ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Quelle est l’anatomie pathologique de ces déterminations pulmonaires rhumatismales? |
Si l’on interroge les auteurs classiques, ou ceux qui ont écrit des monographies sur ce sujet, on est frappé du désaccord qui existe entre eux. Les pre-
miers employent presque continuellement le terme de « pneumonie rhumatismale », à tel point qu’on finit par croire qu'il s’agit d’une pneumonie fibrineuse vraie. Les seconds semblent,eux aussi,avoir été obligés d'employer cette expression; mais si l’'onremonte jusqu’à leurs constatations nécroscopiques, on voit qu'ils s'éloignent alors de cette vue théorique, basée bien plutôt sur l'examen des. signes physiques, que sur les résultats anatomiques.
Partout, en effet, nous remarquons qu’on arencontré dans les rares autopsies de la congestion plus ou moins intense, formant une masse plus ou moins étendue, mais jamais de la pneumonie véritable.
En 1843, Castelnau, dans une autopsie du rhuma-
RER tisme pulmonaire, constate que « partout les poumons, quoique gorgés de sang, laissent pénétrer l'air; il s’en écoule une sérosité rougeâtre très abondante ».
Trousseau dit qu’il existe une «forme de pneumonie, à laquelle on a donné lenom de pneumonie rhumatismale. Mais, dit-il, si quelquefois elle se montre avec tous les signes physiques de la pneumonie, ce qui la distingue et en fait une espèce à part, c’est que, d'un jour à l’autre, du matin au soir, tous les symptômes disparaissent sans suivre la marche décroissante de la pneumonie. » ï
Le professeur Vulpian, dans sa thèse d’agrégation, en 1860, reste dans le doute :
« Nous ne connaissons pas exactement, dit-il, l'anatomie pathologique de ces pneumonies; mais on a observé dans plusieurs autopsies qu’il y avait une splénisation des poumons ou peut-être mème,un simple collapsus pulmonaire. C’est probablement la splénisation ou le collapsus du poumon qui existait dans ces cas de pneumonie à délitescence rapide. »
M. Bourdon a communiqué, le 11 avril 1860, à la Société médicale des hôpitaux une observation de rhumatisme pulmonaire primitif, et il ajoute qu’au point de vue de l'anatomie pathologique, «l'apparence non granuleuse du parenchyme pulmonaire et sa faculté de surnager unies à une friabilité évidente permettaient de voir un englouement œdémateux d’une pature particulière ».
Pidoux à irouvé plusieurs fois les mêmes lésions
anatomiques. Il lui semble que la pneumonie rhuma-
ne 'POTES tismale ne peui pas passer à l’hépatisation, et qu’elle reste à un état intermédiaire entre le premier et le deuxième degré 3
Le professeur Ball fait deux chapitres : l’un pour les pneumonies rhumatismales et l’autre pour les congestions pulmonaires. Dans le premier de ces chapitres, ileite comme type de la pneumonie rhumatismale une observation de Charcot à l’autopsie de laquelle on trouve « le lobe inférieur un peu engoué, rougeâtre, mais sans hépatisation ».
M. Fernet se prononce nettement pour des congestions séro-sanguines, des hydrophlegmasies du poumon.
M. Besnier déclare que ce « n’est jamais une pneumonie franche ; c’est une pleuro-pneumonie, une broncho-pneumonie, une pneumonie lobulaire chez l’enfant ». Füller dit que cette maladie a téndance à être « séro-exsudative ».
M. Lebreton,enfin,s’appuyant sur l’anatomie pathologique, distingue deux formes bien différentes de ce rhumatisme pulmonaire que nous étudions.
Il reconnaît, en effet : la forme œdeémateuse et la forme preumonique.
« La forme œdémateuse, dit M. Lebreton, qu’elle soit aiguë ou subaiguë, est une forme commune ; la forme foudroyante est plus rare et ne s’observe guère que dans le cas d’attaque de rhumatisme articulaire franc. »
À cesujet, nos vuessont différentes de celles de M.Le-
breton, c’est, en effet, croyons-nous, dans les formes
8raves du rhumastisme, forme cérébrale principalement, et à titre de complications, que l’on voit survenir l’œdème aigu ou foudroyant du poumon précipitant généralement le dénouement d’une manière fatale. Mais, dans ce cas, linfection rhumatismale n’est pas seule en cause; des facteurs complexes sont aussi là pour imposer cette situation. De pareils malades sont généralement des intoxiqués [et l’alcool estle toxique le plus fréquent], des cardiaques et des. brigthiques. C’est done grâce à cette association désastreuse que l’infection rhumatismale arrive à produire cette terrible affection qu'est l’œdème foudroyant du poumon, mais cela toujours dans le cours d’une attaque de rhumatisme franc.
Nous irons même plus loin et nous dirons que le rhumatisme pulmonaire,telque nous l’avons entendu, n'arrive même pas à la « forme pneumonique » de M. Lebreton. :1 d'abord qu'est cette forme pneumonique ? Voici ce que répond l'auteur. « Nous n'avons, pas eu l’occasion de pratiquer d’autopsie dans les cas où la lésion semblait nettement limitée, mais par les caractères de ses symptômes la lésion semble plutôt se rapprocher de celle que l’on observe dans la broncho-pneumonie. »
Nous ne sommes pas tout à fait de cet avis. Il est certain que nous, non plus, nous n’avons pas d’autopsie à opposer aux vues de M. Lebreton. Maïs ce fait seul nous fait assez présager que le rhumatisme pulmonaire n’a pas la gravité que l’on reconnaît à
la broncho-pneumonie ; nous sommes persuadé, en
O0 effet, qu'il s’agit d’une affection plus bénigne.
Véritablement, à part la dyspnée, l’'asphyxie propre à la broncho-pneumonie, les signes physiques dans les deux maladies sont assez semblables. Mais quelle différence dans les caractères mêmes de ces symptômes et la marche de la maladie ?
On ne trouve pas, en effet, dans la broncho-pneumonie la mobilité, la fugacité, des symptômes, propres à l’affection qui nous retient. Que dire de leur disparition totale, complète, sans retour, en quelques heures ? Est-ce ainsi qu'évolue la broncho-pneumonie?
Aussi,répéterons-nous à ce propos, la conclusion que plus haut nous avons déjà portée, à savoir que la congestion simple est la forme la plus fréquente du rhumatisme pulmonaire primitif et isolé.
C’est, du reste, la conclusion de M. Widal dans son article « Rhumatisme » ; nous nous permettrons d’en citer intégralement le passage qui nous intéresse.
« Les manifestations pulmonaires, dit M. Widal, portent essentiellement, dans leur caractère clinique, l'empreinte rhumatismale ; semblables aux localisations articulaires par leur évolution et leur mobilité, elles en ont aussi, au point de vue anatomique, la nature congestive,comme en font foi les quelques rares autopsies qui ont pu être pratiquées. La congestion à divers degrés d'intensité ou d’étendue, telle est la manifestation presque unique du rhumatisme primitif sur le poumon. On conçoit à la rigueur que la pneumonie puisse, à titre d'infection secondaire, venir
compliquer un rhumatisme, comme elle complique