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TOXICOLOGIE DU FLUOR ET DE SES DÉRIVÉS

Le fluor et ses dérivés paraissent dangereux et c’est la raison pour laquelle leur emploi a été pendant longtemps limité. Gay LUssAc et THÉNARD qui en 1809 furent les premiers à tenter de l’isoler et de préparer les acides fluorhydrique et fluoborique signalèrent déjà son action caustique sur la peau. En 1813 Davy fut fortement intoxiqué par les dégagements de gaz fluorhydrique alors qu’il essayait de préparer du fluor, et les premiers chercheurs furent tous plus ou moins gravement atteints. NickLes succomba à l’intoxication fluorée.

C'est RABUTEAU (2) qui le premier en 1867 entreprit une étude de l’action toxique de l’acide fluorhydrique et des fluorures minéraux sur les animaux, chien, chat, lapin. Il prit lui-même 0,25 g de fluorure de sodium dissous dans 25 g d’eau. Il eut des nausées, nota une salivation abondante et une anxiété épigastrique pendant 24 heures environ, mêmes symptômes que chez les animaux qui avaient pendant quelques heures une respiration accélérée et de la fièvre.

Depuis RABUTEAU de nombreux travaux ont été entrepris sur les animaux de laboratoire pour démontrer la toxicité des dérivés fluorés.

Les principaux symptômes de l’intoxication aiguë sont des signes d’irritation du tube digestif, avec vomissements, diarrhées, douleurs stomacales, crampes et paralysie des muscles. La respiration et le système nerveux central sont atteints et la mort survient par paralysie respiratoire, avec arrêt du cœur en diastole.

Les fluorures solubles sont plus toxiques que les dérivés moins solubles.

CRISTIANI (3), en 1925 entreprend l'étude de l’intoxication chronique par les dérivés fluorés sur des animaux soumis à un régime équilibré et nourris avec du fourrage arrosé de solutions de fluorures ou de fluosilicates. Au bout de quelques mois, il constate chez l'animal ayant absorbé des dérivés fluorés, un amaigrissement, de la raideur de la colonne vertébrale et des membres inférieurs, une diminution de la résistance osseuse qui se traduit par des fractures faciles et multiples. En même temps apparaissent des troubles du système nerveux central, puis peu à peu, les animaux atteints de fluorose se cachectisent et meurent.

À l’autopsie on constate des lésions de la moelle osseuse, et l’analyse montre qu’une grande quantité de fluor s’est fixée sur les os et les dents.

En 1927 Carcos BERGARA (4) étudie les altérations osseuses et dentaires des rats intoxiqués par les fluorures.

(2) RABUTEAU (A.). — Etude expérimentale sur les effets physiologiques de FH et des fluorures. — Thèse médecine, Paris, 1867.

(3) CrisrrANt (H.) et GAUTIER (R.). — La cachexie fluorique expérimentale, Intoxication chronique

d’origine alimentaire par le fluor. — C. R. Soc. Biol. 1925, 92, 139 et 946. — Presse médicale, avril 1926, 469, 470.

(4) BERGARA CARLOS. — Altérations dentaires et osseuses dans l’intoxication chronique par les fluorures, — Soc, Biol, 1927, 97, 2 p. 600. à

Pour cela, il prend quatre lots de six rats blancs semblables.

— Chaque rat du premier lot reçoit une dose quotidienne de 50 mg de fluorure de sodium.

En 4 jours leur poids a diminué en moyenne de 11 g, en 10 jours sur les 6 rats 4 sont morts.

— Les rats du deuxième lot reçoivent chacun 20 mg de fluorure de sodium par jour.

Leur croissance est nettement entravée. Deux rats sont morts en 25 jours. Trois en 55 jours et cinq après 82 jours.

— Les rats du troisième lot reçoivent quotidiennement 5 mg de fluorure de sodium.

Leur croissance est moins rapide que chez les rats témoins du quatrième lot. Deux rats sont morts après 80 jours de traitement.

Tous les rats intoxiqués ont un poil jaunâtre, moins clair et moins lisse que les rats témoins. Leur marche est rigide, traînante, l’ossification des cartilages de conjonction est retardée. Les dents sont plus claires, moins transparentes, blanchâtres, puis elles deviennent grisâtres, granuleuses et tachetées. Les incisives supérieures des rats fluorés sont plus grandes que celles des témoins, elles s’incurvent en arrière, le bord libre devient large au lieu d’être fin et coupant. Les incisives inférieures au contraire sont plus petites que chez les rats non traités.

VeLu (5) en 1928 commence une étude de l’étiologie du darmous africain, fluorose calcique naturelle qui sévit chez les animaux vivant sur les sols phosphatés d'Afrique ou consommant des eaux ayant traversé ces terrains.

Tout d’abord, VELU démontre expérimentalement sur des rats blancs et des moutons, que le darmous est dû au fluorure de calcium qui accompagne toujours les phosphates naturels nord-africains, et il attribue cette fluorose aux plantes cultivées sur ces sols, aux eaux de boisson, ou aux poussières phosphatées recouvrant les fourrages qui servent à l’alimentation des animaux.

CHarnor (6 et 7) et ses collaborateurs décrivent les caractères du darmous animal et humain au Maroc.

Mme Dipter (8), 1932, étudie l’intoxication par le fluosilicate de sodium chez le chien.

et Mile BaziLce (9) en 1935, l’intoxication aiguë et chronique du chien et du lapin par le fluorure de sodium. Dans l’intoxication chronique, après autopsie des animaux

(5) Vezu (H.). — Fluorure de calcium et cachexie expérimentale chez le rat blanc. — C. R. Soc. Biol. 1931, 108, 377. — Troubles dus aux phosphates naturels et cachexie fluorique due au fluorure de calcium. — C. R. Soc. Biol. 1931, 108, 635. — Darmous et fluorose chronique. — CR Soc. Biol. 1931, 108, 750. — Le darmous, fluorose spontanée des zones phosphatées. — Ann. Inst. Pasteur d'Algérie, X n° 1, mars 1932.

(6) Cæarnor (A.). — La lutte contre le darmous au Maroc. — Revue le Mouton 1948.

(7) Cæarwor (A.) et VELU (H.). — Encore le darmous. Etiologie et pathogénie. — Bull. Inst. Hyg. Maroc 1938.

(8) Mme Diier (H.). — Intoxication expérimentale par le fluosilicate chez le chien. — Thèse Dr. Pharmacie, Bordeaux 1932.

(9) Mlle BAZILLE (S.). — Contribution à l’étude toxicologique du fluor. — Thèse Dr. Pharmacie,

Paris 1935, p. 149,

sacrifiés, elle constate une contraction musculaire, particulièrement au niveau des sphincters. Le dosage du fluor contenu dans les viscères n'indique pas de localisation élective pour l’un d’eux. Par contre, les glandes endocrines, à l’exception des parathyroïdes en contiennent des quantités relativement élevées, surtout l’hypophyse.

La localisation du fluor sur les tissus riches en calcium, os et tissus dentaires, sont très caractéristiques. Les os deviennent plus blancs, plus poreux, plus opaques, et en même temps plus friables et plus fragiles.

En 1938, le docteur PIERRON (10) de Nancy détermine les doses de fluorures mortelles chez différentes espèces animales ou végétales et compare les effets des fluoroses calcique, magnésienne, strontique et sodique chez l’homme et les animaux. Il trouve des différences notables de toxicités entre les divers fluorures.

Plusieurs autres auteurs tels PLANTIVEAU (10 bis) en France s’intéressent à la question; en 1948 RENÉ TRUHAUT (11) publie un ouvrage très complet sur les fluoroses où il étudie en détails leurs origines et leurs effets.

L’action toxicologique des fluorures est variée mais se traduit surtout par :

10 Une action décalcifiante. — Le fluor se fixe sur les tissus riches en calcium : phanères et os. On observe une densification du système osseux avec décalcification et ostéoporose, des altérations des ongles et des dents.

CHANELES (10 ter) précise les altérations histologiques dentaires apportées par le fluor après expérimentation sur les rats.

Il constate que l’émail est conservé et que s’il est pigmenté superficiellement, il l’est peu. Les prismes sont moins réguliers, onduleux, faiblement obliques. Les stries de Retsius sont extrêmement marquées. La dentine est hétérogène, globuleuse par places, les canalicules normaux. Histologiquement, la couche améloblastique est irrégulière avec saillies et ondulations. Les cellules sont réduites de hauteur, volumineuses. L’émail, d’épaisseur variable, présente des sillons et des creux occupés par les améloblastes; la calcification est irrégulière.

La dentine présente aussi des zones de calcification irrégulière avec hernies pulpaires, maïs sans altération des odontoblastes.

20 Une action sur le métabolisme général par l'intermédiaire des glandes endocrines.

— la thyroïde est hypertrophiée et présente des lésions,

— l’hypophyse s’atrophie parfois,

— les surrénales augmentent de volume.

30 Action irritante sur tout l’appareil digestif et particulièrement au niveau des muqueuses stomacales, douleurs épigastriques.

49 Action antienzymatique. — D’après plusieurs auteurs, les composés fluorés inhiberaient certains systèmes enzymatiques; ils inhiberaient notamment le système enzymatique dans lequel l’acide ascorbique se trouve impliqué.

99 Troubles du système nerveux central amenant peu à peu la cachexie et la mort.

(10) Dr PrERRON (A.). — Etude expérimentale de l’intoxication fluorée. Toxicité des sels de fluor. Fluorose provoquée. — Travail du Labor. de Thérapeutique, éd. Tollard, Nancy 1938. — Thèse Dr. Médecine, Nancy 1938.

(10 bis) PLANTIVEAU (Pierre). — Intoxication par le fluor. — Thèse Dr. Médecine, Paris, mars 1946.

(10 ter) CHANELES (J.). — La fluorosis expérimental. Buenos Ayres 1930. Effets de la fluorose chronique sur des dents de rats blancs et action des rayons ultra violets. — C. R. Soc. Biol., 1929, 102, 860

(11) TruxAUT (René). — Les Fluoroses, éd. Sedes, 1948. "SERA ÈS

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