OBSERVATION XX VII
Dilatation de l'estomac. — Crises de tétanie. — Guérison (personnelle).
Le S... Vincent..., 36 ans, marinier. Hôpital de la Pitié, service de M. Moutard-Martin.
Comme antécédents héréditaires : son père a souffert pendant neuf ans d’une gastrite chronique, maintenant guérie.
Comme antécédents personnels : n’a jamais élé[malade jusqu’à 27 ans ; a fait alors une chute occasionnant une fracture de côtes qui fut imparfaitement réduile et nécessita une opération cinq ans après.
Pendant ce tempsil a pu travailler quand même.
A cette époque, en 1888, à l’âge de 32 ans, lesvomissements apparaissent sans cause appréciable, et s’accompagnent de violentes douleurs de l’estomac. Il n’en a d’abord que deux fois par mois environ et l’appétit est conservé. Mais les vomisse ments deviennent rapidement plus fréquents, tous les deux ‘ ou trois jours, avec hématémèses abondantes. Intolérance gastrique absolue pour les aliments solides.
Vers la fin de 1888 surviennent des crises de tétanie débutant deux ou trois heures après les vomissements. Les membres supérieurs sont contracturés en flexion, la main à la forme conique type ; les membres inférieurs sont en extension, les cuisses généralement accolées l’une contre l’autre.
Des convulsions cloniques terminaient ces accès qui duraient de une demi-heure à trois quarts d’heure.ï
Un médecin consulté alors ordonne des lavages de l’estomac. Le malade en fait deux le premier jour et deux le second. Grâce à ces 4 lavages et à un régime sévère les accidents.
disparaissent.
SE
H y a 18 mois les vomissements ont brusquement reparu et sont devenus rapidement journaliers jusqu’à 8 ou 10 par jour, et suivis, à une demi-heure d'intervalle, de crises tétaniques courtes.
Le lait seul est toléré ; la constipation est opiniâtre.
Le malade entre à l'hôpital de la Pitié le 12 septembre 1892. [Il est amaigri, le teint cireux; le ventre rétracté en bateau. L'estomac dilaté descend à trois travers de doigt audessous de l’ombilic. Clapotage.
On diagnostique: gastrite éthylique. Le malade n'avoue pas d’excès alcooliques, mais il a un léger tremblement des mains et des cauchemars, hallucinations visuelles.
Le régime lacté absolu et l’eau chloroformée l’améliorent.
Le 18 septembre, vers à heures et demie du soir, deux heures après un vomissement, survient une crise de tétanie. La contracture atteint les quatre membres, comme dans les crises précédentes, et les muscles du tronc, du cou et de la mâchoire; dyspnée intense. L’abcès dure environ une demiheure.
Le 20 septembre. > Nouvel accès identique dans les mêmes conditions.
Le 21 septembre. — On institue le traitement par les lavages de l'estomac, un par jour ; vomissements et crises disparaissent. :
Depuis, le malade se fait environ un lavage tous les deux jours, l'appétit est revenu, la constipation a disparu et l’état général devient rapidement très bon. Un mois après il peut prendre des aliments solides qui sont lolérés par son estomac ; celui-ci reste néanmoins encore dilaté, avec clapo-
tage très net.
OBsEervaTION XXVIII
Dilatation de l’estomac. — Crise tétanique. — Mort. — W. Collier, Lancet, 1891.
Hôpital Aldenbroohe. Cambridge.
Le malade âgé de 48 ans, fut recu pour un rétrécissement du pylore ; l'estomac est très dilaté. Douleurs, vomissements, flatulence et déchéance générale.
Dix jours après l’admission on décide de laver l’estomac.
Aussitôt après l'introduction du tube le malade devient très faible et on retire le tube. Deux heures après, se plaint de raideur de la mâchoire et d’inhabileté à ouvrir la bouche, de rigidité des bras qui sont fixes en pronation et étendus, les pouces tournés dans la paume. La contracture s’étend à tous les muscles des membres et du tronc et la température monte à 103°,F, Bientôt le pouls devient insensible, la figure livide; la température monte à 107°F,2 avant la mort qui arrive 6 h. 1/2 après le lavage.
À l’autopsie. — Pas de lésion de la muqueuse.
OBsERvATION XXIX
Crise tétaniforme dans le cours d’une dilatation de l'estomac. — Mort dans le coma. — W. Collier. Lancet, 1891.
S... D..., 36 ans, meunier, recu à l’infirmerie Radcliffe le 4 août 1890. Souffrait depuis trois semaines de vomissements incessants et incoercibles ; il est amaigri et est devenu très faible. En même temps très grande constipation.
Depuis 5 ans, il souffre d'attaques semblables et a été traité
une fois à l'hôpital de Dublin où on lui a lavé l'estomac; il a entendu dire qu'il était atteint de dilatation stomacale.
Depuis ce temps il a souffert souvent de constipation, de crises de vomissements et d’autres troubles dyspeptiques.
On le met à la diète avec du lait peptonisé et on traite sa constipation par d’abondants lavements d’eau et d'huile. Ce traitement fut suivi d’une légère amélioration de l’état général. | e
Le 21 août. — Etant de retour des vacances, je le vis pour la première fois. Son estomac était encore très dilaté, et son haleine très fétide. 11 avait vomi près de quatre litres d’un liquide très acide, avec de l’écume épaisse comme de la levüre de bière et flottänt à la surface ; son pouls était petit et faible, le malade paraissait très affaibli. Comme il n'allait pas mieux le 23, jour où je le revis (il avait encore vomi une grande quantité de liquide spumeux), je me décidai à lui laver trois fois l’estomac et à remplacer la diète par des aliments solides et facilement digestibles.
Le lendemain on lui lave l'estomac avec de l’eau chaude en n’introduisant à la fois qu’une légère quantité de liquide. Aussitôt après, le malade se dit sensiblement soulagé ; mais cinq heures après il est pris de crampes douloureuses dans les bras et les jambes. Les muscles des membres, du dos et de l'abdomen, sont rigides et contractés. En même temps, il se plaint de raideur dans la: mâchoire, mais elle n’est pas contracturée.
Le pouls devient très petit et le malade cyanosé. On lui fait une injection de morphine et on frictionne les membres. En trois quarts d'heure, la contracture se passe et l’état général s'améliore légèrement; le pouls cependant diminue graduellement, et il meurt sept heures après le début de la crise.
Une heure et demie avant la mort, la température du côté
260 Ce droit était de 100°,F.,6 du côté gauche 1000: le bras droit était chaud et en sueur, le gauche froid. Un peu avant la mort, la contracture revint mais passa, excepté aux mains. Il était à
demi inconscient une heure avant la mort.