OBSERVATION VI
(Cette observation prise par le Professeur agrégé el M. Sureau et DE Monris nous a été communiquée LS par les auteurs, qui doivent la présenter prochai- | nement in extenso) (44).
« Mme Le G.., 48 ans, entre à l’hôpital pour y être
| À “a opérée d’un fibrome utérin. L’examen médical ne montre aucune contre-indication opératoire.
Le 2% janvier 1939, une hystérectomie totale est pra-
tiquée vers 11 heures : la malade présente une hémorragie
abondante par le vagin. Sous l'influence d’injections hémos-
tatiques, de stimulants cardiaques, de sérum physiolo-:
gique, tout paraît s'arranger. Une heure plus tard, survient une 2€ hémorragie plus importante encore avec de gros caillots. On pratique un tamponnement vaginal et on demande une transfusion.
À 13 h. 15, l’un de nous voit l’opérée qui est extrêmement pâle ; les extrémités sont froides, le corps est couvert d’une sueur froide, le pouls est très rapide, mais néanmoins facilement perceptible et régulier. Nous pratiquons une transfusion, directe, de bras à bras, sans adjonction d'aucun anti-coagulant. Le donneur est un infirmier, classé depuis longtemps parmi les donneurs universels. Nous commençons la transfusion très lentement, mais au bout de trois minutes environ, alors que 80 em° seulement ont été injectés, la malade, jusque-là inerte et sans réaction, ouvre les yeux et se plaint, la face se cyanose subitement, le pouls devient imperceptible, la malade s’agite, la transfusion est aussitôt arrêtée, mais déjà la malade a - perdu connaissance, sa respiration est brève et très superficielle, les bruits du cœur sont à peine perçus : on a l’impression que la mort est imminente.
Nous pratiquons de toute urgence plusieurs injections sous-cutanées de stimulants cardio-respiratoires, puis une injection intra-veineuse d’un médicament « anti-choc ». Quelques gouttes de sang font issue par le pavillon de l'aiguille, et nous sommes surpris de constater que ce sang est agpglutiné. :
Cependant, au bout d’un quart d’heure, la situation étant toujours aussi grave, nous ponctionnons une nouvelle veine pour installer une injection lente de sérum physiologique adrénaliné. Nous en profitons pour prélever (non
sans mal à cause du collapsus) quelques centimètres cubes FR
du sang de la malade. SL MO 08
Ce n’est qu’au bout d’une demi- heure que te malade reprend connaissance, et lorsque nous la quittons, vers 15 heures, elle est réchauffée, ne ressent plus aucun malaise, son pouls est assez bien frappé. Mais cette amélioration est très passagère ; à 16 h. 30, une syncope se pro-
‘duit : l’hémorragie vaginale reprend très abondante. On
transporte la malade sur la table d'opération, où elle décède quelques instants plus tard.
Nous avons pratiqué diverses recherches sur le sang à la malade, et sur le sang du donneur : ; |
Le sang de la malade examiné aussitôt, dans la seringue même qui a servi à le prélever, présente l’aspect granuleux typique de l’agglutination. Notons que ce sang a été pris un quart d’heure après la transfusion, et qu’il a été prélevé
au bras gauche, alors que la transfusion a été pratiquée à
droite.
Revu le jour même au laboratoire, ce sang montre en effet une agglutination fine mais indéniable des hématies, tandis que le sérum fortement teinté en rouge atteste une hémolyse importante.
La malade appartient au groupe A (groupe déterminé à la fois sur les globules en présence de sérums-tests, et sur le sérum en présence de globules-étalons). Elle est du type M.
Le sang du donneur, appartient incontestablement au groupe O depuis plusieurs années. Nous avons vérifié son groupe une fois de plus, sur les globules (qui sont bien O) et sur le sérum (qui contient « et 8) il est du type M, d'autre part, l'épreuve directe de Jeanbrau est complètement négative : le sérum de la malade n ’agglutine nullement les