OBSERVATION IX
BEAUSSART.
Érythème toxi-infectieux. Syndrome d’encéphalite léthargique. Guérison.
P..., 49 ans, a été interné, le 2 janvier 1920, en raison d’un état d'exaltation psychique avec euphorie, idées ambitieuses, allures autoritaires et impératives, actes désordonnés et antisoctaux (achats inconsidérés, menaces, violences). Les boissons alcooliques dont il usait depuis longtemps ayant conditionné cet état pathologique, une amélioration assez rapide s'était manifestée sous l'influence du sevrage.
Le 31 janvier, P.. est alteint de conjonctivite partielle, localisée à la moitié inférieure des globes oculaires, à la muqueuse palpébrale inférieure et à la caroncule lacrymale.
Le 1er février, les paupières sont æœdématiées et rouges. Elles s’ouvrent avec difficulté et laissent entrevoir une conjonctive très enflammée avec chémosis. Le malade accuse une forte sensation de cuisson de toute la région. Il est abattu. Température, 375.
Le 2 février, l'élat des paupières est le même; elles commencent à se désépidermiser. Toute la région abdomidale sous-ombilicale, le pubis, les aines, les organes génitaux, y compris le revêtement du gland, la face antérieure et interne des cuisses, la partie interne des genoux, sont le siège d'un érythème extrêmement rouge, sans bourrelet périphérique érysipélateux. Par places, sur la peau saine, apparaissent des trainées rouges, parallèles el dans le sens de l'axe du membre, délerminées, sans aucun doute, par une friction des doigts sur la peau. Il semblerait, de prime abord, que le malade se soit fricüonné avec un produit irrilant et qu'il se soit essuyé les doigts sur son épiderme. Cependant, les mains sont intactes, alors
= ne
que les poignets présentent le même érythème. Ledos et la face postérieure du corps sont indemnes. La face et le cou sont aussi atteints par le processus irritatif; la face est œdémateuse. Au vou et à la nuque, l'éruption s'arrête nettement au niveau de l’encolure de la chemise. Elle gagne tout le pavillon de l'oreille et empiète très peu sur la limite du cuir chevelu. Sur la nuque, c’est en plus un semis de pustules d'aspect laiteux, grosses comme trois à quatre têtes d'épingles. Elles rappellent les manifestations cutanées provoquées par des substances irritantes (croton, thapsia). A l’exanthème correspond un énanthème de la gorge, indubitablement infectieux, avec quelques points blancs amygdaliens. La voix est très enrouée. Température, 37°2-38°4. Le malade, habituellement affairé et réclameur, est dans un état de torpeur léthargique d’où il n’est liré que par des sollicitations impératives. Il satisfait à ses besoins d'une façon quasi automatique.
Le 3 février, l’érythème, l’énanthème et la léthargie sont identiques ; les pustules cependant s’affaissent et commencent à se dessécher. Température, 38°2-38 degrés.
Le 4 février, l’'éruption est moins rouge; en diminuant d'intensité, elle laisse apparaitre dans son lerriloire des trainées éruplives semblables à celles signalées plus haut et qui, plus longues à rétrocéder, apparaissent maintenant alors qu’il y a deux jours elles étaient masquées par le placard érythémateux de même intensité. La face est moins œdémateuse, la léthargie est continue, un ptosis bilatéral est apparu. Température, 3708-3793.
Le 6 février, l'érythème s'atténue rapidement. La desquamation commence à se généraliser et s'effectue d'autant plus vite que l'épiderme vient de se décoller en grande partie par une sorte de phlycténisation confluente en nappe à teinte laiteuse. À la nuque, la pustulation est terminée et desséchée. La gorge est encore rouge, la voix est très rauque et très nasonnée. L'élocution est défectueuse par une manière d’ataxie musculaire sans qu'il y ait de paralysie du voile, des muscles phonaleurs ou des joues. Le facies est figé, sans expression.
La narcolepsie prend un autre aspect. Le malade est moins hébété;
les incitations qui l’éveillent momentanément ont besoin d'être