‹ Contribution à l'étude des Dermatoses LinéairesChapitre 17 sur 33 · ANSE · texte numérisé non relu

ANSE

néares, MM Balzer el Alquier s'expriment ainsi (Archives gén. de Médecine 1901 — p. 929): « Ces cas bien nels mis à part, l'aspect des dermaloses linéaires est le plus souvent fort embarrassant : on constate de la rougeur el celélat spécial du derme auquel M. Brocq a donné le nom de lichénificalion : les lésions peuvent être disposées en bandes uniformes ou bien en peliles papules squameuses, séparées par des intervalles de peau simplement rouge, où mêne à peu près saine ; on peut, dans ce cas, adopter là qualification de « dermafoses lichénoïdes » qui a le mérite de ne rien préjuger de Ja nature véritable de Faffection.

Le psoriasis est une des dermaloses linéaires qui prèteront le moins à la confusion. L'élément qui le caractérise est en effet {ypique. C'est une tâche d'un rouge vif, nellement circonscrile, recouverte de squames séches, nacrées. lamelleuses, friables, d'une abondance parfois très grande, pouvant atteindre plusieurs millimètres d'épaisseur. Par le grattage méthodique la squame se délache par gros lambeaux d'abord, puis se résoul en une fine poussière blanche, comme le: ferait une tâche de bougie : signe de la {âche de bougie. L'ongle ensuile arrive sur une surface rouge el juisante, de laquelle on peut détacher une fine pellicule venant par lambeaux de plusieurs millimètres carrés; au-dessous on voit sourdre, parfois après un cerlain {émps, de fie

nes goultelettes de sang : signe de la rosée sanglante,

piquelé hémorragique de Devergie. Les fiches de pso-

riasis peuvent avoir les dimensions d'une têle d'épingle,

d'une goutte de cire, d'une lentille, d'une pièce de

monnaie el plus ; elles sont arrondies, ovalaires ou al-

longées el se fusionnent plus ou moins entièrement tæ) ‘]

pour former les longues traïnées de psoriasis. Enfin.

dans les cas Eypiques, il n'existe aucun prurit et la (âche repose sur une base non saillante, non infiltrée,

I est des cas cependant où la squame psoriasique, très fine repose surune base légèrement saillante, papuleuse el où le prurit est assez intense. C'est à ces cas anormaux, rappelant le lichen, et relativement fréquents dans les {rainées linéaires de psoriasis qu'on donne le nom de « psoriasis lichénoïde. » Mais même au niveau des éléments allérés, le grattage méthodique amènera

presque loujours le piquelé hémorragique. Le plus sou-

vent aussiil sera possible de retrouver des lâches Ly-

piques aux faces d'extension des genoux et des coudes qui sont les sièges d'élection du psoriasis. Par contre, la recherche de Ta papule plane, des stries de Wiekham sera négalive de même que l'examen de la muqueuse buccale, le psoriasis buccal étant nié par la majorité des auteurs. De sorte que, dans la plupart des cas, la naturé psoriasique de Faffeclion pourra être déterminée.

Quelquefois cependant, le diagnostic de psoriasis liné-

aire offrira de sérieuses difficultés ; Fexemple suivant le

prouve. À la Société de Dermatologie (10 mars 1898) fut en effet présentée par MM. Balzer et Mercier une

dermalose linéaire, dont l'aspect des lésions rappelait à

él point le lichen, que ce diagnostie fut porté par plu-

sieurs auleurs, alors qu'en réalité il s'agissait d'un pso-

riasis linéaire lichénoïde. C'est en effet à ce diagnostic

que dut conclure quelques mois plus tard M. Hallopeau qui élail parvenu à guérir le malade à l'aide de l'acide chrysophanique.

Quoique pouvant apparaitre chez des tout jeunes enfants, l'eczéma n'a aucun point de ressemblance avec le nœvus, et le diagnostic ne se posera pas entre ces deux affections. Mais il peut arriver que leczéma complique un nœvus encore peu développé et le masque totalement ou seulement en partie. L'évolution seule dans ce cas permellra de reconnaitre l'existence et l'étendue exacte de la malformation cutanée. Nous n'insisterons pas davantage sur la différenciation du lichen d'avec l'eczéma. Nous dirons ‘seulement que certains eczémas prurigineux des enfants s'accompagnent assez fréquemment de petites papules brillantes ; non prévenu de cette éventualité on pourrait se croire en présence d'un lichen plan eczémalisé ; mais ces papules ne sont pas à bords nets, polygonaux et sont généralement éphémères. La névrodermile chronique circonscrite se dislinguera de l'eczéma par l'absence de rougeur vive; de vésiculalion, de suintement, de formation de croûtelles jaunàtres ou brunâlres el par ses signes propres. Il arrive cependant que l'eczéma se lichénifie, el qu'inversement la névrodermile chronique se complique d'eczémalisalion ; on constate alors des plaques dures, rugueuses, épaissies, sillonnées de quadrillages plus où moins complets, avec des vésicules, du suintement, des croû-

telles. Il peut être délicat de préciser quelle a été laf-

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La

fection première. Il faudra se baser sur lanamnèse, sur

ce fait qu'une lichénificalion secondaire à une poussée d'eczéma a rarement la même importance que la lichénification primilive de la névrodermite. Il faudra surtout considérer l'évolution, l'eczéma lichénifié étant moins rebelle que la névrodermile chronique. Entre l'eczéma et la psoriasis, il n'y aura, dans la majorité des cas, aucune confusion possible. Dans certains €as, cependant, le psoriasis peut prendre Fapparence de plaques très rouges dénudées de squames ou recouvertes de eroûles ou abondamment suintantes comme un eczéma rubrum : les bords en sont parfois irréguliers. La nature de cet eczéma psoriasis des auteurs anciens est discutable : s'agit-il d'un psoriasis eczémalisé ? ou bien d’'uneeczémalide psoriasiforme ? Cette dernière opinion est plus vraisemblable d'après M. Darier, quoiqu'il ne soit pas rare de constater chez le même malade des taches de psoriasis Lypiques aux coudes el aux genoux.

Quant aux bandes de sclérodermie, leurs caractères sont tout à fait particuliers. Elles sont limitées par un contour bien tranché, leur couleur est blanche ou jaunâtre, couleur vieil ivoire ; elles sont de niveau avec la peau voisine ou font une saillie plus ou moins accusée : elles peuvent être déprimées; leur surface est lisse, dépourvue des plis ordinaires de la peau, et il n'est pas possible de la plisser. Leur consistance est dure et lardacée,

donnant l'impression d'un morceau de cuir enchassé

dans là peau, el cetle induralhion peut être superficielle

ou intéresser tout le derme ou même l'hypoderme e

14 TAC «Et — dr re adhérer au périosle OÙ aux aponevroses. Leur limite

est marquée par un fin liseré lilas. Elles sont générale-

ment tout à fait indolentes et leur sensibilité est nor-

male. Quand elles siègent sur les parties velues, elles

amènent la chute des poils, En somme, il n'est pas

possible de confondre la sclérodermie en bandes avec aucune autre dermalose linéaire. Le lichen plan atro-

phique présente seul quelque ressemblance avec elle : mais il a des caractères propres qui permeltent de le reconnailre facilement. I apparait, en effet, formé de la confluence de peliles macules similaires où lenticulaires, blanches, aacrées, arrondies ou polveyeliques, résultant de l'affaissement cicatriciel des papules de lichen plan : il est très peu induré et eriblé de bouchons

cornés correspondant aux orifices sudoripares.

5°’ Evolution des lésions

L'évolution aidera beaucoup, dans cerlains cas, à délerminer Ja nature de la dermalose linéaire. Les nœvi restent stalionnaires ou Ss'accroissent lentement, parfois comme par poussée, mais n'ont aucune tendance à la régression ; on peut leur voir prendre une allure maligne. Le lichen plan peut disparaitré déjà après quelques semaines. Dans quelques cas, à tendance chronique, celle régression demande des mois ; on assiste à l'affaissement de la papule en même lemps que la pigmentalion augmente au point de pouvoir acqué-

rir la teinte sépia ; puis, celle leinte disparait à son

tour, eLil peut ne resler aucune trace des lésions prie

mitives, ou seulement à la place des papules une petite dépression d’un blanc-grisätre, à aspect atrophique su-

perficiel.. La névrodermile chronique circonscrile deman-

de pour guérir des mois el souvent des années. Le

prurit disparait en premier ; les saillies papillaires s’affaissent peu à peu, en même temps que le quadrillage devient de moins en moins net el que la peau reprend sa souplesse. Le restilutio ad integrun peut-être obtenu, mais, dans beaucoup de cas, il persiste pendant longlemps encore une certaine coloration brunâtre des

téguments. Les récidives se rencontrent, de même

d’ailleurs que dans le lichen. L'eczéma lichénifié dure

moins longtemps que la névrodermite chronique. Le psoriasis lichénoïde a une durée plus longue que le psoriasis normal ; mais ses éléments, en s'affaissant, ne passent pas par la phase de pigmentalion du lichen. Au cours de l'évolution d’un psoriasis Hnéaire anormal, il ne sera d'ailleurs pas rare de voir apparaître des éléments de psoriasis Lypique. Quant aux bandes de sclérodermie, elles persistent pendant plusieurs années : elles finissent le plus souvent par disparaitre spontanément el la réparalion peut être intégrale : mais il subsiste parfois des plaques d'atrophie cutanée indélébiles. L'/nfluence du Trailement permettra parfois d’élueider un diagnostic douteux. Dans certains cas exceptionnels, on pourra recourir à la Biopsie. Ce sont Ja deux questions importantes ; mais le cadre de ce lravail ne

nous permel pas d'entreprendre leur étude.

Pathogénie

Des observations que nous avons nous-même recueillies el de celles que nous avons pu consulter dans d'autres travaux, il nous a paru ressortir que, quelle que soit la variété de dermalose linéaire etquelle que soit la région alleinte, les trainées linéaires ne se disposaient pas d'une facon indifférente.

A la face, où on ne trouve guère que des trainées de nœævi, elles occupent avec une prédilection particulière de ligne médiane ; assez souvent encore elles S'y monrent obliques en haut et en arrière.

Sur le tronc, la disposition des dermaloses linéaires peut être nellement transversale. Elle peut répondre à un espace Intercostal, mais il arrive rarement qu'elle le suive durant tout son parcours. B aUCOUP plus souvent,

elle est oblique en haut el en dehors. Lorsqu'une trai-

née linéaire occupe loule une demi-circonférence du

tronc, il n'est pas rare de la voir, grâce à cette obli-

quité, décrire un angle ouvert en bas, dont le sommet

répond à la ligne mamelonnaire ou à une ligne ficlive dressée verticalement en dehors de celle-ci. Une disposition très fréquente est l'existence d’une trainée verlicale sur la ligne médiane antérieure. Par contre, dans aucun cas, nous n'avons constalé une traînée semblable sur la ligne médiane postérieure. Ce n'est pas, cependant, que cette ligne ne puisse être alleinte ; dans quelques as, en effet, nous Favons trouvée occupée par des nœævi. Mais ces derniers s'v présentent sous forme de surface irrégulière, empiélant inégalement sur les moiliés postérieures du tronc, où sous forme de surface régulière comme dans l'obs. If, où deux triangles verruqueux, à sommet inférieur el nettement médian, occu-

pent el débordent Ia ligne épineuse dans sa région dor-

: sale.

Les lrainées linéaires effectuent, en général, tout leur trajet sur une moitié du tronc: il est exceptionnel que l’une d'elles empiète sur le côté opposé. Il en est d’ailleurs de même à la face. Plusieurs fois, il nous a été possible de constater le passage de ces trainées sur les membres supérieurs. Dans quelques cas beaucoup plus rares, nous avons vu naîlre sur la partie inférieure de la surface légumentaire du ventre des trainées qui, croisant le pli inguinal, se conlinuaient plus bas sur la face antéro-interne de la cuisse. Dans tous ces cas, de passage du tronc vers les membres, il est remarquable de voir les trainées obliques ou horizontales sur le trone affecter sur les membres une direction franchement lon-

gitudinale.

Sur les membres, les dermatoses linéaires sont en eflel constamment longiludinales. Elles cheminent dans l'axe du membre el peuvent être nettement rectilignes ; il est rare cependant qu'elles ne présentent sur une partie de leur trajet une où plusieurs courbes, à rayon en général très grand, et dont la concavilé regarde en avant ou en arrière, en dedans ou en dehors. Parfois elles ont un lrajel Spiroïdal ; mais la spire qu'elles décrivent ne fail jamais le tour du membre.

Il peut n'exister qu'une seule {rainée sur un membre. Quand il en existe plusieurs, elles sont en général, indépendantes les unes des autres. Mais il peut se faire que d'une bande principale se délachent à angle plus ou

‘ moins aigu, sur les différents points de Son parcours, une où plusieurs {raïnées secondaires, pouvant aller re- Joindre nne {raïnée voisine. Ce que lon voit surtout, cestune traînée principale se diviser au point où elle se lermine : le fait est rare quand elle prend fin au-des-

sus du poignel ou du cou-de-pied; mais il se rencontre

souvent à la face dorsale de la main ou du pied, où une

lraiïnée principale se divise en deux ou plusieurs branches secondaires, qui se dirigent en divergeant vers la base des doigts ou des orteils.

Un seul membre peut être alleint. Lorsque les deux membres supérieurs ou les deux membres inférieurs sont le siège de traïînées linéaires, celles-ci peuvent y être symétriques. Il est rare toutefois que celle symétrie soit parfaite.

Sur les membres inférieurs, les dermaloses linéaires

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