OBSERVATION XXXI
(FazreT. Maladies mentales.)
Une autre aliénée qui avait tout à la fois, une phtisie pulmonaire et un anévrysme du cœur, éprouvait souvent des douleurs dans la région précordiale, accompagnées de battements de cœur tellement violents
0e qu’elle s’imagina avoir un animal dans la poitrine. Sa conviction, à cet égard, était si forte qu’elle essaya de lui donner issue pour se délivrer des angoisses qu’elle attribuait à sa présence. L'ouverture du corps montra les caractères anatomiques de la phtisie pulmonaire la plus avancée, et un cœur volumineux, sans être énorme, mais avec adhérence du péricarde à la plèvre costale.
Mais c’est surtout à ce que Ch. Blondel, dans sa thèse, appelle l’auto-mutilation indirecte, qu’ont recours ces malades. Ne voulant pas eux-mêmes ouvrir à leur hôte cette voie de sortie, ils se persuadent qu’un chirurgien le leur fera facilement, et que ce ne sera pour lui qu’un jeu d'extraire cette bête.
La malade de Charcellay assaille son médecin d’abord de demandes de médicaments; elle rend, ou plutôt elle croit rendre des araignées; les trois premiéres sont peut-être celles qu’elle a avalées, mais comme ce sont des mères, elles ont laissé des petits; de nouvelles purgations font expulser de nouvelles araignées, mais comme elles se multiplient sans cesse, ce moyen devient insuffisant et il faut avoir recours à une opération. Dès qu’elle lui est proposée, elle n'aspire plus qu'après le moment où on lui ouvrira l’estomac pour la débarrasser de ses bêtes. L'opération est faite avec un grand apparât et en présence de toutes les autorités de l’hospice, de facon à frapper l'imagination de la malade. Quelques heures de soulagement suivent cette extraction simulée, mais il faut y revenir le lendemain, les jours suivants. Lucie continue à souffrir, et partant, à demander qu’on lui fende le ventre, qu’on lui ouvre largement l'estomac pour y trouver le nid; elle va jusqu'à s'échapper furtivement de linfirmerie pour supplier le médecin d'opérer encore. Celui-ci, après quelques tentatives de suicide de la part de la malade se décide à avoir recours à de nouvelles incisions, au cathétérisme œsophagien et à de nouvelles purgations pour que la malade finisse par se croire délivrée
TRUE de ses araignées. Que d'opérations! et toutes acceptées volontiers, avec enthousiasme même par la malade.
Blondel cite le cas d’un malheureux aliéné qui, « dans une petite ville de Bourgogne, alla trouver le commissaire de police pour le prier de lui faire ouvrir le ventre, car, ils’y trouvait un animal dont la présence le torturait. On le mit à la porte sans autre forme de procès. De retour chez lui, il se fit lui-même une large ouverture et en mourut peu de temps après ».
Il peut arriver que le malade ne s'adresse pas au chirurgien, et pour peu que l’idée de persécution s'ajoute à l’idée de zoopathie, le persécuté finit aussi par devenir persécuteur. C’est le cas de Plaquet rapporté dans les Annales médico-psychologiques.
OBsERvATION XXXII
(Annales médico-psychologiques, 1re série, t. XIII, 1846.)
En 1815, Plaquet faisant la moisson avec un nommé Bertrand. Un beau matin ils mangeaient ensemble, lorsque Plaquet se lève, il est frappé d’une idée. Bertrand à jeté quelque chose dans sa soupe et ce quelque chose s’est transformé en moucheron, Ce moucheron lui est entré dans l'œil, a pénétré dans son corps et s’est tranformé en une couleuvre. Plaquet a la conviction qu’un jour il s’est ouvert le ventre avec un couteau et qu’alors il a vu le reptile, Il à la peau grise, les yeux rouges. Il y a trente ans que cette idée s’est emparée de lui; il y a trente ans qu'il souffre. Il croit que Bertrand seul aurait le pouvoir de le désensorceler. Il le poursuit, il le supplie, il le menace, mais il ne peut rien en obtenir. Que fait alors Plaquet ? Aidé d’un nommé Planchette, il attire dans les champs le prétendu sorcier, lui présente un couteau et lui enjoint de lui ouvrir le ventre et d’en retirer la couleuvre. Refus de la part de l’un, supplications et menaces de la part de l’autre. Enfin cette scène étrange se termine par des violences qui, le 8 juillet dernier, amenaient Plaquet
et son complice devant la Cour d’assises de Laon.