‹ Contribution à l'étude des dysenteries et de leur traitement chirurgicalChapitre 4 sur 82 · CN IS · texte numérisé non relu

CN IS

En clinique il y a un syndrôme dysentérique qu’on retrouve dans tous les cas, qui varie seulement d'intensité dans son expression, de ténacité dans sa durée, de gravité dans ses conséquences. Ces différences de modalité dans l’évolution permettent quelquefois de préjuger de sa nature parasitaire ou bactériologique, mais sans certitude. Au contraire il est certaines complications qui sont en quelque sorte spécifiques de la cause, et qui permettent d'assurer la nature amibienne ou bacillaire de la dysenterie : tel l’abcès du foie dans la Dysenterie amibienne ; l’arthrite dans la Dysenterie bacillaire.

A quoi répond le syndrôme dysentérique ? Si ses diverses modalités ne traduisent pas toujours exactement la nature de l'agent parasitaire ou microbien qui le détermine, par contre la Dysenterie est l'expression exacte du processus anatomique, ” de la lésion ulcéreuse de l'intestin. Les ulcérations intestinales de la Dysenterie sont plus ou moins profondes. La multiplicité, l'extension, la profondeur, l’évolution du processus ulcéreux n’ont pas toujours des caractères spécifiques selon l’agent qui les cause. L'’intestin n’a qu’un nombre limité de réactions à opposer aux atteintes des agents pathogènes. L’amibe, les bacilles dysentériques, quelques infusoires, sans doute aussi certains spirilles du flagellés, déterminent sur l'intestin des ulcérations. L'étude histologique permet d’assurer que l’ulcération amibienne est différente de l’ulcération bacillaire. Mais cliniquement les caractères histologiques différentiels ne se traduisent pas toujours par des symptômes distinctifs assez nets pour qu’on puisse facilement et dans tous les cas reconnaître les différentes formes de dysenterie, et pour établir entre elles une discrimination certaine. De la cause parasitaire ou bactérienne ne dépendent pas toujours le nombre, l’extension, la profondeur, le mode d'évolution des ulcérations, ni la forme clinique de la maladie. Produite par l’amibe, un bacille dysentérique ou un autre parasite, l’ulcération paraît dans certains cas évoluer pour son propre compte ; plaie de la muqueuse intestinale, largement infectée et réinfectée par les microbes divers non spécifiques de l’intéstin, l’ulcération peut, de ce fait, prendre une allure plus

ou moins aiguë ; elle peut être aussi l’origine d’une infection secondaire qui peut se propager à distance. Ainsi, chez un dysentérique dont nous rapportons plus loin l'observation, Heuyer a constaté un abcès d’une surrénale à staphylocoques.

Des caractères de l’ulcération dépendent les formes cliniques de la Dysenterie. L’ulcération dysemtérique se traduit par le syndrôme dysentérique dont les modalités varient selon la multiplicité, l'extension, l'évolution du processus ulcéreux. L'examen bactériologique précisera la nature de l’ulcération et les signes cliniques renseigneront sur sa gravité.

Dans les formes qui risquent de se terminer par la mort, la Dysenterie n’est pas seulement une rectite ou une rectosigmoïdite ulcéreuse. Les ulcérations s'étendent à tout le gros intestin : c’est une colite ulcéreuse, qu’elle soit bacillaire ou amibienne. Les ulcérations iléales sont exceptionnelles. Dans les deux cas où il les a rencontrées, Heuvyer a pu démontrer l'existence d’un processus typhoïdique et paratyphoiïdique surajouté. ;

Due à une colite ulcéreuse généralisée, dans sa forme grave et mortelle, la dysenterie n’est pas alors toujours guérie par le traitement spécifique à l’émétine ou au sérum, employé selon les indications du laboratoire. C’est à la clinique autant qu’à la bactériologie qu’on peut alors demander les règles rationnelles de traitement. L

Il importe donc de préciser la description clinique de la maladie. Nous nous y efforcerons en utilisant les matériaux d'observation, dont nous parlions au début de cette étude et en nous servant des données acquises et classiques. Parmi les éléments symptomatiques, nous insisterons sur quelques-uns que les traités mentionnent brièvement et sur d’autres qu’ils négligent.

Nous essaierons de classer les dysenteries que nous avons observées, selon quelques grands types cliniques ‘qui sont distincts par leur aspect, leur évolution, leurs complications, leur traitement, et qui ont pourtant en commun le syndrôme dysentérique.

Ce syndrôme se manifeste en sa simplicité et en quelque sorte à l’état de pureté dans ce que nous décrirons avec

Heuyer sous le nom de Dysenteries bénignes. Les ulcérations sont peu nombreuses, siègent à la partie terminäle du gros intestin ; elles guérissent rapidement.

Dans certains cas le syhdrôme dysentérique prend une allure aiguë, fébrile, grave ; les ulcérations s'étendent rapidement sur tout le gros intestin, creusent la muqueuse qui se nécrose, sans que la sous-muqueuse ait le temps de réagir pour protéger la séreuse. C’est la Dysenterie aiguë ; elle se traduit par des symptômes locaux qui font prévoir la perforation, et par des symptômes généraux d'infection aiguë et de toxémie. |

Dans d’autres cas, le plus souvent à la suite de cette période -

aiguë, mais quelquefois d'emblée, le syndrôme dysentérique évolue chroniquement avec des signes locaux peu intenses, mais des signes généraux graves d’affaiblissement et d’anémie. Les ulcérations répandues irrégulièrement sur le gros intestin sont à des stades divers de leur développement, les

plus anciennes sont profondes, les plus récentes superficielles.

Elles sont le siège d’une résorption constante des microbes intestinaux et de leurs toxines. C’est la forme de Dysenterie à cachexie progressive qui aboutit presque toujours à la mort.

Enfin ‘très souvent le syndrôme dysentérique, au lieu de disparaître définitivement après l’apparente guérison d’une des formes précédentes, se manifeste de nouveau, au bout d’un intervalle plus ou moins long. C’est la forme de Dysenterie chronique dont chaque poussée peut être bénigne, mais dont l’une peut prendre soit la forme aiguë, soit la forme cachectisante et se terminer pañ la mort. Quand les poussées sont séparées par des intervalles de guérison apparente, la

. Dysenterie chronique peut être dite : à récidives ; quand, dans

l'intervalle des poussées il n’y a qu’une amélioration, sans guérison complète, avec persistance d’un syndrôme dysentérique plus ou moins larvé, la Dysenterie chronique est à rechutes.

Chacune de ces formes cliniques peut s’aggraver d’accidents particuliers que nous étudierons au chapitre des Complicafions.

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Nous donnerons, chemin faisant, les résultats des examens bactériologiques pratiqués par Heuyer. Nous montrerons comment ils ne se superposent pas toujours aux formes cliniques. Noys insisterons sur ce fait que malgré la multiplicité des examens, le laboratoire n’a donné, dans de nombreux cas que des renseignements négatifs. Quand les résultats ont été positifs, les données bactérioiogiques ont permis de préciser la nature du syndrôme dysentérique, et de guider le traitement. Mais dans quelques cas, si elles ont été intéressantes théoriquement, la thérapeutique étiologique qu’elles ont permis d'employer n’a pas été constamment efficace.

Dans un dernier chapitre, nous exposerons les méthodes thérapeutiques qui ont été appliquées aux malades dont nous rapportons les observations.

Elles comportent : 1° un traitement commun à toutes les formes cliniques et bactériologiques de la Dysenterie ; 2° un traitement spécifique réglé par le laboratoire ; 3° un traitement chirurgical fondé sur l'étude des formes cliniques.

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