CHAPITRE Il
Symptomatologie
L'étude des différentes formes de diarrhées paludéennes nous conduit à tracer leur tableau symptomalique. De nos observations, nous pouvons affirmer que la symplomatologie n'est pas une. Bien que ressemblantes par de nombreux points, nos observa- Uons présentent chacune des particularités qui rendent cette étude d'ensemble difficile. Néanmoins, nous avons essayé de synthétiser les symptômes que nous avons trouvés pour en faire un tout, et tracer un tableau clinique qui sera forcément schématique.
La symptomatologie variera avec la modalité d'apparilion des phénomènes intestinaux.
Dans la forme de paludisme fruste où manque tout accès fébrile, les symptômes sont d'emblée localisés à l'intestin ; d’autres fois, les phénomènes diarrhéiques précèdent ou accompagnent l'accès fébrile. Dans ces formes, la symplomatologie, tout en conservant une certaine similitude avec la précédente, sera légèrement différente.
Dans tous les cas, la maladie débutera le plus souvent brusquement, parfois au milieu de la nuit, pendant le sommeil, par une digestion laborieuse. Une sensalion de fatigue, de pesanteur d'estomac, en sont les prodromes : puis surviennent les coliques qui éveillent le sujet et bientôt un besoin irrésistible d'aller à la selle se manifeste (obs. n° n).
io
Pendant la première excrélion diarrhéique, quelques nausées, quelques bouffées de chaleur entremélées de frissons et de malaises se montrent plus ou moins accusées. Les douleurs abdominales sont plus ou moins vives. Lorsque la première selle qui est toujours copieuse, solide au commencement, puis devenant plus ou moins liquide tire à sa fin, les lranchées se calment, il y a un moment de rémission. Le malade éprouve alors un état de fatigue et de bien-être qui le convie au repos : il se recouche, mais quelques temps après, les coliques recommencent et l'excrélion d’une nouvelle selle est nécessaire. Pendant trois ou quatre heures, le patient reste dans cet élat de douleur et de rémission, il vient, durant ce temps, 4 à 15 fois à la selle et souvent même davanage. Les matières d’abord molles deviennent demies fluides à la seconde garde-robe (obs. n° 1v), puis tout à fait séreuses, assez copieuses et émises facilement ; enfin, elles finissent par diminuer de volume au point que, vers la fin de la crise, il n’est expulsé que très peu de liquide par efforts très douloureux.
L'odeur des selles est normale au commencement, mais elle devient peu à peu fade et diffère bientôt de l’odeur fécale ordinaire. Une nouvelle rémission se manifeste, puis de nouveau Îles coliques, la diarrhée, ainsi de suite, et la maladie suit son cours récouler.
Après plusieurs accès, chez certains, une sédation très nelle se manifeste, chez d'autres au contraire, et quelques fois même d'emblée, les selles prennent les caractères dysentériques, elles contiennent du sang el du mucus d'apparence graisseuse, véritable lavure de chair : en même temps, les traits s’altérent, la langue devient sèche, le ventre se contracte,
bref tous les phénomènes d'une dysenterie se présentent avec celle particularité qu'à certaines heures du Jour ou de la nuit les coliques et les selles sont plus fréquentes et parfois disparaissent complètement. Indépendamment de ces phénomènes intestinaux, on trouve souvent une hypertrophie de la rate.
Si aucun traitement spécifique par la quinine n’est institué, le retour prochain des accès ne tarde pas à se manifester, le jour suivant ou le surlendemain, selon le eyele évolutif de l'hématozoaire.
Nous voyons donc que cette catégorie de diarrhée paludéenne larvée est apyrélique, périodique et se ressent efficacement du traitement quinique.
Les accidents intestinaux du paludisme sont aussi souvent concomitants de l'accès: dans ce cas, la symplomalologie se trouve renforcée par lélément fièvre, les troubles diarrhéiques où dysentériques constituent avec les phénomèues thermiques toute la maladie alors.
Après une période de frissons plus ou moins intense, s'installe la fièvre, en même temps une diarrhée séreuse, muqueuse, bilieuse ou dysentériforme marque l'étape des manifestations intestinales. Elle s'accompagne de douleurs épigastriques et de sensibilité hépatique. La percussion des régions splénique et hépatique permet de constater une notable hypertrophie de ces deux organes. Les évacuations sont répélées, souvent très rapprochées, parfois elles s’'accompagnent de coliques plus où moins intenses. Le tableau clinique ressemble assez à celui des formes larvées avec des phénomènes thermiques surajoutés. Ces troubles intestinaux durent parfois autant que l'accès, ils cessent en général à la crise sudorale,
qui peut être parfois si imsigniliante qu'elle n’est pas accusée par le malade, pour se manifester toujours avec ce caractère eyclique au prochaim acces.
Ce sont, comme le dit Lœper : « des accidents « contemporains de l'accès, il en est qui, tout en re- « vêtant le même caractère, en marquent souvent le « début et se montrent même véritablement prodro-
«imiques ou prémonitoires (obs. de Lœper n° xvm). « Dans ces cas, les selles sont surtout bihieuses,
« dénotant un état d'hypersécrétlion biliaire caracté-
«ristique ». Voici d'ailleurs ce qu'écrit le docteur
Lœper dans Le Monde Médical, de 1919.
« Sur 88 malades examinés, je la retrouve (la diar- « rée) ainsi dans 9 pour 100 des cas, et toujours avec «le même caractère. La diarrhée n’est jamais dou- « loureuse, à peine brûlante ; elle ne s'accompagne « point de réaction colique intense, la palpation du « ventre est insensible. Seul, le gonflement du foie «est constant, contemporain de la diarrhée et aussi « précoce qu'elle, attestant les relations qui unissent «les deux réactions hépatique et intestinale. »
« Dans aucun cas, je n'ai constaté de glaires ou « de sang ; parfois, mais d'une façon inconstante, un « peu de muccorhée ; loujours des selles très liqui-
« des, un peu mousseuses, brunes, jaunes ou vertes,
« devenant franchement vertes par exposition à l'air : « ce sont donc des selles bilieuses... ». Venant à l'appui de ces affirmations, Lœper peut citer six observalions. « Chez certains, la diarrhée apparaissait « avant l'accès, ici deux heures, 1à seulement une « demi-heure et même un quart-d'heure avant lui et « annonçait limminence de la crise.
«< Diarrhée qui cessait trois fois sur sept avec le
rite
« frisson, qui au contraire, dans trois autres cas, « persistait Jusqu'au stade de sueurs et, une fois seu- « lement, se prolongeait le jour suivant ».
Ainsi, nous voyons comment se manifestent les symptômes intestinaux dans chaque forme de diarrhée paludéenne. Il est important de bien les connaître, pour le praticien, afin de faire facilement un diagnostic d’où découlera une thérapeutique salutaire pour le malade.