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persistera, moins intense il est vrai. C’est ce que Marcé dit quand il classe le délire de zoopathie interne « dans la 2e période de la nosomanie hypochondriaque ou hypochondrie délirante, et qu'il ajoute que ce délire peut guérir dans un espace de temps assez limité lorsqu'il se présente à l’état aigu, mais qu’il acquiert une extrême gravité lorsqu'il passe à l’état chronique, ne différant ainsi en rien de tous les délires partiels. » Et pour Marcé « lorsque le point de départ de lillusion est une affection douloureuse accessible aux moyens thérapeutiques, il y a là une indication à remplir; il peut arriver que la cause première une fois enlevée l’action sympathique disparaisse à son tour, mais il ne faut jamais oublier que les douleurs hypochondriaques sont bien souvent de véritables hallucinations survenant en dehors de tout malaise réel. »
Donc, chez ces premiers malades, il faut soigner surtout l’état organique, essayer de détruire la cause ou de l’améliorer, pour détruire ou améliorer le délire de zoopathie interne.
Chez les malades de la seconde catégorie, ce à quoi il faudra aussi s'attacher, c’est à faire disparaître la cause occasionnelle. Il est évident que le délire existe surtout là où l’on croit que l’on peut avaler un animal, que celui-ci peut s’introduire dans le vagin pendant le bain..., et toutes autres idées propresàäamener l'existence d'animaux en descorps humains. Il faudra essayer de faire disparaître l’idée de l’existence de l'animal. Michea nous montre l’homme de la campagne qui fait le sujet de l’observation XII, guéri par une opération fictive, la guérison se maintenait après une tentative de retour du délire à l’idée que le serpent ait pu laisser des petits. L'opération lui ôta l'animal, et l’assurance que celuici était un mâle empêcha les petits de venir remplacer l’ascendant fictivement extrait. C’est que dans ce cas l’observation nous montre d’abord le malade avalant le serpent, puis sur cette idée greffant les troubles cénesthésiques. l’idée de la présence de son serpent détruite, les douleurs
AT Ve viscérales disparurent et le malade guérit. D'ailleurs, Michea fait lui-même une distinction entre les deux malades, et il. dit que si Antoine Flotte conserva son délire malgré la ruse tentée, c’est que probablement il présentait des troubles organiques réels. |
Le malade de M. le Dr Piouffle (obs. XIII) nous fait aussi assister à la guérison de M. Jules. Persuadé qu'il a avalé un animal au milieu de ses libations un peu copieuses, il guérit complètement de son délire après l’ingestion de pilules de bleu de méthylène, sans s’étonner que son animal de couleur rousse puisse sortir bleu. Actuellement, il est persuadé que cet animal a bien vécu en lui, qu’il a été expulsé par les pilules, mais les souffrances sont parties avec la bête.
L'observation suivante, de Esquirol, nous montre aussi une guérison survenue chez une malade qu’il nous présente comme une névrosée, irritable, se mettant facilement en colère ou versant des larmes, dormant mal et mangeant d’une façon irrégulière. C’est une douleur du sommet de la tête qui ouvre la scène, puis apparaît le ver, cause de la douleur, et la phobie du vert de gris et de cuivre. Nous notons en passant cette peur du cuivre amenée par l’homonymie de deux mots (ver et vert). Le traitement consiste aussi en une opération fictive. Ils’agit d'enlever le ver cause de la douleur: ce qui est fait, et la malade revient à la santé. Ce cas, pour nous, peut se ranger parmi les délires de zoopathie interne à point de départ psychique. La douleur n'avait aucun substratum organique réel, aussi la guérison est-elle amenée par une opération qui, en extrayant le ver, fait disparaître la douleur et la phobie du vert de gris.
OBSERVATION XXXV (EsquiroL, Maladies mentales.)
Mie …, âgée de dix-huit ans, jouissant d’une bonne santé, quoique encore mal réglée. Elle éprouve, à la suite des événements de 1815, une
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douleur fixe au sommet de la tête, Bientôt elle se persuade qu’elle a dans le crâne un ver qui dévore son cerveau. La vue du cuivre la fait presque défaillir, et ses parents sont obligés de faire enlever toutes les dorures des appartements. Elle ne consent à se promener qu’avec la plus grande répugnance, parce que la poussière soulevée par les promeneurs est chargée d’oxyde de cuivre. Rien ne peut la décider à toucher un objet en cuivre, à un flambeau doré, ni à un robinet de fontaine.
Plusieurs mois de traitement ayant été infructueux, je fus appelé auprès de cette jeune personne. Elle était maigre, un peu décolorée, très irritable, elle se refusait quelquefois à manger, dormait mal et avait de la constipation; elle parlait de ses répugnances tantôt avec vivacité, tantôt avec colère, tantôt avec des larmes; je m'efforçai de gagner la confiance de la jeune malade, je flattai d’abord ses idées et je lui donnai assurance que je détruirai le ver, cause de ses maux si elle avait le courage de se laisser faire une opération peu douloureuse, J'avais si bien réussi à la persuader qu'après une de mes visites, pendant laquelle je lui avais parlé de guérisons obtenues par un moyen que je lui indiquai, sa tête se monta et Mademoiselle se fit, avec un canif, une incision au cuir chevelu. À peine vit-elle son sang couler qu’elle se trouva mal. Je fus aussitôt prévenu; je me rendis auprès de la malade, elle avait recouvré la connaissance et était très décidée à laisser faire l’opération dont je l’entretenais depuis quelque temps. Son courage soutint celui de ses parents qui consentirent à l’emploi du moyen que j'avais proposé. M. Bigot, médecin ordinaire de la famille, fit une incision cruciale de plus de deux pouces d’étendue, sur le point douloureux; on laissa couler le sang. Nous montrâmes à la malade un fragment de fibrine que nous assurâmes, M. Bigot et moi, être le ver qui la faisait souffrir depuis si longtemps. Un séton fut établi au centre de l’incision et maintenu pendant trois mois; la douleur fixe, les illusions et les craintes du vert de gris
disparurent après ce temps.
En somme, nous constatons que chez les malades de la seconde catégorie, le pronostic est souvent beaucoup plus favorable. Il le sera d'autant plus que l’on traitera le malade peu après la naissance de son délire; plus longtemps celui-ci aura évolué, plus les centres psychiques auront été impres-
Op sionnés par les troubles cénesthésiques, plus ceux-ci euxmêmes seront devenus intenses, et par conséquent plus «ancré » sera le délire, et la suggestion n’aura qu’une prise beaucoup plus difficile.
Comme traitement, en effet, on pourra employer toute la psychothérapie. C’est pour ces malades que l’on devra réserver les pilules de bleu de méthylène, les opérations fictives, et la suggestion hypnotique; nous n’avons pas vu employer ce dernier moyen pour les délires de zoopathie interne, mais nous croyons pouvoir certifier que dans cette seconde forme, il pourra donner d'excellents résultats.
Mais avant d'opérer, avant d’essayer un traitement psychothérapique, il sera nécessaire, indispensable d’examiner avec le plus grand soin, avec la plus minutieuse attention tous les organes du malade. Si l’on trouve une lésion, une tumeur, une maladie, on se contentera de soigner cette cause organique sans s'occuper de l’état psychique du sujet qui ne pourra que s'améliorer avec l’état physique. Mais si l’on ne constate aucun trouble viscéral réel, ce qui n’est pas toujours facile, si au contraire on a des raisons de croire à une névrose, à un délire dé zoopathie interne greffé sur un trouble psychique, on pourra avec raison et souvent avec succès essayer tous les moyens psycho-thérapiques que nous avons à notre disposition, et cela d'autant plus volontiers que l’on sera plus près du début de la maladie, car les chances de réussite sont, dans ce cas, beaucoup plus grandes. Il est bien évident que par cette cure on réussira seulement à guérir le syndrome zoopathie interne, mais que le terrain, le fond de débilité mentale et la névrose persistant toujours, le malade pourra recommencer soit le même délire, soit un délire ayant avec le premier de grandes affinités.
Nous allons citer ici quelques observations où la psychothérapie a donné des guérisons au moins momentanées. Nous n’avons pas suivi les malades assez longtemps pour savoir si le délire a réellement persisté, mais toutes nous montrent le malade s’en allant guéri. Puis nous terminerons
PAG NE en donnant la « légende du lézard » telle qu'elle a paru dans le Matin, par. suite d’une indiscrétion dont la conséquence fatale fut la rechute de cette femme que le docteur Richelot avait guéri par son opération simulée.
OBSERVATION XXX VI (Inédite) Due à l’obligeance de M, le professeur agrégé VERGER.
Léontine, H..., soixante-sept ans, se présente le 23 août àfla consultation des maladies nerveuses à l’hôpital Saint-André.
Léontine. dont on ne connaît les antécédents ni héréditaires ni personnels, est une personne petite, de corpulence très forte avec troubles entéroptosiques peu marqués. Elle vient à la consultation, faite en l’absence de M. le professeur Pitres par M. le professeur agrégé Verger, parce que, dit-elle, elle à un serpent dans l'estomac. Cette bête la fait beaucoup souffrir. D’après sa fille qui l'accompagne, la malade chez elle ne s’occupe plus de rien; elle ne s'inquiète que de son serpent et se plaint constamment des douleurs que celui-ci lui fait endurer. Il se meut en effet presque constamment, occasionnant à chaque déplacement des souffrances intolérables.
Elle vient à la consultation surtout pour demander un remède qui la débarrasse de son parasite. On lui conseille d’entrer à l’hôpital, ce que la malade accepte, persuadée qu'on va la délivrer de son serpent.
M. le professeur Verger lui dit qu’il est d’abord nécessaire de vérifier par la radioscopie et la présence et la nature de l'animal qui la tourmente. Pour cela on l’amène à la clinique d’électricité où pour frapper son imagination tous les appareils sont mis en marche. On fait croire à Léontine qu’on Pexamine : Tout d’abord l'animal n’est pas vu, puis on le trouve, mais ce n’est pas un serpent, c’est une anguille. La malade accepte cette transformation d'autant plus volontiers qu'elle reconnaît qu’il est plus facile d’avaler en buvant de l’eau une anguille qu’un serpent. On lui fait croire qu’un médicament approprié la délivrera de son hôte. Pour cela on lui fait prendre pendant deux jours des pilules de bleu de méthylène pour endormir l’animal et le faire lâcher prise. Le
02e lendemain, un purgatif énergique lui est administré (40 grammes d’huile de ricin).
Elle a tout d’abord deux selles dans lesquelles on cherche en vain l’anguille. A la troisième, la sœur du service réussit sans éveiller l’attention de la malade à introduire dans le vase une anguïlle préalablement achetée et que l’on a fait vivre hors de l’eau quelque temps pour diminuer la vivacité de ses mouvements. Celle-ci aperçoit l’animal: elle se déclare satisfaite. La malade quitte l'hôpital le lendemain avec la conviction d’avoir expulsé son serpent et ne ressentant plus de douleurs; par un hasard heureux, il n’y eut pas d’indiscrétion de commise dans la salle.
Depuis, on n’a pas eu de ses nouvelles, malgré la promesse formelle qu’elle avait faite de venir en donner au mois d’octobre.
OBsERVATION XXX VII (Inédite)
Due ;à l’obligeance de M. le docteur Prourrce, médecin adjoint de la Maison de santé de Castel d’Andorte.
{Malade avec préoccupations hypochondriaques.
Homme, s’imagine avoir dans le ventre un crapaud qu’il sent s’agiter et se déplacer. En parle constamment, Un jour son infirmier trouve un crapaud par hasard et imagine de persuader au malade qu’il vient de l’expulser lui-même. Pour cela, subrepticement, il introduit le crapaud dans une des selles du malade, qui est tout étonné de voir qu’il a rendu la bête qui le faisait tant souffrir. Persuadé que le fait est vrai cet homme n’a plus parlé de son parasite.
OBSERVATION XXX VIII (Inédite)
(Due à l’obligeance de M. le D' FERRER, médecin des troupes coloniales.)
Un Kabyle, homme âgé d’une cinquantaine d'années; se présente en mai 1902 à l'hôpital mixte de Fort-National (Algérie) parce que, dit-il,
il a dans Le ventre un animal qui le ronge. Lorsqu'on lui demanda de préciser l'endroit où se trouve cette bête qu’il dit être une grenouille, il indique la région épigastrique. A l’examen, cette région ne présente rien d’anormal ; la palpation n’y décèle la présence d’aucune tumeur, . pas plus que dans le reste de l’abdomen ; pas de troubles des fonctions digestives qui s’accomplissent normalement. Le malade demande qu’on lui ouvre le ventre et qu’à tout prix on le délivre de la grenouille qui lui cause jour et nuit des douleurs intolérables et lui enlève tout repos. Il réclame avec insistance une intervention immédiate.
Le médecin accepte de faire l'opération. On chloroformise le malade et on pratique au niveau de la région épigastrique, sur la ligne médiane, une incision de 2 à 3 centimètres environ, intéressant à peine l’épaisseur de la peau. On éponge le sang et l’on jette le tampon dans un plateau où se trouve une grenouille qu'au préalable on s’était procurée.
Le malade, les sutures et le pansement faits, est réveillé, et on lui montre l’animal que, facilement, il croit extrait de son estomac. Aussitôt il se trouve guéri ; il embrasse les mains du médecin en l’assurant qu’il n’éprouve plus aucune douleur.
Le malade séjourne à l’hôpital pendant trois jours et sort guéri de son délire de zoopathie interne. Mais on n’a aucun renseignement sur l’évolution ultérieure.