‹ Contribution à l'étude des Déformations Tardives Consécutives aux Fractures du Membre InférieurChapitre 6 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Symptomatologie

À. — Début. — Suivant la définition donnée plus haut, c’est au moment où le blessé quitte l’appareil qui a été posé pour maintenir la réduction de sa fracture, c’est au moment où il fait un essai de marche que commence son histoire clinique, au point de vue de la question quinous occupe. Or, à ce moment, deux cas sont possibles :

a) Dans une série de faits, l'attitude du membre que l’on vient de sortir de l’appareil est correcte, mais elle ne l’est qu’en apparence. Uneradiographie prouve que le déplacement avait été corrigé mais qu'il s’est reproduit sous l'appareil. C’est certainement ce qui s’est passé pour le blessé de l'observation I (voir page 49) dont la jambe est retirée de l'appareil plätré dès le vingt-sixième jour pour être soumise à des mouvements de gymnastique passive. |

Et comment ne pas admettre que le blessé de l'observation IT a été également l’objet d’un déplace-

TO es

ment de ses fragments dans l'appareil, quand on lit les conditions dans lesquelles fut placé (par un externe) son premier appareil ne dépassant pas le genou ?

b) Dans une autre série de faits, on peut admettre que tous les efforts possibles ont été tentés pour que la fracture soit correctement réduite. L'appareil a été correctement posé, le membre est en bonne forme et, néanmoins, aux premières tentatives de marche, il se produit un déplacement des fragments et une déformation du membre inférieur.

Date du début. — Si l’on recherche à quelle époque la déformation a débuté, il faut considérer séparément les fractures de jambe et celles du fémur.

1° Jambe. — L'observation I signale la déformation devenue apparente le cent dix-septième jour,ou quatre mois après l'accident, c’est-à-dire presque deux mois après le premier essai de marche avec des béquilles, quoique le péroné fûtintact.

Le blessé de l'observation II marchait avec une canne six mois après l'accident et posait le pied malade à plat sur le sol, mais un anet trois mois après l’accident, il devait quitter son travail à cause de l’impotence fonctionnelle qui résultait de sa déviation angulaire considérable et l’obligeait à marcher sur le bord externe du pied.

2° Fémur. — Si on considère les fractures du fémur,on constate que le blessé de l'ébservation III se lève et marche en bonne attitude presque trois mois après l’accident. Dix mois plus tard la cuisse

— 19 — Ÿ présente une énorme saillie vers sa partie toute supérieure.

L'observation IV présente une particularité qui se retrouve dans l’observation du malade de M. Routier, communiquée le 11 juillet 1906 à la Société de Chirurgie. Dans ces deux cas, la déformation se manifeste après une chute qui eut lieu pendant les premiers essais de marche du blessé.

En résumé dans les cas qui sont rapportés ici et dans ceux qui ont été signalés à la Société de Chirurgie, la déformation se fait lentement, insidieusement, mais dès qu’elle est amorcée, elle a une tendance constante à s’accentuer et à progresser. Il ne s’agit pas d’une rupture brusque, d’une véritable fracture itérative, il s’agit d’un fléchissement graduel et progressif. Néanmoins quelques semaines suffisent d’après les observations rassemblées ici pour donner à la déformation toute son importance et l’amener à son stade définitif et stationnaire.

B. — Période d'état. — Au fémur, dans les deux observations III et IV, les fragments ont des rapports identiques. Dans les deux cas, le fragment supérieur est dirigé en avant, le fragment inférieur est dirigé en arrière; seulement dans l’observation IT le fragment supérieur est dirigé en dehors en même temps qu'il se dirige en avant. En somme, la déviation secondaire a reproduit exactement la déformation qui existe immédiatement après la production de la première fracture, c’est la déformation angulaire classique, dite déformation « en crosse ».

Ainsi donc, par hé travail relativement lent et progressif, le malade, ajteint de déformation secondaire tardive du fémur, se trouve dans la même situation

‘que celle où il était immédiatement après le trau- matisme qui a amené la fracture. Le bénéfice du traitement a été absolument nul; la guérison a été à apparente à la sortie de l’appareil, mais quelques jours, où quelques semaines plus tard, cette guérison apparente a fait place à un état identique à celui qui aurait suivi une absence totale de traitement. Il est dès lors inutile d’insister davantage sur cette symptomatologie de la consolidation secondairement angulaire des fractures du tiers supérieur du fémur. … La déformation entraîne bien entendu le raccourcissement et l'impotence fonctionnelle bien connus dans ce genre de fracture.

Il suffira de remarquer l'opposition si nette qui existe, même pour le malade et pour son entourage, HIS entre l’état relativement satisfaisant au point de vue | de la forme et de la marche au moment de la levée de lappareil et limpotence et la déformation qui surviennent bientôt avec la prolongation des essais de marche. Ainsi dans l'observation III le malade marche avec des béquilles en janvier 1905, tandis qu’au mois de novembre 1905 la marche est devenue tout à fait impossible, même avec une semelle surélevée, même avec des béquilles, et le malade souffre dans la partie postérieure et dans la partie interne de la cuisse dès qu’il veut appuyer le pied sur le sol.

À la jambe, les signes cliniques qui peuvent s’ob-

LE) server dans les déformations secondaires tardives

des fractures sont particuliers: La déformation secondaire ne se contente pas, comme äu fémur,

. . : RS ORNE de reproduire avec plus ou moins d'intensité la .

déformation primitive classique, mais au contraire dans les deux observations qui se trouvent dans cette étude, ces déformations secondaires, suryenues

après des essais de marche du blessé, ont réalisé des :

déplacements osseux bien plus considérables et des

déformations bien plus accentuées que celles que

l’on avait observées au cours du traitement etcomme conséquence immédiate de la fracture proprement dite.

Comment ne pas être frappé par exemple de ce qui est dit dans l'observation 1 (page 49) dans laquelle le Professeur Berger a décrit la déformation survenue après fracture du tibia à l’union du quart

supérieur et des trois quarts inférieurs ? Le membre

secondairement déformé présente à la fois la forme

‘d’un genu varum dans lequel le genou serait

normal et d’un « pied bot varus traumatique d’un genre tout particulier ». Voilà bien une déformation secondaire qui dépasse les bornes de la déformation

‘habituelle des fractures de jambe. Il est vrai que l’on

observe souvent à la jambe, dans le cas de fracture des deux os, une mobilité anormale excessive qui permet la mobilisation des fragments dans tous les sens sous la peau. La déformation en pareil cas est considérable. Mais ce que nous voulons dire, c’est que l'observation I, dans laquelle le tibia seul était

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ET ER brisé, avec intégrité du péroné, réalise après les essais de marche une déformation secondaire à laquelle. prennent part ces deux fragments d’abord, le pied ensuite, dé façon à réaliser après consolidation une déformation toute différente de celle qui exislait immédiatement après la fracture.

Cette constatation n’est pas totalement dépourvue d'intérêt, car si on envisage le membre inférieur en entier, on peut dire que les déformations secondaires du fémur reproduisent le plus souvent la déformation typique, primitive, immédiate de la fracture initiale, tandis qu’à la jambe, la déformation secondaire peut entraîner des déformations nouvelles dont le type s'éloigne de la déformation classique de la fracture initiale en l’aggravant.

On peut dire sous une autre forme qu'il est plus facile de prévoir quelle serait la déformation secondaire, si elle devait survenir, dans le cas de fracture du fémur typique, tandis que la déformation secondaire, si elle devait survenir dans le cas de fracture de jambe, serait susceptible de dérouter toutes les suppositions préconçues.

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