HISTORIQUE
Les premiers essais de traitement chirurgical des- formes graves de dysenterie sont dues à un Français, Folet (de Lille), qui en 1884 pratiqua un anus cæcal chez un malade atteint de dysenterie chronique contre laquelle tout traitement médical avait échoué (1). Sans doute, bien auparavant les chirurgiens intervinrent dans le traitement des colites rebelles et dès 1873, Mason, en Amérique, pratique une colotomie pour ulcération syphilitique du rectum ; mais il ne s'agissait pas de colite proprement dite. et en tous cas, pour toutes les interventions rapportées avant 1884, il n'était pas question de dysenterie. Nous trouvons après cette époque des relations assez nombreuses d'interventions pratiquées pour « colites ulcéreuses », mais on n'y voit pas toujours mise en relief la nature dysentérique de ces colites. Nous verrons plus loin les cas que les auteurs englobent sous cette dénomination.
Quant aux publications d'interventions dans les dysenteries vraies, nous trouvons successivement en 1893, celle de Baïllance (iléostomie) (10), et celle de Godlee (8) (colostomie gauche) ; puis en 1896, l’observation de Stéphan et de Schilfgaarde (d'Amsterdam) (9) (colostomie iliaque gauche). En 1809, Hale-White et Golding-Bird publient un cas de typhlostomie (3). La même année, Powel pratique une colostomie ihaque droite (5). É
Sullivan en 1900 intervient de la même manière avec succès (6) et l’année suivante, Murray obtient également une guérison par une colostomie droite (4). ,
En 1902, Nehrkorn pratique heureusement une colostomie iliaque gauche (7) et la même année, Weir est conduit fortuitement à exécuter une appendicostomie (15), opération conçue par Keetley dès 1894 : c’est le premier exemple connu de colite chronique traitée par appendicostomie.
En 1903, noùs trouvons la relation d’une cæcostomie, de - Boas.
- Plus tard, en 1908, Jacob pratique la même intervention (2).
En 1909, Dawson publie une observation de Swindford (appendicostomie) et un autre de Foxwell (appendicostomie dans un cas de colite dysentériforme). Barling fait une cæcostomie avec résection (23).
L'année suivante, Verhoogen, (de Bruxelles) choisit comme intervention, l’appendicostomie (16), tandis que Poucel (de Marseille), intervient par l'iléostomie (11).
En 1911, enfin, Jacob rapporte une nouvelle observation d’appendicostomie (17).
Le nombre des observations de traitement chirurgical appliqué à des dysenteries nettement caractérisées est donc relativement restreint jusqu'en 1911 et ce court aperçu de l’historique de la question suffit à Ur touts l'actualité des problèmes qu’elle pose. s-
Pendant la guerre, Leveuf et Heuyer ont pu rapporter dix observations (61 à 70), de dysenteries traitées par cæcostomie et Cotte a publié cinq cas d’appendicostomie (18 à 22). Ces observations récentes où les détails cliniques ont été, en ce qui concerne les malades de Leveuf et Heuyer complétés le cas échéant par les procès-verbaux d’autopsies très soigneusement faites, nous paraissent très suggestives et permettent les conclusions thérapeutiques très nettes que nous exposerons.
Les observations que nous citons ont été choisies uniquement parmi les cas de dysenterie nettement caractérisée. Nous avons écarté systématiquement les cas étiquetés : « colites ulcéreuses », « ulcerative colitis » des auteurs anglais et américains. En effet, la lecture que nous avons faite des observations citées dans notre bibliographie des « côlites ulcéreuses », montre que si parmi ces cas, la plupart semblent être des dysenteries véritables (Ex : malade de Hawkins), d'autres sont de nature tuberculeuse, d’autres semblent dues à la coprostase et d’autres enfin, sont d’une nature absolument inconnue, sur laquelle on n’a pu émettre que des hypothèses. Letulle et Catz formulent à peu près les mêmes conclusions sur la nature de ces « colites ulcéreuses ».