OBSERVATION II
(Due à l’obligeance de mon collègue et ami Mercadé.)
Le mercredi, 2 octobre 1901, je reçois, à 10 heures et demie du matin, dans le service de mon maître M. le docteur Richelot, le nommé C.G..., âgé de 16 ans. En traversant les boulevards son pied à glissé; il est tombé sur le dos. Une charrette venant sur sa gauche, passe sur la base gauche de son thorax, mais la roue arrêtée dans sa course, retombe en arrière sans l’avoir franchi. On le relève et on le transporte à lPhôpital Saint-Louis.
Pâle, les lèvres décolorées, son visage exprimant la souffrance, il se plaint de douleurs dans tout le ventre, principalement au point contus. La respiration est précipitée et purement thoracique. Il vient d’avoir, paraît-il. quelques vomissements alimentaires. Le pouls est rapide, il bat à 98 pulsations. A la base du thorax. du côté gauche. on aperçoit trois éraflures au niveau du rebord costal, La paroi abdominale est contracturée et ses muscles forment une barrière qui empêche toute palpation dont les tentatives sont du reste très douloureuses. La percussion donne un signe nouveau : c'est une légère matité à la partie inférieure de l’abdomen au niveau des deux fosses iliaques. Mais rapidement les symptômes s’aggravent et la situation devient critique. À 11 heures et demie les extrémités sont refroidies, la face présente une pàleur exagérée; il n’y à plus de vomissements mais le pouls est à 96 et la température 3608. L’abdomen est bombé ; le ventre tendu et la zône de matité s'est élevée jusqu’à l’ombilice, lai$sant à peine une bande sonore au dessous du bord inférieur du foie.
Evidemment du sang s'épanche dans le péritoine. Le cas est grave et urgent. Il faut intervenir au plus vite, car il se fait une hémorragie intra-péritonéale.
En raison du siège apparent du traumatisme sur le flanc gauche, et de l’abondance de l'hémorragie, je fais le diagnostic de rupture traumatique de la rate, et c’est avec ce diagnostic qu'avec le consentement de mon maître le docteur Richelot, je pratique la laparotomie à une heure, aidé pas mon collègue Nau. |
J’incise la paroi à un travers de doigt de l'appendice xiphoide
jusqu’à deux travers de doigt au-dessous de l’ombilic. Aussitôt
un flot de sang noir s’échappe de l'abdomen. Il y a une hémorragie intra-péritonéale. Convaincu que je me trouve en présence d’une plaie de la rate, je glisse la main sous la plaie jusqu'à son niveau. Au palper, elle paraît normale. Aucune sensation de déchirure. À ce moment, une syncope nous fait craindre une issue fatale. Grâce à une piqüre d'éther, la respiration reprend petit à petit et nous permet de continuer. Voulant inspecter la rate ( de visu ». j'agrandis l’incision de la
paroi, prolongeant la solution de continuité jusqu’à cinq tra-
vers de doigt de Ia symphise pubienne. Le sang sort alors en grande abondance.
Nous tamponnons rapidement avec des compresses de gaze, puis, abaissant la masse intestinale et soulevant la paroi, nous pouvons voir la rate, qui est intacte.
Nous pensons alors à une déchirure du mésentère, mais nous abandonnons cette hypothèse quand, après avoir séparé quelques anses grêles, je trouve un caillot du volume d’une noix sous la face inférieure du foie. Le caillot enlevé, nous soulevons le bord antérieur du foie, mettant sa face inférieure en évidence ; la vésicule est décollée complètement et, sur sa face supérieure, se fait un léger suintement sanguin. La lésion principale est plus haute : c’est un éclatement du foie, situé à un centimètre en avant du hile, sur toute la largeur du lobe carré et se prolongeant à droite au dessus de la vésicule biliaire.-Le foie est déchiré sur une largeur de 9 à 10 centimètres environ et les lèvres de la plaie, profonde de 2 centimètres, sont déchiquetées et irrégulières. Etant donné la situa-
PTT
Le
tion de la plaie, la suture semble impossible. Pourtant, à l’aide de l'aiguille courbe d'Emmet, que nous faisons passer audessous de la déchirure. en plein tissu hépatique, nous arrivons à mettre les lèvres en contact par un surjet à la soie décrivant trois tours de spire, le foie étant, dans ce cas, assez dense, et les sutures remplissant leur rôle. Un tamponnement de la plaie est fait au-dessous de la suture avec trois larges compresses stérilisées, une quatrième, plus petite, étant appliquée sur la face supérieure de la vésicule.
__ Je place un drain dans la fosse iliaque droite, un autre dans le petit bassin, et nous refaisons la suture de la paroi en un seul plan, à l'aide de crins de Florence couplés.
Le premier drain sort par l'éxtrémité supérieure de la suture, le deuxième par l'extrémité inférieure.
Une forte compression termine l'opération. pendant laquelle on à injecté sous la peau 800 grammes de sérum.
L'opération achevée, le malade est replacé dans son lit, le pouls étant filiforme: le facies très pâle, la respiration, toutefois, régulière. Je lui fais faire de nouveau une injection de séram, cette fois de 500 grammes.
Le soir, je relâche un peu le pansement, qui gène a respiration et oppresse le malade. Le pouls est fort et bien frappé; il bat à 92. Le malade a eu des vomissements abondants dans
l’après midi. La température est à 36°2. Cependant, l'état général, assez bon. nous fait supposer que le malade est hors de danger. L
Jeudi 3 octobre. Etat très satisfaisant. Pouls à 104 ; tempér.: 3702. Le pansement est imbibé de sang. Sonorité parfaite de tout l'abdomen. Le soir : pouls à 108; T. 37: 4.
Vendredi 4 octobre. Etat très bon. Le ventre n’est plus douloureux. [l n’est pas encore souple. Je retire les drains ainsi que là petite mèche placée entre la face supérieure de la vésicule et le foie. Pouls à 84. T. 37: 2.
Samedi 5 octobre. Ktat excellent. Pansement encore imbibé. Ventre très souple. Sonorité toujours parfaite. Je retire les mè-
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