazLon [38 bis]. Kiss [38] ne reconnaît pour fibres sensitives que les fibres faiblement myélinisées ; les fibres amyéliniques ne sont jamais pour lui des fibres sensitives.
3) Il était logique d'attribuer aux fibres amyéliniques du nerf phrénique un rôle dans le tonus diaphragmatique. Ce rôle est en effet admis par Bœcxe pour les filets amyéliniques des nerfs cérébro-spinaux. Ken KURÉ pensait pouvoir expliquer par l'innervation sympathique la persistance de la motilité du diaphragme après interruption du nerf phrénique. Wiczy Férix [27] a rétabli les faits en montrant l'importance de nerfs phréniques accessoires qui échappaient à la phrénicotomie. Pour ob-
tenir une énervation complète du diaphragme supprimant à la fois le tonus et la motilité, il proposa de réaliser une phrénicectomie, c’est-à-dire l’arrachement du phrénique et des accessoires.
: C) — La vulgarisation de la phrénicectomie a amené les phtisiologues à conférer aux filets végétatifs du nerf phrénique une efficience pulmonaire. C'est la troisième étape de l’histoire du phrénique. Tous les pneumonologues étaient en effet frappés de ce que, dans certains cas, l'efficacité de la phrénicectomie sur des lésions pulmonaires étaient indépendantes du résultat obtenu sur le diaphragme.
L'école de SerGenr [51-52] a lancé l’idée que la phrénicectomie déclancherait des perturbations vaso-motrices pulmonaires. De là à affribuer ces phénomènes au système sympathique et à mettre en jeu les connexions végétatives du nerf phrénique, il n'y avait qu'un pas. Il est vrai qu'il existait des observations favorables à cette hypothèse ; notamment la constatation de symptômes d'ordre sympathique (modifications pupillaires, rougeur ou pâleur du visage) dans les suites de. certaines phrénicectomie (CARLE) (1). Cependant, il:ne s'agissait là que de présomptions. I] manquait à celte hypo-
e. Elle a été tentée par Tinez, UnGar et BricourT [57] (1936).
thèse une confirmation expérimental
(1) Le tiraillement du ganglion stellaire au cours de la phrénectomie pouvait-il expliquer ces phénomènes P Nous nions cette possibilité comme nous le verrons par la suite.
he
Ces auteurs ont pu déterminer des lésions d’infarcissement pulmonaire, analogues à celles produites par l’histamine, par l'excitation du nerf phrénique au-dessus de J’anastomose phréno-sympathique de la base du cou. Nous verrons les critiques dont sont passibles ces expériences.
D) — Nos recherches inaugurant une quatrième étape à l'histoire du nerf phrénique, nous incitent à penser que les filets végétatifs du phrénique jouent un rôle, comme nous le montrerons, par des voies détournées, non seulement dans la circulation fonctionnelle du poumon, mais aussi dans la circulation nourricière bronchique.