‹ Contribution à l'étude des Délires de Zoopathie interneChapitre 17 sur 42 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

(E. Azam, De la folie sympathique provoquée ou entretenue par les lésions organiques de l'utérus.)

La femme B..., cinquante-six ans, entre à l’asile le 29 mai 1856, dans un délire général agité voisin de la démence. Elle est hallucinée de l’ouie, croit être un ange ou une sainte, elle est en outre persuadée qu’elle à des crapauds dans le ventre (ce fait est à noter).

Déjà, de 1838 à 1840, elle a été aliénée, mais a été gardée dans sa famille, et on ne peut avoir sur cette première crise que peu de renseignements. Nous savons seulement qu’à cette époque son délire a été accompagné d’une grande tristesse.

Depuis son entrée jusqu'au jour de sa mort, 26 septembre 1857, son état mental n’a présenté aucun changement ; elle succombe à une entérite chronique, et rien n’avait fait soupçonner l’existence d’une maladie de l'utérus.

A l’autopsie, outre les lésions qui accompagnent la maladie dont elle est morte, nous trouvons l’utérus surmonté de deux tumeurs fibreuses, dont l’une a la grosseur d’un œuf de poule et est parfaitement pédiculée ; on reconnaît dans les parois de l’organe trois ou quatre autres tumeurs fibreuses de même nature qui sont encore contenues dans l’épaisseur des parois ; le col de l’utérus est hypertrophié et porte un ulcère d’un

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aspect rouge et fongueux qui atteint les deux lèvres et pénètre dans la cavité du col; cet ulcère, dont les deux bords sont coupés à pic, a la dimension d’une pièce de 2 francs.

L'existence de cette maladie inaperçue pendant la vie, peut rendre compte de la sensation que la femme B... rapportait à l’existence de rapauds dans son ventre; les faits analogues sont nombreux dans la science.

Nous pensons donc que quoique nous n’ayons pas à invoquer une guérison ou une amélioration pour démontrer le consensus entre la lésion physique et la lésion mentale, cette observation n’en doit pas moins être prise en sérieuse considération. Elle nous prouve de quelle importance il est de rechercher dès l’origine, chez les aliénés, les lésions physiques dont la guérison peut ramener la raison.

OBSERvVATION IX (Inédite)

(Due à l’obligeance de M. le Professeur agrégé SABRAZÈS.)

Délire de zoopathie et hallucinations psychomotrices.

Jeanne H..., quarante-deux ans, domestique à Bordeaux, se présente à notre consultation de l'hôpital Saint-André le 16 mai 1906.

Antécédents héréditaires. Inconnus.

Antécédents personnels. Depuis l’âge de vingt-deux ans, elle souffre de malaises dans la région thoracique. Cela s’est beaucoup accentué à la ménopause. Elle est convaincue qu’elle a un ver dans le corps. Le ver manifeste sa présence en suggérant à la malade des mots qu’elle répète avec volubilité (coprolalie parfois).

Elle prétend avoir entendu en elle-même, la veille du jour où nous la voyons, le ver qui disait : « Oh ! que tu es méchante |! »

Ce ver suscite parfois la répétition suivant un rythme de « la-lalalala-lala ». C’est une sorte de parole intérieure,

La malade à des borborygmes et de l’entérite muco-membraneuse.

Nous lui ordonnons une potion avec :

Bromure de potassium............ 15 grammes. » dérstTonEr 15 »

SiTOpide CDIOPAl ER A Re 50 »

Fat dertleuRq.sSipar ris.) 300 »

à prendre dans un verre d’eau sucrée.

9 octobre 1906. La malade nous raconte ce jour qu’elle à encore de fréquentes hallucinations psycho-motrices. Elle a cependant été quelque peu calmée par sa potion. Mais elle sent encore le mal dans l’épine dorsale, la poitrine, la tête, le cerveau. C’est une bête, nous dit-elle, une grenouille « Elle marche jusque dans mes mains. Elle fait fléchir mes pieds ! » Plusieurs personnes, et entre autres un médecin homéopathe, lui ont dit « qu’elle devait avoir des vers dans la tête ».

La bête lui à fait dire « la-lala-lala »; maintenant elle ne le dit plus, mais répète « bon panéi, bon panéi », sans pouvoir expliquer ce que cela veut dire.

« Un matin, dit-elle, je l’ai senti dans une oreille où il disait « bon » panéi, bon panéi », une autre fois, il cherche à sortir par le flanc. »

Les changements de temps sont défavorables pour son état. Elle est obligée pour dormir de mettre un mouchoir humide sur la tête.

Avec une grande verbigération, la malade nous dit qu’elle ne mange que de la soupe et des œufs, que certaines gens lui ont dit que son mal était dû au mauvais état de son estomac. Son mal, prétend-elle, n’est pas souvent intérieur. Actuellement elle chante, sans pouvoir les refréner, des chansons de sa jeunesse.

Ce matin, à dix heures, elle a eu une forte crise.

Cette femme, qui accuse quarante-deux ans, en marque bien soixante. - Sa langue est saburrale, non trémulente.

Le pouls est de tension moyenne, égal, régulier et bat 96 fois à la minute. Elle a de l’ozène.

Elle digère mal et est un peu constipée. Réflexes rotuliens : normaux. Urines normales.

Elle prétend que les bruits de son estomac (borborygmes) représentent quelque chose d’extra naturel et qu’un animal qui se promène dans son corps, une sangsue peut-être, n’est pas étranger à leur manifestation. En somme, elle vient nous voir parce qu’elle voudrait tuer le ver.

LD

Nous lui ordonnons :

1° Prendre aux repas une pincée de bicarbonate de soude dans de l’eau rougie, “.

20 Le matin à neuf heures et le soir à neuf heures, prendre une infusion de valériane sucrée et une pilule avec :

Extrait de valériane

ss...

Ke à Extrait de lupulin àà 5 centigrammes

Bromnre de camphren #54 "0 5 centigrammes.

pour une pilule.

13 novembre 1906. La malade porte des mucosités d’entérite glaireuse; très inquiète, se demandant si elle a expulsé son ver.

20 novembre 1906. La malade revient à notre consultation. Elle prétend que le ver est actuellement dans la tête et provoque des sifflements d'oreilles surtout.

De plus, de quatre heures et demie à six heures du matin, il a suscité l'émission de mots (hallucinations psychomotrices.) Elle nous répète ce jour-là qu’elle a le ver dans la tête depuis huit mois. Les crises auxquelles le ver la fait parler, soit à haute voix ou doucement, durent environ un quart d'heure, mais peuvent être subintrantes. Elle accuse le ver de toutes sortes de méfaits : elle est convaincue qu’il lui arrête la circulation du sang. Autrefois, il lui obstruait le nez et elle ressentait dans les fosses nasales la sensation d’aiguilles qui s’y promenaient,. Actuellement, il va des yeux à la gorge et fait des incursions au loin dans l’organisme. Quand il va pleuvoir, l’agitation du ver est beaucoup plus grande, si bien qu’alors elle éprouve dans la tête la sensation d’une nuée de fourmis.

« Parfois, c’est comme un nuage qui se promène dans tout Le corps »; souvent les troubles partent de l'intestin et s’irradient dans tout l’abdomen et cela coïncide avec l’expulsion de glaires sanguinolentes et parfois de membranes dont nous avons fait l'examen et qui sont constituées par du mucus coagulé, sans œufs d’helminthes. Elle qualifie ces glaires de noires, grisâtres, blanchâtres, gélatineuses.

Son état la préoccupe énormément et elle est troublée, non seulement par la migration du ver qui trouble son sommeil et provoque des crises

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