OBSERVATION I
Mme Pin.…, 28 ans, concierge.
Entre à la salle Villemin, dans le service du Professeur Sergent, à la Charité, le 23 octobre 1924, parce qu’elle est malade depuis dix-huit mois.
Mariée il y a quatre ans, elle a un enfant qui est mort à l’âge de 2 ans 1/2, de méningite, il y a quelques mois.
A ce moment déjà elle se sentait malade. Après une bron-
chite survenue en avril 1923, elle ne se remet pas, continue de tousser et de cracher, quoique gardant un bon état général, n'ayant pas maigri apparemment et ayant conservé l'appétit. L'examen montre qu'à gauche, la région sous-claviculaire sonne moins bien à la percussion. La respiration y est soufflante avec quelques crépitations fines. En arrière, du même côté, la respiration est également soufflante dans la fosse sousépineuse.
La radiographie montre qu'il existe du côté gauche, à la partie moyenne,-une ombre de contour flou oblique en haut et en dehors, se dirigeant vers l’aisselle, plus large dans la région du hile, avec une zone claire arrondie à sa partie moyenne. Le côté droit est d'aspect normal (fig. 1).
Les crachats contiennent des bacilles de Koch.
La fièvre, légère, oscille entre 37°5 le matin, 38°, 38°5 le soir.
Un pneumothorax thérapeutique est commencé le 6 novembre 1924.
Le résultat est bon au début : la température devient nor-
male. Le moignon paraît se bien rétracter. Pourtant l’expec toration persiste, un peu diminuée seulement.
En juin 1925, les insufflations, qui jusque-là avaient été faciles, deviennent difficiles et plusieurs tentatives sont faites, vainement, à quelques jours d'intervalle, fin juin et juillet.
Un nouvel essai en une autre région est couronné de succès un peu plus tard et l’on voit que le poumon est revenu à la paroi où il s’est fixé à sa partie supérieure et externe.
Le processus de symphyse qui s'installe fait reparaître béante la grosse cavité. La malade tousse et crache abondamment. Le pneumothorax poussé en pression positive n'amène aucune modification de l’image.
Le 11 février 1926, on fait une phrénicectomie gauche. La malade crache un peu moins. Il y a une bonne ascension de l'hémidiaphragme qui est paralysé, et l’on continue de loin en loin de petites insufflations d'air.
Cependant la perte de substance est toujours bien visible, de volume important. La malade crache toujours, et si sa température est presque normale, elle perd du poids régulièrement.
On décide donc de tenter la compression de la cavité par un oléothorax et une première injection de 20 cc. d'huile de paraffine goménolée à 2? "| est pratiquée le 30 juillet 1926.
Au cours du mois suivant, 375 cc. d'huile sont injectés en cinq fois, chaque injection étant précédée d’une soustraction d'air. Enfin le blocage est complet après une dernière injection de 35 cc. d'huile le 2 septembre. À noter seulement dans cette période une légère élévation de la température qui se maintient entre 37°5 et 38° tout le temps de l'installation de l’oléothorax.
Le blocage une fois complet, on constate que l’image de la cavité est toujours visible, et l'entretien de l’oléothorax par des injections d'huile environ toutes les cinq semaines, n’y apportera aucune modification.
Au début d'octobre, pour la première fois on constate l'apparition de petites taches fines du côté droit (fig. 2).
GS OBS. P. RoBErr.
Fic. 1 (Mme Pin.…, obs. 1). — Tuberculose ulcéro-caséeuse du lobe supérieur gauche : Caverne visible sous la clavicule. Poumon droit d'aspect normal,