OBSERVATION X VIII
(Ch. MIRAILLÉ. Gazetlle médicale de Nantes, 26 novembre 1904.) Délire de possession par les reptiles. Entéro-colite muco-membraneuse
Mne X..., cinquante-trois ans, veuve depuis de longues années, mère de famille (quatre enfants), ayant passé la ménopause depuis cinq ou six ans ; elle eut des relations avec un amoureux (mai 1899), elle perçut dans l’abdomen des sensations qui lui rappelèrent les grossesses anciennes et se crut enceinte. Elle attendit, puis finit par s'inquiéter. Puisqu’elle n'était pas enceinte, que pouvait-elle donc avoir ainsi dans le ventre ? Elle se rappela alors que dans sa jeunesse on lui avait raconté qu’une femme du petit village de Vendée qu’elle habite avait accouché d’un crocodile. Immédiatement, l’idée lui vint qu’elle aussi portait un crocodile dans le ventre et qu’elle était enceinte d’un crocodile qui lui avait été introduit par le coït. Elle sent son crocodile se promener partout dans son corps. ]1 se tient d’ordinaire dans le ventre, où il manifeste sa présence en lui causant des douleurs, des torsions, des piqûres ; mais parfois, il remonte dans le dos, les épaules et la racine des bras ou descend vers les fesses. Il n’existe pour la malade qu’un seul moyen de l’apaiser et de Le faire rester tranquille : c’est de lui donner à manger. Chaque fois que la malade mange, le crocodile dévore les aliments et se calme; à peine a-t-il fini de manger qu’il recommence à la torturer ; aussi pour obtenir du repos mange-t-elle à chaque instant. L’existence de ce crocodile ne saurait être mise en doute : elle à reconnu dans les fèces les excréments rendus par le crocodile! Les matières qui, d’après la malade, sont rendues par elle-même, sont constituées par des boules dures, arrondies, très petites (scybales) ; les déjections du crocodile sont constituées par des glaires abondantes, tantôt recouvrant les matières de la malade, tantôt isolées ; parfois aussi il rend de grandes peaux, des morceaux de viande mal digérés. Il existe chez cette malade, petite et amaigrie, une entéro-colite muco-membraneuse intense.
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La malade présente tous les stigmates de l’hystérie : boules, zones hystérogènes sus et sous-mammaires et ovariennes, retrécissement du champ visuel, hypoesthésie droite.
Nous essayons de faire comprendre à la malade la situation, en vain. Nous semblons alors rentrer dans son délire et lui prescrivons un traitement contre l’entéro-colite, en le déclarant dirigé contre le crocodile.
Un mois après, la malade nous revient très améliorée. Les glaires ont diminué, les fausses membranes presque disparues ; les douleurs sont aussi très atténuées, et les irradiations sont moins fréquentes ; la malade est convaincue que son crocodile est sérieusement blessé, mais il n’est pas encore mort.
Après une nouvelle poussée aiguë de l’entéro-colite, la malade se désespère, « le crocodile la travaille davantage ; quand les aliments ne lui plaisent pas, il se retourne comme un hérisson, elle sent ses piquants qui remontent dans la poitrine (æsophage), vers l’aisselle droite ; parfois il court dans la jambe. »
Un traitement et un régime sévère améliorent momentanément la situation, mais devant la persistance des symptômes de l’entéro-colite, la malade désespère d’arriver à se débarrasser de son crocodile.
Ainsi donc pour la genèse de ce délire de zoopathie interne nous pouvons constater deux modalités différentes, ou bien les troubles cénesthésiques ouvrent la scène et influencçant d’une façon toute spéciale un cerveau prédisposé, arrivent à faire créer par ce cerveau le délire de zoopathie interne, ou bien chez un sujet hystérique, l’idée d’avoir avalé un animal est la première émise, puis cet animal ne pouvant vivre à l’intérieur du corps qu’à condition de créer des désordres multiples, les toubles cénesthésiques variés surviennent.
Néanmoins, nous devons reconnaître que toujours, on peut noter et des troubles cénesthésiques, et une prédisposition spéciale du cerveau à délirer au sujet de ces troubles.
Si l’idée de possession peut constituer à elle seule le délire, elle peut s'associer à d’autres idées, se trouver à l’état de syndrome accessoire dans grand nombre de maladies
mentales.
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