‹ Contribution à l'Étude des Diarrhées PaludéennesChapitre 20 sur 25 · OBSERVATION XXIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXIX

Observalion du docteur Dudon (thèse, Paris 1869, p. 23-24).

M. X..., aumonier de la frégate, me fail appeler le 19 janvier 1865 ; il souffre depuis plusieurs jours, de coliques assez vives dans la région du colon transverse, surloul à droile et se plaint d'un peu de diarrhée. L'appélil a disparu, la langue est jaunâtre, 1 gr. 20 d’ipéca sont administrés et provoquent des vomissements.

Dans la nuit, les coliques deviennent plus vives et empêchent le sommeil, le malade est dans un état d’agilalion qui le force à quitter son lil ; il a des vomissements des garde-robes bilieuses.

Le 20, des coliques persistent accompagnées de selles bilieuses.

Le 21, à onze heures du malin, la fièvre s'annonce par un frisson très vif ; le pouls monte à 100 pulsations ; la chaleur est assez forte et le soir, à dix heures, la tempéralure dure encore ; la région hépatique est douloureuse. On a profilé d'un moment de rémission, vers huit heures, pour donner 1 gramme de sulfate de quinine. Dans la journée, les selles ont été nombreuses, mais sont devenues blanchâtres, muqueuses, fortement sanguinolentes ; il y a

un peu de Lénesme anal. Vers le soir, les coliques diminuent d'intensité, les selles sont toujours fréquentes mais de moins en moins sanguines.

Le 22 au matin, les garde-robes, de muqueuses blanches, sanguines sont devenues séreuses, jaunâtres. La température persiste loute la nuit avec rêvasserie el agi. tation. Elle se termine vers huit heures du malin sans grande sueur. On administre 1 gramme de sulfate de quinine et des quarts de lavements laudanisés. Dans la Journée, apyrexie, proslalion, un peu de sommeil, le malade va moins souvent à la garde-robe: Vers le soir, la tlempéralure reparait assez intense el s'accompagne de selles diarrhéiques non sanguines, l'accès est moins violent que le premier.

Le 23, apyrexie complète, sulfate de quinine i gr. 20, la diarrhée persiste mais légère non accompagnée de coliques. Le malade ne se plaint que d'une grande faiblesse.

Les jours suivants la tempéralure ne reparait plus et la diarrhée va en diminuant. Bien que prescrite à la dose de 1 gramme la quinine ne tarde pas à manifester ses heureux résullats. Il est probable qu'à la dose de 2? grammes nous aurions vu les phénomènes thermiques et intestinaux céder plus rapidement.

DYSENTERIES PALUSTRES avec antécédents paludéens, avec fièvre

OBSERVATION XXX Observalion de Jos el HiRTZMANN (Bul. Soc. Méd. des Hôp. de Paris, 1919, p- 629-644).

> à P... est arrivé à l'armée d'Orient le 5 décembre 191% le 26 août 1916, commence chez lui un paludisme de première invasion ; il a reçu, à cette époque, en l'espace de

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huit jours, quatre injections de quinine, puis ullérieurement n'a élé lrailé qu'au moment des accès.

Il entre dans le service de l’un de nous le 6 mai 1917 ; l'élat général est médiocre, le teint est lerreux, la rate hypertrophiée. Le foie dépasse le rebord des fausses côtes.

Le 9 mai vers 12 heures, le malade est pris de sueurs et de coliques avec émission de selles glaireuses et de quelques filets de sang. Le même jour, on constale des schizontes de P. vivax dans le sang des selles et dans celui de la circulation périphérique, et, out symplôme abdominal avail disparu, quand, le 11 mai apparul un vérilable accès de fièvre palustre. Il ne semble pas douteux que celle crise pseudo-dysentérique doive reconnaitre comme cause une éliologie palustre ; l'hématozoaire a, en effet, élé lrouvé simultanément dans le sang périphérique el dans le sang des déjeclions, celles-ci se révélèrent très pauvres en éléments inflammatoires, elles ne contenaient ui amibes n1 kystes, la culture ne permit pas d'isoler de bacilles dvsentériques et le séro-diagnoslic fut négatif pour les bacilles de Shiga, Flexner ou Hiss.

L'observalion ci-dessous est un curieux exemple de substilulion d'une crise pseudo-dysentérique à un accès palustre, elle en constlilue un véritable équivalent.

Ogservarion XXXI

Observalion du docteur Marchoux (Bul. path.

exotique, 1908).

Un jeune artilleur, après plusieurs atteintes assez rebelles de fièvres paludéennes eut un jour, au cours d'un accès violent, des selles liquides contenant une grande quantité de sang délayé. Les selles présentaient Lout à fait l'aspect lavure de chair.

En examinant des préparalions faites avec ce liquide, jy ai rencontré en masse des globules parasilés et des parasites libres.

Sous l'influence de la quinine en injection, la température est tombée el les selles sont devenues normales.

Ogservarion XXXII (inédite)

Observation du service de M. le docteur DUMOrARD médecin des hôpitaux d'Alger.

Laldji Ali, âgé de 42 ans, exerçant la profession de journalier, demeurant à Barika, entre le 6 octobre 1924 à l'hôpilal civil de Mustapha (Alger), Salle Harvey, parcequ'il a de la fièvre et souffre de l'abdomen.

Le début de l'affection remonterail à six Jours, il s’est fait brusquement par de vives douleurs abdominales avec selles fréquentes, glaireuses el sanglantes. Elles s'accompagnent d'épreintes et de Lénesme. Depuis deux jours, le malade dit avoir eu une fièvre continue précédée de violents frissons.

Les antécédents personnels apprenent que le malade est sujet depuis longtemps à des accès de fièvres intermiltentes qui n'ont pas élé lraitées régulièrement. A l'entrée, l'élat général du malade laisse beaucoup à désirer, le facies est vullueux avec pommeltes rouges ; le pouls est de 100, la température 38°8.

Indépendamment des crises douloureuses spontanées siègeant dans les flancs droit et gauche, la palpation du cadre colique révèle une douleur diffuse. Le foie est normal. La rate est très nettement perceptible à la palpalion ; elle est douloureuse spontanément et la pression augmente la douleur. La langue est saburrale.

ar ailleurs, rien de particulier à signaler. les urines ne contiennent ni sucre, ni albumine, ni pigments, ni sels biliaires.

Le 7 octobre au malin : à la visile, on constate que le malade vient d'émettre une selle muqueuse, véritable crachat dysentérique. Dans l'après midi, le malade présente un accès de fièvre (température : 40°) semblable, dit-il, à ceux qu'il avail présentés avant son entrée à l'hôpital, Savoir : grands frissons, puis un slade de chaleur et enfin de légères transpiralions ; pendant l'accès, douleurs abdominales violentes avec émission d'une selle dysentérique ;

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on prescrit alors le régime lacté el T gr. 90 de quinine en 3 injections intramusculaires dans les 24 heures.

Le 8 octobre : température 378, l'accès avail disparu, le malade se sentait un peu mieux, les selles avaient diminué et étaient simplement liquides ; elles avaient perdu leur caractère dysentérique. En outre, quelques signes de bronchite en avant et légère submalité à gauche et en arrière ; on prescril : sulfale de soude 10 grammes quinine l gr. 50. L'examen du sang ne montrait pas d'hématozoaires. La recherche d’amibes el de parasites dans les selles reste négative.

Le 9 octobre : trois selles liquides, 1 gr. 50 de quinine, tempéralure 37°4.

Le i0 octobre : selle normale. moulée dure, sans aucune trace de sang, le malade se sent très bien el reprend des forces ; cependant, il persisle une légère douleur à la pression de l’abdomen sans localisation bien nette; on entend encore quelques rales de bronchite aux deux bases.

Le Ilet les jours suivants, le régime alimentaire est surveillé, on alterne le cacodylate de soude et Ja quinine. Les selles sont normales, les accès de fièvre ne se sont plus manifestés.

Le 19 : le régime alimentaire normal est prescril, très grosse amélioration, les forces croissent très rapidement, les phénomènes intestinaux ont totalement disparu. Après quelques jours de repos, le malade demande, le 24 octobre, à sortir de l’hôpital pour reprendre ses occupalions journalières.

Cette observalion est particulièrement suggeslive.

La chute rapide de la température et la sédation concomilante des phénomènes dysentériques sous l'influence de la quinine sont suffisants pour élablir leur nature paludéenne. L'absence d’hématozoaire dans le sang périphérique, dû probablement à ce que l'examen à élé pratiqué après le début du traitement quinine, n’est pas une raison suffisante pour éliminer le paludisme, surtout devant les heureux résullals obslenus par celle médicalion.

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OgsEervaTioN XXXIII

Observation de J. Garnier (in thèse Garnier, 1889)

Morel Jean, gendarme à pied de la brigade de Saint- Pierre. Séjours prolongés et nombreux accès de fièvre dans des pays paludéens, en Corse (Calvi), où il a habité jusqu'à l’âge de 18 ans, elen Algérie, dans la vallée du Chelif qu'il a fréquemment battue, en sa qualité de Lirailleur algérien de 1866 à 1869.

À la Martinique, depuis le 20 juin 1880, en qualité de gendarme, plusieurs entrées à l'hôpital pour embarras gastrique et fièvre ; pour fièvre inflammatoire ; ulcère à la jambe... N'a jamais eu la dysenterie, mais depuis janvier 1886, il a eu plusieurs fois à la caserne, soit dans la nuit, soit au réveil, des selles sanglantes aussilôl disparues.

Le 20 seplembre 1886, il est pris subitement, dans la nuit et au réveil, de selles sanglanles, spumeuses avec malaises, mais sans fièvre, croit-1l. Entre alors à l'hôpital.

Anémie, foie augmenté de volume, suivant ses deux diamètres et douieurs à la pression. Langue chargée, sale, anorexie. Peu après l'entrée, les selles recommencent fréquentes, mauvaises. Pas de fièvre. Dans la nuit qui suivit (23 au 24) redoublement du flux dysentérique. L'ipéca à la brésilienne est prescril et pris régulièrement le 24, 25 et 26 ; un vésicatoire esl mis sur le foie le 25. Aucune amélioration. Chaque malin, au réveil, le malade est affaissé, brisé, el présente quelques sueurs légères, mais pas de fièvre à ce moment. Il croil cependant avoir eu la fièvre la nuit, un peu avant l'heure à la laquelle les selles s'exagèrent.

Et de fait, le 26 au soir, 38°5 après frissons ; l'accès dure fort avant dans la soirée ; sueurs ct selles pour terminer, celles-ci plus mauvaises que la veille.

À la visile qui suivil (27 malin), lempéralure : 35% ; l'accès a cessé, élat algide léger.

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Trailement : sulfate de quinine 1 gr. 50 de [1 heures du malin à 1 heure en prévision de l'accès de 5 h. 1/2 du soir ; 4 grammes de poudre de quinquina. Mais l'accès anticipe eLapparail peu de Lemps après la visite, à 9 heures environ ; frissons, chaleur ; sueurs vers midi; selles sanglantes avec les sueurs, paleur, affaissement lrès marqué du malade. La quinine est administrée néanmoins à l'heure prescrite, conséculivement, mieux sensible jusqu'au coucher. Quinine à prendre pour le lendemain 28, à 4h. 1/2 du malin, en prévision du retour présumé de l'accès de 9 heures. Mais l'accès anticipe. survient dans la nuil, avec selles copieuses Lrès mauvaises, sueurs collan- Les, pouls petit, état de collapsus, algidilé, qui dure encore à l'heure de la visile du malin qui suit. Thé punché à 40 grammes ; couverture de laine.

La quinine avait été prise le malin à 4 h. 1/2, il n'y eut pas d'accès à 9 heures du matin ni de selles ; cel élat se mainlint Loule la journée et la nuit qui suivirent, et le 29 au malin, il y eul une selle parfaitement moulée avec une légère teinte sanglante autour.

La quinine fut encore prescrite à la dose d'un gramme pour 8 heures. Dans la journée qui suivit, une selle molle, elle lendemain matin, 30, selle moulée sans tache de sang, pas de fièvre.

La quinine est encore maintenue à la dose de 0 gr. 50 le 30, puis le 1°" oclobre, à la dose d'un gramme ; le 3, à celle de 0 gr. 50. En même lemps, le régime estaugmenté graduellement. Le mieux se maintient lant du côté de l'élal local que du côté de l'étal général. Mais le malade, tres anémié par sa maladie el un séjour de près de 6 ans dans la colonie, est évacué sur Fort-de-France pour être envoyé en France.

6 Ce cas, on le voit, a élé assez grave. Point n'est besoin de l’interpréter, il parle assez lui même. Embarras gastique annonçant l'invasion du paludisme, bientôt après flux dysentérique avec accès nocturnes vraisemblablement

inconnus, puis avec accès algides des plus nets et dûment conslalés ; guérison rapide des accès el de la dysenterie par le sulfate de quinine. Voilà ce qu'à été ce cas ».

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