‹ Contribution à l'Étude des Déterminations Cutanées au Cours de l'Encéphalite Épidémique (Herpès, Zona et particulièrement les érythèmes tox-infectieux)Chapitre 21 sur 26 · OBSERVATION VIII SAINTON · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII SAINTON

Myoclonus provoqué et manifestations cutanées dans l’encéphalite léthargique. Érythème papuleux. Purpura.

I s’agit d'un homme de 31 ans, d'aspect débile et chétif, entré dans le service le 28 mars 1920. Il n'a jamais eu de maladie grave, mais à perdu accidentellement l'œil droit, à l’âge de 16 ans. Il exerce la profession de détrempeur. D’après les renseignements qu'il à pu nous fournir dans sa convalescence, il était malade depuis environ un mois; il avait perdu l'appétit et était pris dans son travail de crises de sommeil qu'il n'avait jamais éprouvées auparavant et qu'il combattait en allant se laver les yeux à l’eau froide plusieurs fois de suite pour se réveiller. En même temps, il éprouvait des douleurs le long de la colonne vertébrale, entre les épaules et dans la région lombaire. Le 24 mars survinrent des vertiges, de la photophobie, une céphalée diffuse, principalement la nuit, avec des insomnies. Il fut forcé de s’aliter. Il a de la diarrhée, cinq à six selles par Jour, des nausées sans vomissements et des sueurs abondantes.

A l'examen, le 29 mars, il répond aux questions qui lui sont posées sans trop de difficulté. Il se plaint de vertiges aussitôt qu'on veut le remuer el l’asseoir. La diarrhée ocreuse continue. La température est de 39°2. La langue est suburrale, dépouillée sur les bords, mais humide. Le ventre est souple, un peu sensible à la palpation, sans gargouillement dans la fosse iliaque droite. La rate est notablement augmentée de volume.

On constate sur l'abdomen, sur le thorax et les membres inférieurs une éruption érylthéinaleuse assez confluente, composée de papules nombreuses, s'effaçant à la pression et légèrement surélevées.

On constate, à la base du poumon gauche et en arrière, de la sub-

matité avec quelques râles sous-crépitants. Le pouls est à 100. La

pression artérielle au Pachon est de : maxima, 12,5; minima, 6. L'indice oscillométrique est de 2. Les urines sont rares, légèrement albumineuses. Il existe une hyperesthésie au moindre attouchement du thorax, des masses musculaires, des cuisses et des mollets. Les réflexes abdominaux sont extrêmement vifs. Les réflexes rotuliens sont normaux. Le signe de Babinski est absent. Les réflexes tendineux aux membres supérieurs, principalement le réflexe radial, sont un peu forts. Il existe une ébauche de signe de Kernig. Il n'y a pas de symptômes oculaires.

La ponelion lombaire permet de retirer un liquide hypertendu, mais par suite de la piqûre d’un vaisseau, le liquide est teinté de sang et l'examen cytologique rendu impossible. Il est ensemencé sur gélose-ascite säns résultat. L'hémoculture et le séro-diagnostic furent également négatifs.

Le 30 mars, le malade est très prostré. Il a de la céphalée, du délire; la raideur de la nuque est assez marquée, le signe de Kernig est accentué, l'hyperesthésie et l'exagération des réflexes persistent. Pas de signe de Guillain, pas de signe de Brudzinski. La température varie entre 39 et 38 degrés.

Le 1° avril, on constate des symptômes analogues : dépression nerveuse, asthénie profonde, persistance des symptômes méningés. Raie méningitique, ligne blanche de Sergent. L'éruption généralisée a pris au pied gauche le caractère de petites pétéchies discrètes.

Les 2 et 3 avril, l’état ne varie point. Le pouls est à 104. L'éruption a presque disparu.

Le 5 avril, la céphalée est très violente; la raideur de la nuque, le signe de Kernig sont très marqués. La rate reste grosse. Il n'existe plus pour ainsi dire aucune trace d’éruption. Les symptômes méningés sont loujours prédominants, les réflexes abdominaux sont vifs, Rs réflexes crémaslériens exagérés.

Le 8 avril, une ponction lombaire pratiquée ramène 15 ce. d'un liquide légèrement albumineux contenant 6 à 10 leucocytes par champ avec prédominance de mononucléaires. On injecte dans le canal rachidien 5 cc. d’une solution de bleu de méthylène à 1/30°. Température, 38°4.

Le 9 avril, ilexiste de la rétention d'urine; le signe de Kernig

eh

ainsi que les troubles de la réflectivité persistent. Température, 38°2.

Le 13 avril, la coexistence du syndrome méningé avec l'hypertrophie de la rate et une éruption posent la question de savoir si l'on ne se trouve pas en présence d’un typhus exanthématique. Une prise de sang est pratiquée; l’agglutination au Protéus de Weil- Félix, pratiquée par M. Legroux, est négative au 1/100e.

L'état du malade s'améliore, il ne souffre plus; son Kernig diminue. Le pouls est à 88 ; la température tombe à 3702.

Les jours suivants, les phénomènes s'’amendent.

Le 17 avril, le malade est très amaigri, la température est normale, le signe de Kernig persiste, les masses musculaires du membre inférieur sont douloureuses à la pression, les réflexes abdominaux sont très marqués. Tous les réflexes tendineux sont exagérés. En examinant le malade, on s'aperçoit, en lui faisant étendre les mains, qu'il existe des secousses myocloniques; lorsque le bras est mis en abduction, ces secousses sont plus fortes. Elles persistent d'ailleurs dans la position de repos, les bras étendus sur le lit, les mains un peu fléchies. Les secousses myocloniques sont plus marquées au membre supérieur gauche qu’au membre supérieur droit ; elles sont de petite amplitude, mais extrêmement rapides; elles existent à l’avant-bras dont les muscles fléchisseurs se contractent comme sous l'influence d’excitations électriques rapides et répétées. La percussion avec le marteau à réflexes, l’effort, les augmentent et les généralisent aux membres supérieurs et au tronc.

Aucun trouble oculaire.

Le 27 avril, les mêmes symptômes persistent.

L'évolution de l’encéphalite s’est donc faite chez ce malade en deux étapes très nettes : une première d’encéphalite à type ambulatoire avec inappétence et malaise léger; une seconde, caractérisée par un état typhoïde avec symptômes méningés, érythème papuleux diffus et confluant au niveau du tronc et de l'abdomen, plus discret aux membres inférieurs et ayant pris un caractère pétéchial. Get ensemble symptomatique posa la question du diagnostic avec Île typhus exanthématique. Toutes les recherches de laboratoire au point de vue de l'existence d'une infection typhoïde ou paratyphoïde

ayant été négatives, il en fut de même de la séro-réaction au Pro-

téus X'’,que Weil et Félix considèrent comme ayant une valeur pratique pour le diagnostic. Le diagnostic fût resté incertain si l'examen du système nerveux n'avait révélé la possibilité de provoquer chez ce malade du myoclonus, car jamais-auparavant cet homme n'avait

eu de myoclonie spontanée,

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