OBSERVATION XIII
Mile Lav... Gilberte, 21 ans.
Entre le 1° mai 1921 à la Charité, dans le service du Professeur Sergent, pour y être mise en observation, adressée par le Docteur Armand-Delille, dont elle est une ancienne malade.
Il l’a vue en effet pour la première fois à l'hôpital Debrousse où elle est entrée en juillet 1923, à l’âge de treize ans et demi.
Il lui trouve une caverne du sommet gauche. La cuti-réaction à la tuberculine est positive. Dans les crachats on met en évidence la présence de bacilles de Koch et un pneumothorax thérapeutique est institué aussitôt. La fièvre tombe, le poids remonte et au bout de quelques mois l’expectoration cesse définitivement d'être bacillifère.
Localement une bride rattache le moignon au sommet, mais à distance, car elle est suffisamment longue. Une faible quantité de liquide séro-fibrineux apparaît dans le cul-de-sac costo-diaphragmatique, sans modification de l’état général qui reste bon.
Au bout de neuf à dix mois, le pneumothorax devenant difficile à entretenir, car la pression s’élève très vite en raison de la rigidité pleurale, on pratique un oléothorax et des injections d'huile sont faites après soustraction de liquide, en 1924.
La malade sort en juin 1924, en excellente condition et part à la campagne.
Pendant les sept années suivantes, elle habite la plus grande partie de l’année à la campagne, vivant l'hiver dans la banlieue parisienne. Elle est suivie par le Docteur Armand-Delille qui la voit tous les ans et son état demeure satisfaisant. Le poids augmente, la température est normale. Elle fait seulement de temps à autre, l'hiver, de petits épisodes fébriles peu intenses, avec reprise de la toux et de l’expectoration qui semblent n'être que des poussées de bronchite. Tous les examens de crachats sont toujours négatifs (fig. 17).
En mars 1931 elle présente tout à coup un épisode fébrile avec température élevée à 39°, se met à tousser, et présente une abondante expectoration à type de vomique fractionnée où se retrouve l’odeur du goménol. Plusieurs examens sont faits alors à l'hôpital Saint-Louis où l’on ne trouve jamais aucun bacille de Koch.
Le Docteur Armand-Delille, qui la voit un peu plus tard, reconnaît la présence d’un pneumothorax spontané et la fait entrer dans ie service du Professeur Sergent où elle reste trois
semaines.
rl
La température, qui était à 38°5 à son entrée, descend progressivement à la normale. Une radiographie faite alors montre un pneumothorax enkysté avec du liquide qui en occupe environ le quart inférieur ; elle montre aussi l’épaississement de la plèvre pariétale. I s’est donc agi d’une petite perforation qui guérit spontanément sans incident (fig. 18).
Une ponction exploratrice est faite qui ramène une huile jaune parfaitement transparente et qui, mise à cultiver sur gélose, se montre stérile.
Un examen de crachats ne montre aucun bacille de Koch après homogénéisation.
Depuis ce temps, aucune intervention n’est pratiquée. Revue en janvier 1934, son état général est excellent. Le poids est stationnaire aux environs de 70 kilos. L’appétit est bon. La température est normale (fig. 19).
Elle tousse beaucoup, surtout la nuit, par quintes, mais ne crache pas en dehors de petites poussées qui paraissent en rapport avec une infection de ses voies respiratoires supérieures. Elle se plaint seulement d’un peu d’essoufflement.
L'examen des dernières radiographies montre que du côté gauche toute la moitié inférieure de l’hémithorax et les deux tiers externes de la moitié supérieure sont recouverts par une ombre dense, homogène, réduisant le poumon à un tout petit moignon où l’on ne voit aucune image anormale. Le côté droit a une transparence parfaite.
Résumé : Pneumothorax artificiel pour lésion tuberculeuse excavée du sommet gauche. Légère poussée liquidienne. Oléothorax compressif. Sept ans après perforation avec rejet de la majeure partie de l'huile. Guérison spontanée sans incident. Guérison apparente à un examen pratiqué trois ans plus tard.