‹ Contribution à l'étude des déterminations pleurales de la grippeChapitre 10 sur 34 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique

Les premiers documents relatant des épidémies de grippe datent du xn1° siècle, on y verra que chaque épidémie présente un aspect particulier et comme le dit Gitrac « un cachet emprunté aux circonstances sous l’influence desquelles son développement s'effectue ». Malgré l'obscurité et la confusion qui règnent dans ces descriptions où sont classées pêle-mêle des maladies bien différentes par leur nature et leur symptomatologie, on peut reconnaître cependant la grippe ou fièvre catarrhale de ces auteurs, à ses caractères généraux et à ses complications. Toutefois, ce n’est que sous certaines réserves que nous accepterons toutes les observations de pleurésie grippale signalées avant le xvir° siècle, car nous n’ignorons pas que les médecins ont eu pendant longtemps des idées peu précises sur cette affection. Pleurésie signifiait autrefois toute douleur vive siégeant dans un des côtés de la poi-

DE trine, aussi était-elle souvent confondue avec la pneumonie.

Bar Lou, en 1574, dans son livre des Épidémies et des Éphémérides nous apprend l'apparition à cette époque d’une quantité considérable de fluxions du côté de la gorge et des poumons ; des points de côté subits frappaient les malades et bientôt se développaient des pleurésies qu’il qualifie de pestilentielles. La mortalité avait augmenté dans de grandes proportions malgré un traitement énergique par des saignées. Dans plusieurs cas, il put observer des vomiques.

Mercarus dans l’épidémie de 1580 qui sévit particulièrement en Espagne, nous apprend la fréquence des complications pulmonaires et pleurales.

Huxxamobserve à Plymouth et dans ses environs, depuis la fin de 1651 jusqu’au mois de mai 1653, une multitude de catarrhes, d’angines, de pleurésies et de péripneumonies.

Wizuis qui a laissé une relation de Pépidémie de 1657 note des complications du côté des poumons et de la plèvre.

Peu, en 1675, mentionne les « collections aqueuses » qui se produisirent dans les différentes séreuses.

SypenxAM,à Londres dans l’épidémie de 1676,remarque la fréquence de la dyspnée et des points des côtés, dont Pappareil symptomatique indiquait une pleurésie essentielle, mais où le traitement habituel de la pleurésie était nuisible. Aussi, dit-il, « ne doit-on la regarder que comme un symptôme de la fièvre de cette année et comme un produit de la toux que le froid et la saison avaient occasionnés. » Il ajoute plus loin : « Il arrive quelquefois qu’une fièvre épidémique dépose volontiers sur la plèvre et sur les poumons la matière morbifique, en conséquence d’une

De HT en altération des qualités manifestes de l'air, et que néanmoins la fièvre demeure entièrement la même !. » Enfin, citons un dernier passage de sa Médecine pratique, où il décrit particulièrement bien une épidémie de grippe et ses complications. « L'an 1675, l’automne contre son ordinaire fut si beau et si doux jusqu'aux derniers jours d'octobre, qu’on aurait cru être en été; mais letemps ayant changé subitement, et étant devenu froid et humide, il y eut de tous côtés un si grand nombre de toux, que je ne me souviens pas en avoir jamais vu autant, Cette fièvre régnait en dehors de toute autre maladie épidémique. Car alors, de même qu’elle avait fait auparavant, elle commençait toujours par une douleur à la tête, au dos et dans les membres, symptômes qui accompagnaient toutes les fièvres de cette constitution. La seule différence qu’il y avait, c’est que la matière fébrile se portant en grande quantité à la plévre et aux poumons, à la faveur de la toux, elle causait des symptômes qui sont propres à ces parties-là. » RaMazziNI rapporte que, dans l'épidémie catarrhale de Modène au mois de février 1691, on vit beaucoup de pleurésies et de péri-pneumonies. ?

Les saignées répétées n’avaient pas dans ces maladies leur succès accoutumé : Beaucoup de pleurétiques, je le sais, à n’en pouvoir douter, dit-il, ont péri inopinément après deux ou trois saignées. Un prêtre entre autres, fortement constitué mourut d’une pleurésie, le jour de la troisième saignée. Les vieillards n’en supportaient pas une seule sans danger.

HaLLEr, en 1699, dans l’Histoire des maladies de

1 Sydenham, Médecine pratique.

De

Breslau, signalé des inflammations morbides du côté de la plèvre.

. Lancisr décrit une épidémie qui sévit à Rome en 1708,la maladie débutait tantôt par une simple douleur de poitrine, tantôt par du coryza et de la toux. « Ges débuts dégénéraient promptement en fièvre aiguë chez les sujets mal disposés qui négligeaient ces premiers symptômes. Alors éclataient des inflammations diverses, à la gorge, au larynx, à la plèvre. Les pleurésies (sèches les premiers jours) réclamaient le concours des fomentations et des topiques émollients,joints à l’usage copieux des boissons. chaudes et adoucissantes. »

Lœw, médecin autrichien, rapporte dans la description de Pépidémie de fièvre catarrhale qui sévit à Vienne en 1729, la fréquence des pleurésies et autres maladies inflammatoires, ainsi que des « métastases sur la poitrine causant de l’hydrothorax et des leuco-phlegmasies. »

Beccarra, en 1730 fit les mêmes remarques que Lœw.

CRiveLLt observe en Italie, l’épidémie de 1732 qui ravagea l’Europe entière. « Gette maladie qui par ellemême n’avait rien d’essentiellement dangereux, prenait parfois un caractère aigu et pernicieux, elle se transformait alors en catarrhe suffocant, en pleurésie, en péri-pneumonie, en pulmonie, en angine et en vomique... Les vieillards, les asthmatiques, les étiques, les vertigineux, les cachectiques, succombèrent presque tous. L’hydropisie de poitrine fut la complication la plus funeste de la maladie, on la combattait par les cathartiques, la pointe de racine d’Arum et les cloportes. »

Mexperus signale dans l'épidémie de 1734 des « doulèurs pongitives à la poitrine et des métastases aqueuses ».

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Viocanre, en 1742, observe la fièvre catarrhale épidémique en Saxe. Après avoir insisté sur l'importance qu’eurent les phénomènes nerveux, il cite quelques cas de pleurésies mortelles.

Meyzeret à Etampes, en 1753, eut l’occasion d'assister à une épidémie de fièvre catarrhale qui dégénéra fréquemment en pleurésie ou péri-pneumonie. Il institue un traitement anti-phlogistique.

Srorck, professeur à Vienne, a donné une excellente relation d’une épidémie à laquelle il assista en 1759. « Beaucoup de malades furent atteints par une vraie et dangereuse pleurésie ; elle commençait par un frisson

. général, suivi de chaleur et de mal de tête, après quoi sur

venaient de l’accablement et des douleurs vagues. Les Symptômes duraient une ou deux heures, puis la respiration était de plus en plus gênée et une douleur constrictive de la poitrine s'opposait à l’ampliation de cette cavité. Enfin, ces anxiétés et ces tensions pectorales dimi-

nuaient et il se déclarait une douleur aiguë, pongitive,

“qui se fixait chez les divers sujets, sur différents points de

la cage thoracique. L’invasion de cette douleur augmentait la fièvre, rendait la toux plus fréquente et plus forte.

Le CoLLÈGE DE MÉDECINE DE SrrasBourG, en 1762, s’occupe particulièrement de la grippe et signale ses complications du côté de la plèvre. Il conseille de traiter les cas dégénérés en pleurésie par les boissons chaudes et les saignées.

On remarquera que, dans cette période, on donne l’arrêt de la transpiration, comme origine aux exsudats que l'on vit survenir à différentes reprises. Aussi s’attache-

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