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de 250 m. de l'endroit où le rio du Moulin! abandonne sa direction primitive vers le Nord-Est en faisant un coude brusque, à angle droit, pour aller rejoindre au Nord-Ouest le Chandon, non loin du moulin de Malforin.
La faible altitude des lignes de faîte qui séparent tous ces petits ruisseaux se suivant les uns les autres de si près, la légère différence de niveau entre la partie de la vallée longitudinale où le ruisseau d’aval prend sa source et celle où celui d'amont fait un coude, pour entrer dans sa vallée transversale, donnent l'impression qu’en réalité on à à faire à un seul cours d’eau dont les eaux furent déviées par endroit de leur cours naturel. Cette impression que l’on acquiert déjà au simple examen d’une carte au 1:25000 devient encore plus vive sur le terrain. Quand on suit le cours d’un de ces minces filets, serpentant au milieu de sa large vallée marécageuse que sillonnent dans tous les sens des rigoles généralement creusées et entretenues par l’homme, rien ne fait pressentir la profonde entaille pratiquée dans le flanc de l’une des deux croupes séparatives par où s’échappent les eaux du ruisseau, après un coude brusque. Les chaînes de collines dont les sommets, généralement recouverts de forêts de sapins et de hêtres, cachant de leurs lignes sombres l'horizon, continuent à s'étendre vers le Nord-Est, encadrant la même vallée dans laquelle prend naissance un nouveau ruisseau.
Si nous suivons le cours du ruisseau à partir du coude à angle droit qu'il fait pour s'engager dans sa vallée transversale, le paysage change brusquement et le contraste entre les deux vallées devient frappant. Le cours d’eau tranquille, coulant presque partout à plein bord, se transforme en un petit torrent impétueux, parsemé de rapides
1) Le rio du Moulin ne porte pas de nom sur la carte au 1:25 000; il prend sa source au Sud-Ouest du village de Nierlet-les-Bois, près de la ferme des Ecovettes, passe ensuite au-dessous de Grolley, puis entre les villages de Corsalette et Misery et se jette, à l'Est d'Oleyres, près du moulin de Malforin dans le Chandon, après un parcours d’environ 6,5 km., dont plus de 2,5 dans un profond ravin.
Fig. 5. VALLÉE DE LA (ÜRAUSA EN AMONT DU COUDE DE CAPTURE. Vue de la partie nord de la cuvette de marais. Largeur de la cuvette entre la pépinière du premier plan et le bois Marillon à gauche au
second plan, environ 550 m.
Fig. 6. VALLÉE DE LA ÜRAUSA EN AVAL: DU COUDE DE CAPTURE. Vue prise d'amont. Remarquer l'opposition morphologique entre la forme en V aigu de ce ravin transversal et le fond plat, large et marécageux de la vallée longitudinale (fig. 9). A gauche, au-dessus de la voie ferrée,
affleurement de molasse.
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et formant souvent une série de cascatelles entre les blocs et les pierres qui encombrent son lit; la large vallée longitudinale, à fond plat, parsemée sur ses bords de villages entourés de riches cultures, est remplacée par une profonde vallée transversale dont les versants, fortement inclinés et couverts d’épaisses forêts, atteignent presque toujours la forme la plus aiguë du V.t
La morphologie des vallées longitudinales et transversales jointe à la différence de niveau, relativement grande, entre la vallée de la Sonnaz et les deux vallées parallèles, partiellement occupées par ses affluents, plaident en faveur de l'hypothèse d’un détournement subit par le Lavapesson Supérieur ({Tiguelet) d'un côté et la Bibera supérieure (Crausa) de l’autre, en faveur de la Sonnaz.
Pour que le tronçon supérieur d’un cours d’eau subisse une brusque déviation au profit d’un autre cours d’eau parallèle, 1l est nécessaire que l’un des deux, le détourneur, soit un cours d’eau vigoureux bénéficiant d’un débit considérable et d’une grande énergie potentielle, qui lui permette d'approfondir et d'élargir rapidement sa vallée, en un temps tel que le cours d’eau faible n'aura pas ou presque pas eu le temps de modifier sensiblement la sienne.
La conséquence nécessaire et immédiate d’un tel état de chose est la migration des lignes de partage ou lignes de faîte, qui s’éloigneront progressivement du cours d’eau vigoureux pour se rapprocher de plus en plus du cours d'eau faible, le dépassant même dans certains cas, détruisant ainsi sa vallée, si ce dernier n’est pas de force à se ménager un étroit chenal.
D'un autre côté, les petits affluents qui rejoignent perpendiculairement les cours d’eau vigoureux poussent de plus en plus leurs sources en amont, grâce à l’abaissement continuel de leur niveau de base, c’est-à-dire du thalweg du cours d’eau majeur; ils finissent par percer la croupe séparative bien avant sa destruction par la migration de
1) Voir fig. 5, .6-et 9.
la ligne de faîte, détournant ainsi brusquement la partie supérieure du cours d’eau faible. Le point à partir duquel s’est opéré le détournement des eaux supérieures au profit du cours d’eau détourneur a reçu de M. William Morris Davis le nom de coude de capture.
Tout travail d’érosion par les eaux courantes est proportionné à la force mécanique qu’elles possèdent, laquelle dépend entre autre de la chute (niveau de base) et du volume d’eau mis en action. Par conséquent, si la Sonnaz put régulièrement creuser sa vallée sur toute sa longueur et suivre presque synchroniquement l’affouillement progressif et rapide de la Sarine, elle est, ou fut alimentée par de fortes sources sinon, à l’exemple des nombreux ruisseaux qui débouchent aux environs de son confluent dans la Sarine, sa vallée se terminerait par un profond et étroit ravin, comme c’est par exemple le cas pour le Lavapesson ou le Schafgraben et le rio du Petit-Rome, qui, de leurs ravins, débouchent en cascades dans la Sarine, le premier en aval du viaduc de Grandfey, le second à Fribourg, près de la passerelle des Neigles. Or, après le départ des grands glaciers alpins, une nappe lacustre considérable, alimentée par plusieurs affluents, dont les rives atteignaient les villages de Prez, Noréaz, Seedorf et Corjolens, formait la source de la Sonnaz. Le petit lac de Seedorf, entouré de grands marais tourbeux, que des assainissements successifs ont rendu à la culture, est le dernier reste de l’ancienne nappe lacustre qui, pendant toute l’année, alimentait et régularisait le débit de ce cours d’eau.
Ce lac se vidant au fur et à mesure de l’affouillement de la Sonnaz, permit à cette dernière de creuser sa vallée et de suivre l’encaissement progressif de la Sarine, dont le thalweg lui sert de niveau de base. Par contre, les cours d’eau des deux vallées voisines ne bénéficiant
1) W.M. Davis, Annales de Géographie 1905, Geogr. Journal 1905 et Physical Geography, ainsi que A. de LaPPaRENT, Leçons de Géographie physique, He édit., p. 77 et 117.
pas d’une réserve d'eau aussi considérable que la Sonnaz, n'étant alimentés que par des marais tourbeux et les eaux de pluie, ne.purent creuser profondément leurs vallées, lesquelles sont encore actuellement à un niveau supérieur; ce n'est qu'aux abords de la Sarine que la forte différence de niveau aidant, les ruisseaux purent se creuser un profond ravin, la faiblesse du volume d’eau étant supplé dans une certaine mesure par la chute du ruisseau.
Voici, à titre de comparaison, quelques chiffres : Pente moyenne du cours de la Sonnaz . . . 8,5 °/00. Pente moyenne du cours du rio du Lavapesson 32,7 2/00. Pente moyenne du cours de la Sonnaz sur le der-
nier km. de son parcours . . un 10 4700 Pente moyenne du cours du Pa sur le
dernier km. de son parcours . . ER 57 0/00.
Profondeur du ravin du Lavapesson à 300 m. de
Sunembouchygre environ. ns Deer 40 m.
Largeur du ravin au même endroit. . . . . 150 m.
Inclinaison des versants en cet endroit, environ 535,3 0/00.
L'approfondissement du cañon de la Sarine, tout en déterminant la formation de la profonde et relativement large vallée de la Sonnaz, fut cependant trop rapide pour permettre à cette dernière d'atteindre son profil d'équilibre ; seule la partie de son lit située entre le confluent du rio du Tiguelet et la cote 610 est concave vers le ciel, 1 l’ensemble de son lit reste néanmoins convexe vers le ciel et sa pente est loin d’être continue, quoique la régularisation de son profil soit beaucoup plus avancée que celle des cours d’eau voisins.
Le creusement de la vallée de la Sonnaz plus rapide, grâce à la réserve d’eau du lac de Seedorf, que celui des vallées voisines, lui permit bientôt d’atteindre un niveau qui leur est partout inférieur d'environ 50 m. La conséquence immédiate de cet état de chose fut la mi-
1) Voir fig, 25. Profil des lits de la Sonnaz, avec son affluent le rio du Tiguelet, et du rio du Lavapesson.