‹ Contribution à l'étude des Dilatations dites idiopathiques de l'Esophage: Rôle pathogénique des lésions acquises des tuniques musculairesChapitre 6 sur 41 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les dilatations dites idiopathiques ont été longtemps considérées comme d’une extrême rareté. Les premiers cas de dilatation de l’œsophage sans sténose du cardia furent le plus souvent des trouvailles d’autopsie, et les auteurs n’en recherchèrent pas les causes :

MoORGAGNI a observé un œsophage amplissimum in latitudinem et il le désigne sous le nom æsophagicimus tractus ruber et latissimus.

En 1821, PURTON rapporte l’histoire d’un malade atteint d’une dilatation de l’œsophage survenue dans l'enfance à la suite d’un traumatisme : les aliments ne franchissaient le cardia que lorsque la poche était entièrement distendue. La mort ne survint qu'à 43 ans et on trouva à l’autopsie un œsophage dilaté « depuis deux pouces au-dessous du pharynx jusqu'au cardia qui était perméable, mais contracté. »)

Quelques années plus tard, HanNay (1833) signalait

pi

un cas analogue dans lequel il fut frappé par l'épaisseur considérable des parois de l’œsophage dilaté. La même année, HOFFMANN indique nettement le spasme du cardia et mentionne que les liquides chauds passent plus facilement que les liquides froids, fait confirmé par MIkULrcCz.

Dans les années qui. suivirent des observations plus détaillées furent rapportées par RoOBITANSKY (1840), DELLE CH1AGE (1840) dont le cas est reproduit dans l’Atlas d'ALBERS, par LUIDAN (1840), par ABERKROMBRE (1843).

Pendant la même période en France, un cas est signalé par Cassax (1826), bien que cette observation ne soit pas certainement une dilatation idiopathique. CRUVEILHER fait figurer dans son Atlas une dilatation sans sténose anatomique qui, dit-il, ( semble établir qu'il existe des rétrécissements de l’œsophage sans altération organique des parois de ce conduit. Ce rétrécissement serait-il le résultat d’un vice de conformation ou bien reconnaitrait-il pour cause une contraction spasmodique limitée à un anneau ou à un cylindre de ce conduit ? »

En 1878, à Lyon, furent rapportées deux observations rentrant dans ce cadre : l’une de CHAPPET où à l’autopsie on trouva un cardia ( contracté », une de COGNARD qui est certainement un cas de dilatation sans sténose Organique du cardia.

Mais la première étude d’ensemble sur les diverticules et les dilatations de l’œsophage est faite en 1877, par ZENKER et ZIEMSSEN ; ces auteurs en réunissent I8 cas, décrivent un certain nombre de symptômes, discutent quelques théories déjà émises pour expliquer ces dilatations : origine congénitale, spasme, atonie, mais ils n’apportent qu'un cas net de dilatation énorme de l’œsophage sans trace

ee de sténose, et pour eux la dilatation était la conséquence d'une atonie musculaire de la paroi.

Depuis, dans les années qui suivirent, les observations se sont multiphées, particulièrement en (Allemagne : il semblait que cette affection, déjà mieux connue, ne soit pas si rare qu'on pouvait le croire. Divers auteurs commencèrent alors, à l’aide de leurs observations, à régler l’histoire clinique, à classer les symptômes et, par des procédés plus ou moins ingénieux, ils pensèrent en assurer le diagnostic pendant la vie ; ils en discutèrent également la pathogénie. STRUMPELL d’abord, en 1881, émit l’hypothèse que cette dilatation pouvait être la conséquence d’un rétrécissement spasmodique du cardia, cependant.il pencha plutôt pour une coudure de l’æsophage au niveau de l’hiatus œsophagien du diaphragme.

MikuLicz (1882), par plusieurs observations endoscopiques, décrit la même affection et en fait une conséquence du spasme du cardia. MErRMoD (1887), METzER (1888), EInHoRN (1888) rapportèrent de nouvelles observations ; LÉICHTENSTERN (1891), par une autopsie faite deux heures après la mort, voulut confirmer l'hypothèse de STRUMPELL en établissant la réalité du spasme du cardia, considéré comme cause de la dilatation œsophagienne. KLUMPERER (1804) apporte un cas intéressant. FAURE, dans sa thèse inaugurale (Paris, 1894-1893) sur la mort subite dans les dilatations congénitales de l’œsophage, cite quatre cas avec autopsie.

Mais les techniques de plus en plus précises de lœæsophagoscopie, le cathétérisme de l’œsophage et l’auscultation permirent à ROSENHEIM, GUTTENTAG, STARK, SMI-

LINSKY, GOTTsTEIN de donner des symptomes intéres-

Late sants, mais cependant pas toujours pathognomoniques pour affirmer le diagnostic pendant la vie, ROSENHEIN fut le premier, en 1805, à décrire les dilatations œsophagiennes après l'examen œsophagoscopique. C'est surtout l'emploi méthodique des rayons X qui permit par la radioscopie et la radiographie, après ingestion de bouillie opaque, de fixer certains caractères des dilatations 1diopathiques ; RüUMPEL, en 1807, appliqua le premier cette méthode au diagnostic de l'affection. D'ailleurs la même année, dans une communication à l’Académie de Médecine (12 octobre), DOYEN montra l'intérêt de la radioscopie pour déterminer le siège et la forme d’une dilatation œsophagienne.

En 1900, au Congrès de Médecine de Paris, Max EInNxorN, de New-York, fit une communication suivie de l'indication bibliographique de 26 travaux personnels déjà anciens, les premiers remontant à 1888-1803, montrant bien que, même à cette époque, les Allemands n'étaient pas les seuls -à s'occuper de la question. Peu après le travail d'EINHORN, de nombreuses revues d’ensembie furent faites à l'étranger par MikuLicz, ROSENHEIM, STARK et surtout NEUMANN (1900), KRAUSE (1902) qui apportèrent de nombreuses indications bibliographiques. Ces auteurs rassemblent des observations très complètes, groupent les symptômes, donnent la physionomie clinique, esquissent une étiologie et discutent la pathogénie.

En France, la communication d'ÉINHORN n'avait éveillé aucune curiosité immédiate ; en 1901, RIVIÈRE, à Bordeaux, fait sa thèse sur la dilatation cylindrique totale de l’œsophage et il faut attendre jusqu’en 1906 pour voir à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, un cas présenté

UT par M. G. Lion : il s'agissait d'une énorme dilatation œsophagienne avec spasme chronique du cardia ; l'attention est de nouveau attirée en France sur cette affection. La même année, c'est la thèse de BAUDIN (Paris, 1906) sur les dilatations idiopathiques de l’œsophage; l’auteur montre l’importance de la radiographie et insiste sur le diagnostic avec les diverticules profonds ide l'œsophage. Il signale au point de vue anatomo-clinique l'augmentation de longueur de l'æsophage et pense à l’origine congénitale de certaines d’entre elles, les autres relevant d’un spasme du cardia ou de l’atonie de Ia paroi œsophagienne.

SENCERT, en 1906, rapporte un cas de sténose spasmodique du cardia guéri par la dilatation, grâce à l’œsophagoscopie. En 1907, F. GRoSS et SENCERT, dans une étude sur les rétrécissements infranchissables non cancéreux de l’æsophage, consacraient quelques pages aux rétrécissements spasmodiques du cardia et apportaient deux observations de malades chez qui, après œsophagoscopie, ils avaient obtenu des résultats excellents.

Dans la suite un grand nombre d'observations furent publiées en France par THIROLOIX et BENSAUDE (1908), par Lion (1908), MATHIEU et LABOULAIS (1908) ; ALEZAIS (1908) apporte une observation d’hypertrophie des tuniques æsophagiennes sans rétrécissement.

GALLIARD réserve une place aux dilatations idiopathiques de l'æsophage dans le Nouveau Traité de Médecine et Thérapeutique de BROUARDEL et GILRERT. BENSAUDE et RIVET condensent la question dans un important travail publié dans les Archives des Maladies du Tube digestif (1908) que RIVET, la même année, transforme en revue générale. Dr Bow consacre sa thèse à l'étude des dilatations idio-

ER Re

pathiques (Paris, 1908-1909). BÉCLÈRE, dès 1902, avait étudié les signes radioscopiques de cette affection que GUISEZ envisageait au point de vue œsophagoscopique.

En 1910, c’est la thèse de Griscri (Nancy) qui passe en revue les trois théories pathogéniques (atonie musculaire, cardiospasme, lésion du pneumogastrique), qui signale les diverses indications thérapeutiques, ‘mais qui n'apporte aucun fait nouveau.

À Lyon, en 1911, WEIEL et GARDÈRE présentent une dilatation de l'estomac et de l’æsophage chez un nourrisson atteint de sténose pylorique; SARGNON et ARCELIN montrent deux cas de dilatations à la Société des Sciences Médicales; GUISEZ, de 1911 à 1914, présente plusieurs observations de cardiospasme aux Sociétés Médicales de Paris. La thèse de LIEBAULT (Paris, 1013) apporte des considérations pathogéniques intéressantes par l'étude des sténoses inflammatoires chroniques de la région cardiaque de l’æsophage ; il en est de même de celle de Mile TRECHTCHENKOV (Paris, 1913), sur le cardiospasme.

Pendant la même période à l'étranger, nous signalerons en Allemagne les travaux de GLUCKMANN (1904) ; de RICHARDZ (1004-1905) qui discute la pathogénie de la dilatation idiopathique ; d'ALEU (1908).

En Amérique, KIMIARDT, de Philadelphie, (1904), FAR- LOW, de Saïnt-Louis (1907), LERCHE (1907) apportent des observations de dilatations sans sténose anatomique. En Belgique, NOEVER (1905) discute la sténose spasmodique de l’œsophage. En Italie, RARAZZON et GALLI parlent des dilatations de l’œsophage, l’un dans un article sur la radios-

copie de l’œsophage, l’autre dans un travail sur l’œsopha-

O1 T CA giSme. BATTISTINI (1907), REGGIANINI apportent de nou-

velles observations.

En Suisse, HuBer, de Zurich, et Huc (1907) discutent également cette affection.

Pendant la guerre, l'attention ne fut pas retenue par la dilatation idiopathique de l'œsophage. PARMENTIER inspire, en 1917, la thèse de Mile LANDESMANN sur le cardiospasme ; il faut attendre 1918 pour voir présenter de nouvelles observations à Lyon, notamment à la Société Médico- Chirurgicale de la x1v° Région, par MM. CLuzer et DIGne, BOULANGIER et DIGNE.

Mais 1918 marque une date importante dans l’histoire des dilatations idiopathiques de l’œsophage. C’est, en effet, cette année que parut le remarquable travail de M. le professeur BARD sur le & Megaæsophage » (cas particulier des dilatations idiopathiques des organes cavitaires). C’est un jour nouveau sur la question, car le terme Megaæsophage implique une pathogénie spéciale inédite, congénitale de l'affection. À l’occasion d’un autre cas l’auteur vient, en 1919, confirmer sa manière de voir.

LECÈNE, en 1919, présente une observation de sténose inflammatoire du cardia avec dilatation œsophagienne guérie par une cardioplastie. LETULLE et JACQUELIN, la même année, apportent un cas de dilatation œsophagienne avec cancer. À Lyon, en 1919, CORDIER présente un cas très intéressant de mégaæsophage et inspire la thèse de GOUDET (Lyon, 1919) sur le mégaæsophage ; celui-ci adopte la pathogénie congénitale de M. le professeur Barp d'une malformation tissulaire, repoussant la théorie de l’atonie musculaire, celle qui met à la base les lésions du pneumo-

Le es

gastrique et même celle du cardiospasme d’origine inflammatoire encore admise par GUISEZ.

En 1920, OTTINGER et CABALLERO, dans un mémoire important des Archives des maladies du Tube digestif, apportent quatre nouvelles observations et se rallient à la théorie congénitale de Barp. Ce dernier publie d’ailleurs, en 1920, un nouveau cas de mégaæsophage avec compression trachéale par aérophagie.

La même année, dans un travail sur le traitement opératoire de la dilatation idiopathique œsophagienne, SEN- CERT et SIMON modifient leurs idées premières sur la pathogénie et acceptent complètement la théorie de BARD, CHABROL et DUMONT, VILLARET, DUFOURMONTEL et SAINT-GIRONS (1920) présentent à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris de nouvelles observations dans la pathogénie desquelles ils font jouer le principal rôle au phrénospasme. BENSAUDE et GUÉNAUX, dans un important travail de la Revue de Médecine (1921), reprennent l’étude de la dilatation idiopathique et se rallient au point de vue pathogénique à une théorie mettant à la base des troubles où des lésions du système nerveux. ACHARD, dans une clinique de l'hôpital Beaujon, apporte un nouveau cas de dilatation due, pour lui, à un cardiospasme.

En 1921, GuisEez publie plusieurs travaux importants pour défendre le spasme.

La même année, SARGNON, BERTEIN et ARCELIN présentent, à Lyon, une nouvelle observation, et SARGNON donne un travail d'ensemble sur le mégaæsophage dans le Journal de Médecine de Lyon et au Congrès de la Société française d’oto-rhino-laryngologie.

CADE et MORÉNAS (1921) présentent un cas de méga-

ro œsophage avec cancer et font une étude de la question dans un travail paru dans les Archives des Maladies du Tube digestif; ils inspirent sur ce sujet la thèse de DESCHAMPS (Lyon, 1921).

Pendant la même époque, à l'étranger, en Allemagne, STIERLIN apporte une étude sur les spasmes de l’æœsophage ; en Amérique, COTTON (1918) publie un cas de dilatation œsophagienne attribuée par lui au spasme ; (GRAHAM (1919) et PISEK (1921) apportent des observations de cardiospasme.

En Angleterre, HERTZ (1915) fait un travail sur l'achalasie du cardia. Berry SHAW (1919) rapporte un cas de dilatation œsophagienne ; H1izc et BRowN KELLy, la même année, publient à la Société Royale de Médecine de Londres, un important mémoire sur les dilatations de l'æsophage sans sténose anatomique, qu'ils rattachent à un spasme du cardia dont ils énumèrent les causes possibles. LANGEAD (1921) apporte une observation d’ectasie œsophagienne chez un nourrisson. PATERSON, la même année, signale un cas de dilatation œsophagienne chez un enfant. En Allemagne, THIEDING (1921) donne une conception pathogénique. En Autriche, PAL (1921) étudie le cardiospasme ; en Suède, HaArBiTz (1918) apporte un travail intéressant sur les dilatations idiopathiques ; MoN- RAD (1921) signale trois cas de spasmes hystériques de l'æsophage. En Italie, BERTOLLOTI (1923) fait une étude radiologique et pathogénique de plusieurs cas de dilatations œsophagiennes sans sténose et PENNATO (1924) un travail important sur le mégaæsophage et le mégacôlon.

En Suisse, Hugo SrarKk (1923), dans une étude intéressante sur le diagnostic et le traitement des dilatations spas-

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