DYSENTERIES PALUSTRES
sans antécédent paludéen, avec fièvre
OBsEervaTION XXII
Observation des docteurs Jos et Hirrzmann (Soc. Méd. des Hp. de Paris, 1919).
G..., vingt-deux ans, est arrivé en Orient en novembre 1917 ; vers le 14 août 1918, il commence à présenter, en Albanie, des signes d'embarras gastrique, qui nécessitent son hospitalisation, le 30 août, débute chez lui une fièvre qui va durer trois jours el céder Lrès rapidement à la quinine, on trouve dans son sang des schizontes de falciparum. En même lLemps qu'apparaissait l'élevalion thermique, le malade, qui avail d'ailleurs un inteslin sensible, avait d'abord par vingt-quatre heures trois, puis cinq selles, liquides au milieu desquelles nageaient quelques flocons muqueux el quelques filets de sang. L'examen microscopique ne permellail pas de déceler des parasiles inteslinaux ; au surplus, non seulementles manifestations fébriles du paludis ie disparaissaient sous l'influence de la médicalion quinique, mais encore les troubles intestinaux. Les selles tombaient à deux le 3 septembre, à une le 4et le 8 seplembre elles étaient moulées.
OBsErvaTION XXIII
Observalion du docteur Quissac (in thèse Bonnal)
Je fus appelé en septembre 1846 aux environs de Montpellier pour voir Mme... qui, malade depuis plus d’un mois, dépérissait d'une manière notable, elle était tourmentée par de la fièvre el par une dysenterie qui donnait bien, près de 100 selles dans les vingt-quatre heures.
L'élatde la langue qui étailnormala un peu moins d'humidilé près, l'absence de douleur au ventre à la pression, un ténesme peu douleureux, me firent diagnostiquer une dy-
Ar
senterie légère avec une fièvre que, d’après les renseignements de la malade, d'après la saison, d’après les lieux où elle se lrouvail je jugeai être rémiltente tierce.
Je prescrivis en conséquence une potion avec 10 grains de sulfate de quinine, à prendre par cuillerée d'heure en heure pendant la rémission. L’exacerbalion du lendemain fut presque insignifiante, el les selles, de presque conlinuelles qu'elles étaient la veille furent réduites à 10 dans les vingt quatre heures.
La potion fut coutinuée ; elle supprima complètement la fièvre el les selles, etla maladie fut guérie dès ce moment.
(Doctrine des éléments morbides, tome IT page 139, Montpellier 1859).
OBSERvATION XXIV
Observation des docteurs Jo et Hirrzmaxx (Soc. Méd. des H6p. de Paris, 1919-p. 629).
K.P.G..., autrichien, quarante-cinq ans, est employé à la scierie de Florina, il rentre à l'hôpilal Lemporaire de cetle ville le 21 août 1917. Avant son entrée, il aurait eu 30 selles par jour el aurait remarqué que certaines d’entre elles conlenaient du sang. À l'examen on se trouve en présence d'un malade amaigri qui a 17 selles en vingt quatre heures el une grosse rate. Les malières contiennent des glaires et du sang, mais non intimement mélangés, elles n’ont pas l'aspect caractéristique des selles dysentériques, au microscope elles ne contiennent ni amibes, ni kystes ; le 23 août elles sont au nombre de 15 et restent à 8 les 3 jours suivant. La température s'élève, et la fièvre prend le type de fièvre continue. En même Lemps, l'élat général s'aggrave, le pouls est pelitel rapide, et malgré la thérapeulique quinique, des phénomènes d’irritalion méningée apparaissent et le malade succombe le 27 août. Un froltis de sang avait entre Lemps permis de constater la présence de schizontes el de gamèêtes de falciparum.
Les résultats de l'autopsie du cadavre sont brièvement relatés ci-dessous : L'encéphale est congestionné, le liqui-
de céphalo-rachidien plus abondant que d'habitude. Le foie el la rate sont hypertrophiés. Tout le gros inteslin est très œdémateux et notablement augmenté d'épaisseur, mais il n'est pas congestionné et ne présente pas les caractères que l'on est accoulumé de rencontrer chez les malades qui succombent à la dysenterie bacillaire. La pulpe splénique coulient en abondance le plasmodium falciparum.
L'éliologie de ce syndrome dysentérique ne laisse aucun doute. La rigueur des recherches nécropsiques el les résultals de laboratoire sont assez concluants pour poser le diagnostic de fièvre paludéenne pernicieuse à forme dysentérique. Mais hélas la gravité de celte affection fut telle que dans ce cas le traitement quinique ne pul empêcher l'issue fatale par complication méningée.
OBsERvATION NXV
Observation du docteur Bizcer (Bull Palho exotique, 1908)
En 1902, un soldat est évacué sur l'hôpital pour dysen terie ; avec déjeclions muco-sanglantes. Empreintes très douloureuses et lénesme.
Le malade présente plusieurs accès lierces, s'accompagnant chaque fois des mêmes phénomènes dysentériformes. L'examen du sang démontra la présence, en quantité, de l'hématozoaire de la lierce maligne, présence que l'on relrouva également dans les selles.
Dans ce cas, le laboraloire nous donne la certitude que coexistence des accès paludéens et des troubles dysentériques sont dus à une même cause : le paludisme.
OBSERvATION XXVI
Observalion du docteur Crarac (in thèse Garnier)
Ahmed ben Mahmed, transporté arabe, infirmier à l'hôpital de Saint-Laurent (Guyanne) ; un an de séjour dans la colonie ; n'a jamais été malade, Le 27 mars 1882, dans la soirée, frissons violents, suivis de chaleur très vive, de diarrhée dysentérique (sang el glaires).
Tes
Traitement : manne en larmes ; sulfate de quinine un gramme après la fièvre.
Le lendemain matin 27, à la visite, fièvre assez forte avec frissons, chaleur et selles dysentériques très abondantes.
Traitement : plus de manne, mais seulement un gramme de sulfate de quinine.
Conséquemment, dans la soirée, pas de fièvre, plus de selles. Cet 6 at dure jusqu'au lendemain malin ; on note alors quelques coliques.
Traitement : sulfate de quinine, un gramme.
Le 30, la constipation et les coliques persistent. En conséquence : purgalif ; le malade débarrassé de cette constipation sort le soir sur sa demande.
M. le docteur Clarac a ainsi interprélé celte observalion :
« Le début de la fièvre, son évolution, le milieu où nous sommes, tout indique une fièvre paludéenne.
« Quant à la dysenterie passagère, son apparilion brusque en même temps que la fièvre, sa disparition rapide, malgré sa gravité apparente, el cela en même temps que les accès fébriles, le tout sous l'influence du sulfate de quinine indiquent évidemment qu'elle élail bien une manifestation du paludisme ».
OgservarTioN XXVII
Observalion du docteur CLarac (in thèse Garnier)
M. Decostier, instituteur, né à Marie-Galante (Guadeloupe). Premier séjour à l'hôpital de Saint-Pierre du 31 mars au 7 avril 1885 pour anémie el fièvre.
Rentré le 10 juin 1885 pour dysenterie aigüe avec selles sanglantes et bilieuses, sans fièvre, dit11.
Traitement : ipéca à la brésilienne pendant quatre jours ; les selles semblent modifiées, mais on cesse le traitement. el elles redeviennent mauvaises.
Sur ces entrefaites, le 1° juillet, dansla nuit, frissons vio
lents avec courbature et céphalalgie très forte, tempéra- Lure très élevée finalement le malin, lranspiralion abondante, el selles mauvaises.
Traitement : 1 gr. 20 de sulfate de quinine. Dans la soirée qui suit l'administralion de ce médicament, selles molles .
Un peu plus tard, dans la soirée, léger accès de hévre. Conséculivement, administration de un gramme de sulfate de quinine. Le lendemain selles molles.
La médication par le sulfate de quinine est conlinuée quelques jours encore, l'appétit revient rapidement. Sort guéri de l'hôpital le 9 juillet.
Evidemment dans ce cas, des accès légers devaient s'être produits les premières nuits ou bien alors la dysenterie remplaçail les accès on conçoit qu'alors l'ipéca n’ail pas élé eflicace. Mais, le relour périodique de la fièvre (1er el 2 juillet) la coexistence de selles dysentériques, la rapide disparition de Lous ces accidents par l'emploi du sulfale de quinine en démontrent surabondamment Ja nature paludéenne.
OgBsEervaTionN XXVIII
Observalion du docteur GRaLL (in thèse Garnier)
Dysenterie palustre : Dup..., artillerie de marine, cinq mois de Tonkin, entré le 30 novembre pour diarrhée bilieuse et dysentérique.
Fièvre le jour de l'entrée, Lempérature : 40 6 ; soir 3955 : le lendemain et le surlendemain, fièvre persistante à maxima moins élevée ; selles parfois bilieuses el très abondantes, parfois incomplètes et composées presque uniquement de sang, coliques très vives, amélioration très rapide ; dès le 4, régime ordinaire ; le 11 on signale : faligue extrême, verlige, malaise, dilatation des pupilles, le 16; cet état s'est exagéré ; coliques, malaise intestinale, alternatives de constipation et de diarrhée, pas de mouvement fébrile.
Re
On reprend néanmoins la quinine associée à l'opium ;le 2? alténualion très nette des symptômes ; le 25 on supprime la quinine.
Le 31, nouvelle rechute ; selles à vide, coliques très vives, fatigue extrême ; sous l'influence de l’ipéca à la brésilienne lrois jours conséculifs, el la quinine opiacée les Jours suivants, les phénomènes abdominaux disparaissaient, mais faligue el anémie extrême imposent le rapatriement qui a lieu le 10 janvier.
La lardive sédation des phénomènes intestinaux nous montre ici plus qu'ailleurs l'importance de la médication adjuvante associée au trailement spécifique par la quinine.