OBSERVATION XXX
(FALRET. Maladies mentales.)
M..., dans un état de mélancolie profonde, avec hallucinations de l’ouïe, éprouvait des frayeurs continuelles ; elles allaient parfois jusqu’à la terreur qu’exprimait tout son corps au plus haut degré. Les aliments lui inspiraient les plus vives inquiétudes dès son entrée dans notre établissement. Au commencement du repas, il mangeait sans hésitation; mais pendant son cours, il s’arrêtait fréquemment et, portant les mains vers son estomac, il s’écriait : « Holà, oh! oh! » Nous avons essayé de le faire manger seul, et son hésitation à manger a continué avec les mémes exclamations; bientôt il a refusé toute espèce de nourriture. Lorsqu’il portait les mains sur l'estomac, il ouvrait de grands yeux, paraissait absorbé et dans l’effroi. Ce n’est que lorsqu'il a fallu le contraindre à manger qu’il a fait l’aveu que sa femme lui avait fait avaler des vipères qui le dévoraient; c’est dans l’intention de les faire mourir qu’il refusait de prendre des aliments. Il a persisté daus son refus jusqu’à sa mort, tant sa conviction était profonde, et il répétait toujours que les
vipères lui dévoraient les intestins. L’autopsie cadavérique n’a pu être faite.
Cette observation nous montre un cas où le refus d’aliment peut aller jusqu’à la mort de l’individu lui-même.
Il arrive que sans aller jusqu’à cette extrémité, voulant cependant maltraiter à leur tour l’animal qui les fait tant souffrir, les malades essaient de le détruire par un procédé quelconque. L'observation de Michea, publiée plus haut (Obs. XID), nous fait voir le malade voulant étouffer son serpent en le comprimant à travers les parois du ventre; grâce à une gaine incompressible, celui-ci est préservé et échappe toujours. Alors, au moyen d’une grosse aiguille profondément enfoncée, il essaie de détruire la bête, vainement d'ailleurs, car la pointe glisse sur la peau écailleuse et cornée de l’animal.
Un peu plus, et ce malade irait jusqu'à l’auto-mutilation. Du reste si lui n’y a pas élé, d’autres ont essayé; en effet, l’idée d’ouvrir une voie rapide et courte par laquelle l'animal devrait sortir, ou par laquelle on pourrait facilement l’extraire, devait fatalement venir à l’idée de ces possédés zoopathes. La malade d’Esquirol, à laquelle on persuade qu’une légèreopération permettra de faire sortir son mal(Obs.XXXV), ne veut pas attendre l’arrivée du médecin, mais opère ellemême. Seule, la vue du sang qui coule de la plaie qu’elle s’est faite, l’arrête dans l’exécution de son entreprise. La malade de l'observation suivante, de Falret, essaie de donner issue à son animal, et ne réussit qu’à se donner la mort,