QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR L'ÉTUDE
BACTÉ RIOLOGIQUE DU RHUMATISME
Si la clinique nous fait assez nettement pressentir l’existence d’un parasite dans le processus morbide rhumatismal, la bactériologie n’a pas encore réussi à l’isoler, du moins d’une façon tout à fait certaine.
M. Achalme croit,cependant,avoir trouvé dans un cas de rhumatisme cérébral le microbe spécifique du rhumatisme. Pour M. Achalme, ce serait un gros bacille anaérobie, différent du vibrion septique et de la bactéridie charbonneuse. M. Thiroloix, par des injections de culture du bacille d’Achalme, a réussi à reproduire des lésions d’endocardite analogues aux lésions rhumatismales.
MM. Triboulet et Coyon ont trouvé ce bacille dans les crachats d’un individu atteint de congestion pulmonaire rhumatismale.
Ces faits sont intéressants à signaler, car si l’on arrive à bien « spécialiser » le microbe, sa recher-
che dans les diverses excrétions organiques ou dans
Dre
le sang jugerait en dernier ressort les manifesta-
tions frustes du rhumatisme pour lesquelles lé dia-
gnostic est hésitant.
Comme conclusion de cette étude clinique, nous disons que pour les formes pulmonaires préarthro-
pathiques, la nature de l’infection ne peut ètre mise
en doute, puisque l’évolution de la maladie nous en
indique clairement la nature rhumatismale ; dans les formes isolées, au contraire,le diagnostic est toujours
discutable et n’est fondé que sur des probabilités,
Diagnostic différentiel. — À côté de la congestion pulmonaire rhumatismale, il y a toute une série de congestions que nous appellerons essentielles, qu’elles soient véritablement idiopathiques, ou qu’elles soient
les seules manifestations apparentes d’une infection
. latente ou d’une lésion organique compensée.
Nous reconnaîtrons donc des congestions : cardiaque, goutteuse, impaludique, grippale et des congestions-maladies. C’est à différencier ces congestions de cause variée de la congestion rhumatismale que nous allons consacrer ces lignes.
. Éliminons d’abord la congestion hypostatique des cardiaques. Bien entendu, nous n'avons pas en vue la congestion des cardiaques asystoliques ; outre que, dans ce cas, la congestion n'est qu’une partie de la maladie, la cause est suffisamment apparente pour
imposer le diagnostic. Nous ne voulons nous occu-
Dre per de cette affection pulmonaire que chez les cardiaques en hyposystolie. |
La maladie est insidieuse, lente dans son développement. Pendant un certain temps, la dyspnée d'effort et l’œdème léger des malléoles qui se montre le soir, sont les seuis signes précurseurs. L’'affection déclarée, il y a plus de gène respiratoire que de point de. côté thoracique violent, de l'oppression accentuée par les mouvements de la toux,quelques crachats sanglants quelquefois chez les mitraux. Tout cela se développe GR TENTE AVR SUN dit,et sans élévation de température. |
La matité ou la submatité persistante et bien localisée aux deux bases est caractéristique ; elle s’expli-
que très bien par la gène mécanique de la circulation qui subit les lois physiques de la pesanteur.
L’auscultation nous révèleune diminution du murmure vésiculaire et la présence de nombreux râles fins.
Joignez à cela, quand la chose est possible, la perception des bruits anormaux du cœur, et nous aurons des signes tellement caractéristiques que le diagnostie nous paraîtra d’une lumineuse évidence.
La goutte, la chose est généralement admise, peut, dans ses formes larvées, s'affirmer par une détermination pulmonaire primitive à forme congestive. C'est la « goutte remontée aux poumons ». Vraisemblablement on ne peut guère trouver dans la marche elinique de cette maladie, dans les signes stéthoscopiques,
des caractères qui permettent de la distinguer. Tout
au plus pourrait-on reconnaître une dyspnée plus violente que dans la congestion pulmonaire rhumatismale, des crachats”/gluants et visqueux. Mais ce sont là des différences bien délicates à saisir, et,pratiquement, il ne faut guère y compter.
Nous ferons alors appel aux anamnestiques. Nous saurons qu'il s’agit d’un individu dans la force de l’âge, au teint rouge, hémmorroïdaire, dyspeptique, sujet aux bouffées de chaleur à la face, aux démangeaisons nocturnes, aux éruptions de nature eczémaleuses, et toutes ces considérations nous mettront sur la voie du diagnostic.
Si le malade nous accuse dans ses antécédents personnels une attaque de goutte, nous n’aurons plus de
doutes et nous pourrons affirmer notre diagnostic.
Cependant, il est difficile quelquefois de répartir ce qui revient au rhumatisme, de déterminer ce qui ressort de ce processus morbide qu’on appelle l’arthritisme ; dans ce cas, alors, il faut recourirau salicylate de soude, et ce médicament dépistera l’infection rhumatismale, jusque dans ses manifestations les plus délicates.
L’infection paludéenne peut, elle aussi, donner naïissance à des congestions pulmonaires, qu’il est d’autant plus intéressant de connaître que l'infection rhumatismale est assez fréquente chez les paludéens. Il existe, en effet, un « pneumo-paludisme »,une « pyrexie pneumo-paludéenne », imputable au poison
malarique.
La maladie peut débuter de deux façons. « Tantôt,
dit Germain Sée, c’est l'élément fébrilé qui dominé
la situation ; on croit à un accès de fièvre ordinaire,
et les accidents pulmonaires ne se démasquent qu’au deuxième accès ; tantôt les symptômes généraux apparaissent d’abord avec les symptômes locaux de l'affection pulmonaire, et ce n’est que la marche ultérieure de la maladie qui en révèle le caractère paludéen. Le type de la fièvre est ordinairement tierce
ou quotidien; entre les accès, l’apyrexie est complète.
A cette période apyrétique correspond une amélioration remarquable de l’état local : dyspnée, toux, douleurs disparaissent ;les crachats rouillés se transforment en crachats muqueux, les signes physiques eux-mêmes s ’amendent d’une Éoon notable. » Ce ne sont donc pas seulement les phénomènes généraux qui prennent le type intermittent, mais les phénomènes locaux.
La première forme de cette pyrexie pneumo-palu-
déenne ne nous arrêtera pas ; la signature de l’impa-
ludisme étant si nette que parfois on ignore la congestion pulmonaire coexistante.
Quant à la deuxième forme, nous croyons trouver, dans la marche intermittente de ses symptômes généraux et de ses symptômes locaux parallèles à l’alternance de la fièvre, nous croyons trouver, dis-je, un caractère bien net de l’impaludisme.
Dans les cas douteux, les antécédents du malade, son facies terne spécial, et surtout l'efficacité merveilleuse qu'on trouvera dans l'emploi des sels de quinine nous l’établiront d’une facon sûre,
Une des manifestätions primitives de la grippe est la congestion pulmonaire. Comment en ferons, nous le diagnostic ? Certes, le début et la marche, les signes cliniques de la maladie sont assez semblables dans les deux infections : infection rhumatismale ou infection grippale. Des deux côtés nous trouvons de la fièvre, un point de côté, de la toux et les mèmes signes stéthoscopiques. Accordons, cependant, que dans le cas de rhumatisme, comme nous l'avons dit, les signes stéthoscopiques sont plus fugaces, plus
mobiles, mais ce sont là des nuances qui peuvent
passer inaperçues.
Des caractères bien plus remarquables vont rete-
air notre attention ; je veux parler des douleurs, du
catarrhe des muqueuses et du facies.
Les douleurs particulières de la grippe sont bien
connues : ce sont la céphalalgie sus-orbitaire, les
‘souffrances musculaires dans la nuque, la rachialgie, les arthralgies, le tout accompagné de cette sensation de brisure des membres qui donne aux malades l'impression d’avoir été roué de coups.
Le catarrhe des muqueuses est un élément constant ; coryza, angine, larmoiement, laryngite, diarrhée, telles en sont les manifestations.
Le facies enfin dénote un était de prostration profonde ; il est plombé ; les traits sont tirés, si caractéristiques que M. Sauvage l'appelle facies grippé.
Joignons à tout cela les notions de contagion, d’épidémicité, notions très importantes et qui doivent
entrer en ligne de compte dans notre diagnostic.
EST pes
Nous signalerons une forme particulière de la congestion grippale, forme asphyxique, appelée par M. Huchard broncho-plégique. Dans cette affection, contrairement à ce que nous avons remarqué dans la congestion pulmonaire rhumatismale, nous trou- | vons un état dyspnéique intense en désaccord avec les signes stéthoscopiques qui sont minimes.
Nous arrivons enfin à l’étude sommaire de ces congestions essentielles, autrement dit de ces affections pulmonaires congestives qui sont, à elles seules, toute la maladie.
AvecM. Marfan, nous en reconnaîtrons trois types principaux : la forme pneumonique de Woillez, la forme pleuro-pulmonaire de Potain, la forme pseudopleurétique, spléno-pneumonie de Grancher.
Ces deux dernières formes sont assez différentes de lacongestion rhumatismale, comme, du reste, des congestions dont nous venons de parler; en effet, aux signes de congestion se joignent dans les deux cas, mais surtout dans le dernier, des signes nets d’épanchement pleurétique : matité, abolition des vibrations thoraciques, égophonie, à tel point que le diagnostic différentiel est à faire avec la pleurésie. Aussi nous n'insisterons pas davantage.
Nous ne garderons que la forme pneumonique de Woillez. Cette forme n’est pas sans analogie avec la congestion pulmonaire rhumatismale. Le début et la marche dela maladie sont à peu près identiquement les mêmes ; quant aux signes stéthoscopiques, à part les caractères de fugacité et de mobilité si particuliers
RO En
à la congestion pulmonaire, ils sont aussi assez semblables dans les deux maladies.
Woillez insiste cependant sur l'expectoration qu’il dit très spéciale ; elle serait comparable à une solution de gomme et composée de crachats muqueux peu aérés, parfois striés de sang et même sanglants.
L'ampliation de volume du côté malade, dit Woillez, serait aussi un bon signe de cette affection.
Avouons, toutefois, que le diagnostic est souvent difficile, délicat à établir. C’est alors que nous aurons recours à l'argument thérapeutique ; nous donnerons au malade du salicylate de soude ; ainsi sera jugée la question.
En somme, pour différencier la congestion pulmonaire rhumastimale des diverses congestions que nous venons de passer en revue, nous n’avons guère qu’un argument, mais un argument que nous croyons . victorieux: le salicylate de soude.
L'apparition des douleurs articulaires, quand elle existera, sera répétons-le, un moyen de contrôle
infaillible qui assurera notre diagnostic d’une façon
certaine.
Boichut