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Voyons maintenant rapidement quels sont les phénomènes morbides qui annoncent en général l’invasion de la grippe. C’est par un malaise général, de l’anorexie, un sentiment de courbature de tous les membres que s’annonce le mal. Le frisson, la rachialgie, la céphalée, le coryza, l’angine, sont des phénomènes habituels. Un point un peu particulier à la grippe est cette sensation de fai blesse très grande, cet anéantissement profond, en un mot cette asthénie qui envahit le malade. Cet état indéfinissable est produit par le retentissement sur l’organisme des produits solubles du microbe pathogène ou suivant certains auteurs par son action propre. M. le professeur Teissier {, aux lecons duquel nous empruntons cette description, se rallierait plutôt à la première opinion.
Le thermomètre marque d'emblée 39°,5 ou 40 degrés et souvent dans la courbe thermique, comme l’a fait remarquer M. Teissier, on assiste, au début où au sommet de la période d’invasion fébrile, à un véritable collapsus de la courbe. Ce signe, à pour notre maître une valeur clinique incontestable et il l’attribue comme précédemment à l’action hypothermisante de certaines toxines sécrétées par le micro-organisme de la grippe. Il Pa d’ailleurs retrouvé dans ses recherches expérimentales sur des animaux.
Nous ne nous arrêterons pas aux différentes formes cliniques de la grippe : quelques mots seulement de ses déterminations sur l'appareil laryngo-trachéo-bronchique, point de départ ordinaire des pleurésies. Elles se
4 La grippe-influenza. Leçons de M. le professeur Teissier recueillies par le D' H. Frenkel, 1893.
AT Le caractérisent par une toux spasmodique à exacerbations nocturnes, et une expectoration filante, tournant si rapi dement à la purulence qu’on a pu donner à ce catarrhe précoce le nom de catarrhe purulent d'emblée, de la grippe. À cet excellent signe de diagnostic différentiel, il faut ajouter la rapidité de l’invasion, et la mobilité des déter minations pulmonaires qui s’évanouissent brusquement à un endroit pour se porter lendemain en des points bien différents et même du côté opposé. La plèvre elle-même, comme nous le verrons plus en détail, présente également cette inconstance dans ses phénomènes réactionnels.
Nous ne dirons rien des complications diverses de la grippe pour aborder immédiatement l’étude de l’une d'elles, qui fait le sujet de notre thèse, je veux dire des déterminations pleurales de la grippe.
Pleurésies sèches. — Les pleurésies sèches, désignées aussi sous le nom de pleurites, présentent des caractères assez peu marqués et souvent difficiles à discerner. Elles surviennent brusquement vers la fin de l’évolution de la grippe alors que ses symptômes ordinaires abattement, toux, expectoration, subsistent encore. Leur siège est au sommet. L’inspection et la mensuration ne fournissent aucun renseignement, il en est de même de la palpation. Nous n’avons pas observé de modification dans les vibrations thoraciques, dans le seul cas qu’il nous ait êté donné d’examiner. Chatellier, de même, dans une observation que nous allons reproduire, n’en fait pas mention. À la percussion on constate de la matité ou du moins de la submatité, ainsi que l’absence d’élasticité pulmonaire. [L’auscultation, outre des râles de bronchite
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disséminée, révèle des frottements superficiels caractéristiques et dus entièrement à la pleurite. Ce bruit simule, à s’y méprendre, les craquements de la tuberculose au début, ce qui n’a rien d’étonnant, vu la similitude des lésions, la cause productrice seule étant différente. L’évo lution clinique de la grippe, son épidémicité et la purulence d'emblée de l’expectoration, symptôme pathognomonique pour M. le professeur Teissier, sont les seuls signes distinctifs.
On peut également confondre ces frottements avec des râles sous-crépitants, dans ce cas, le diagnostic ne peut être fait que parce que ces frottements siègent aux deux temps de la respiration, et ne sont pas modifiés par la toux.
La dyspnée est signe presque constant, mais dans bien des cas il est difficile de savoir si elle tient à un léger degré de congestion pulmonaire ou simplement aux adhérences précoces des deux feuillets pleuraux.
Le point de côté, ou plutôt une certaine gêne douloureuse, s’observe fréquemment ; aussi ce qui nous a surtout frappé c’est sa fugacité et ses déplacements fréquents. Peut-être y aurait-il lieu de l’attribuer plutôt à l’irritation des nerfs intercostaux par les toxines grippales qu’à l’acuité des lésions pleurales. Cette hypothèse serait en rapport avec la mobilité de ses localisations, D’autres auteurs ont admis aussi que ce point de côté pouvait dépendre de la distension des intercostaux ou de leur altération à la suite de l'inflammation voisine. Les différents symptômes que nous venons de décrire présentent, dans la pleurite d’origine grippale, un caractere spécial, sur lequel nous ne saurions trop insister, c’est leur varia-
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bilité. Les frottements, et le point de côté, en particulier, disparaissent du jour au lendemain et même d’une heure à l’autre pour reparaître ensuite avec plus d'intensité que jamais. C’est d'ailleurs une particularité que nous retrouverons en étudiant la pleurésie séro-fibrineuse.
Le pronostic de cette affection est bénin, il ne semble pas que, vu la courte durée de celle-ci, il puisse se pro duire des lésions ou même des adhérences de quelque importance. Il est probable que tout se résume en une hyperémie irritative et une desquamation des cellules des feuillets pleuraux. Nous ne saurions cependant nous prononcer sur l’avenir qui est réservé à ces malades dont la séreuse pleurale frappée par cette atteinte pourrait être prédisposée à une infection secondaire.
OBsERVATION I. Grippe thoracique. Pleurite sèche du sommet gauche. |
T..., Jeannette, trente-trois ans, cultivatrice, entre le 26 mai 1892 dans le service de M. le professeur Teissier à l'Hôtel-Dieu, Salle des Troisièmes-Femmes. Lit n° 23.
Rien d’important à noter dans ses antécédents héréditaires. Pas de maladies sérieuses dans l'enfance. Bonne santé habituelle. Jamais d’éruptions cutanées ni d'attaques de rhumatisme articu- Jaire aigu grave.
L’affection actuelle a débuté il y a huit jours brusquement. Point ce côté mobile et fugace dans toute la poitrine, mais avec une prédominance marquée pour la base droite. Quintes de toux accompagnées d’uneexpectoration de moyenne abondance, un peu jaunâtre, raconte la malade, mais non sanglante. Légère oppression, abattement, perte rapide des forces et de l'appétit. Elle prétend avoir beaucoup maigri.