ORIGINE DE L'UTILISATION DES DÉRIVÉS FLUORÉS EN ART DENTAIRE
ACTION du FLUOR sur les DENTS
De nombreuses fluoroses naturelles ont été constatées depuis longtemps dans les diverses parties du monde, notamment en Italie dans les voisinages du Vésuve, en Espagne, au Portugal, en Suisse, au Canada, aux Etats-Unis, en Argentine et aux
Indes.
Dès 1901, Eacer (12 et 13) rapporte que les dents des natifs de Pozzuoli près de Naples, présentent des taches brunes plus ou moins marquées. Ce phénomène avait déjà été constaté par le célèbre professeur napolitain STEFANO CHIAIE, d’où le nom de denti di Chiaie, ou « denti neri » qu’on donna à cette affection.
En 1915, aux Etats-Unis, Mac Kay et BLack (14) observent que certains indigènes du Colorado ont des dents dont l’émail présente des taches colorées (Mottled enamel). Ils prouvent que ces lésions sont dues aux eaux de boisson qui contiennent des sels minéraux et apportent à l’émail trop de l’un de ses éléments constitutifs F, Ca ou P. Ces deux auteurs furent les premiers à établir le rapport constant entre la présence de l’émail tacheté et la diminution ou l’absence de caries dentaires avec la quantité de fluor contenue dans les eaux.
Ils démontrent expérimentalement que les taches dentaires n’apparaissent que pour une concentration en fluor dans les eaux de boisson supérieure ou égale à 2 mg . par litre, soit 2 X 10-5.
En 1931, Caurcuiz (15) constate aussi que certaines populations de l’Arkansas présentent des dents dont l’émail est fortement tacheté, il montre que l’agent causal
(12) EAGER (J.-M.). — « Denti neri » Pub. Health Rept 1901, 16, 2576.
(13) Eacer (J.-M.). — Mac Collum Simmonds Becker Buntung. — Biol. Chem., 1925, 63, 553.
(14) Mac Kay (F.) et BLack (G.). — « Mottled enamel » et fluor dans les eaux de boisson, — Transpanama Pacific Dental Congrès 1915, n° 25. Water Works Engs 79, 1321 à 1332, 1926.
(15) Cauroxi£z (H.-V.) — «Occurence of fluorides in Some Waters of the United States». — Ing.
Eng. Chem. 23, 996, 1931.
en est le fluor et que ce phénomène n’apparaît que dans les régions où les eaux de boisson contiennent plus de 2 mg de fluor par litre. Les eaux de boisson des régions non atteintes renferment toujours une quantité de fluor inférieure à 2 x 10-6.
A la suite de ces constatations, DEAN (16) et ses collaborateurs entreprennent des recherches systématiques sur cette maladie des dents, dont l’émail d’allure crayeuse prend peu à peu une teinte grisâtre, tachetée de brun, et la baptisent « fluorose dentaire ».
Ils font une série d’expérience sur plus de 7.000 enfants âgés de 12 à 14 ans dans 21 cités américaines dont les eaux ont été analysées. Ils cherchent alors l’influence de la concentration en fluor sur l’apparition de la fluorose dentaire et son incidence sur la carie.
Ils établissent que la fréquence des caries diminue de deux tiers lorsque la concentration des eaux de boisson en fluor passe de 0,5 à 2 X 10-5. Une quantité de fluor inférieure à un mg par litre dans les eaux de boisson ne provoque aucune fluorose mais n’a pas la moindre efficacité contre la carie.
Une concentration de un mg par litre inhibe les caries dans 50 % des cas environ.
Au-dessus de 1,8 mg par litre on commence, dans certains cas, à voir apparaître une fluorose dentaire.
En 1939 ArNoLD propose d’ajouter du fluor sous forme de fluorures aux eaux de boisson qui en sont exemptes dans le but de réduire les caries dentaires et BrBBY (17) en 1942 démontre expérimentalement l’action spécifique des fluorures comme inhibiteurs des caries dentaires.
Une centaine d’enfants âgés de 7 à 12 ans sont traités par des applications locales de fluorure de sodium en solution à 1 °/4,, sur un seul quadrant de la mâchoire, pendant 7 à 8 minutes. Pendant deux ans ces applications leur sont faites et on peut constater sur les quadrants traités une diminution du nombre des caries de l’ordre de 40 %. D’autres essais sont faits à l’aide d’applications topiques de fluorure de sodium à 1 % et de fluorure de plomb à 0,06 %.. Ces applications sont répétées pendant deux ans, à trois mois d'intervalle. Les parties traitées montrent toujours une diminution de 30 à 50 % du nombre des caries.
D’après Asr (18), quatre applications topiques de fluorure de sodium à 2 ‘, espacées de 1 à 7 jours, suffisent à protéger la dent contre la carie pour une durée de trois ans. La première opération doit être réalisée vers l’âge de trois ans pour assurer la protection des dents de lait. On doit la renouveler vers 7 ans, 10 et 13 ans pour les dents permanentes.
(16) rat T.). — Endemic Dental Fluorosis Mottled Enamel. — Jal Am. Med. Assoc. 1936,
(17) BiBgy (B.). — Usage du fluorure de sodium pour la prévention des caries dentaires. — J. À Dent. Assoc, 1944 31 n° 3, 228. Jal Dent. Research, février 1950. ke
(18) Asr Davip (B.). — « Topical Applied Fluoride : its Benefits and Limitati .—N. Y D. J., 15-30-31 janvier 1949, p. 15 à 30. Dar : nt
CHEYNE (19) préconise l’application d’une solution de fluorure de potassium à 0,05 % tous les quatre mois, LOUKOMSKY une application semestrielle d’une pâte topique à 75 % de FNa.
Cox (20) vérifie expérimentalement sur les rats le rôle anticarie des fluorures. Il prend deux lots de rats identiques.
Le premier nourri avec des céréales grossièrement concassées, le deuxième avec les mêmes céréales additionnées de fluorures.
Au bout de peu de temps, les rats du premier lot présentent de nombreuses caries, alors que ceux du deuxième sous l’effet des fluorures n’en ont presque pas.
Ces multiples travaux entrepris sur le fluor et sur son action prophylactique dans la carie dentaire ont parfois attiré l’attention des pouvoirs publics.
C’est ainsi qu'aux Etats-Unis, les eaux de boisson trop pauvres en fluor ou exemptes de fluor sont systématiquement fluorées dans la proportion de 1 mg de fluor par litre d’eau. On emploie surtout le fluorure de sodium, quelquefois le fluosilicate de sodium, plus rarement l’acide fluosilicique ou l’acide fluorhydrique. L’addition de produits fluorés se fait au moyen de distributeurs automatiques avec dispositifs de contrôle automatiques pour la concentration en ions fluor.
Par contre, dans certaines régions où les eaux sont trop riches en fluor, on en élimine l’excès par filtration de l’eau, soit sur des poudres d’os, soit sur des phosphates de calcium ou des apatites synthétiques qui précipitent le fluor à l’état de fluorure de calcium ou le retiennent.
Il est intéressant de noter, comme le fait remarquer LEFÈVRE (32) que les doses de fluor introduites dans l’eau de boisson en Amérique sont exactement celles qui sont préconisées par les homéopathes (fluorica calcarea).