FORMES CLINIQUES
A. — DYSENTERIE BENIGNE. — Syndrôme dysentérique
Dans cette forme, on trouve les éléments essentiels du syndrôme dysentérique dont la description est donnée par tous les traités classiques et que nous ne ferons qu'’indiquer, sous les reprendre en détail.
Il y a trois ordres de symptômes : 1° des signes abdominaux subjectifs et objectifs ; 2° un aspect spécial des selles ; 3° des signes généraux.
1°. — Les signes abdominaux sont les suivants : A) Subjectivement :
a) Des douleurs abdominales spontanées. Elles se manifestent sous la forme de coliques, généralisées ou localisées ; dans ce cas, elies siègent à la région hypogastrique, à la: région ombilicale ou dans les fosses iliaques. Il est à noter que la fosse iliaque droite est généralement douloureuse. Ces coliques sont quelquefois continues ; le plus souvent elles précèdent, elles accompagnent ou elles suivent les évacuations.
b) Le ténesme est un symptôme bien connu, presque constant. Dans cette forme légère, il consiste seulement en une sensation de pesanteur anale, de corps étranger rectal et survient au début ou à la fin de l'évacuation.
‘c) Les épreintes ou faux besoins d'exonération accompaghent le ténesme rectal;-ils obligent le malade à d’inutiles
SR
efforts ou aboutissent au rejet de minimes quantités de matières.
B) Objectivement : la palpitation dé l’abdomen détermine des douleurs. En général, elles sont localisées sur L’S iliaque qui paraît épaissi et roule sous le doigt. Souvent aussi les douleurs sont réveillées par la pression sur tout le gros intestin ei s’accompagnent d’une défense légère de la paroi ; on les trouve à la palpation du çolon descendant, de l’angle colique gauche, du colon transverse, rarement du colon ascendant, mais souvent du cæcum. La localisation cæcale de la douleur provoquée et les douleurs spontanées généralisées ou apparaissant dans la fosse iliaque droite, prouvent que les ulcérations, même dans la forme bénigne, s’étendent sur toute la surface du gros intestin.
2° Les selles ont l’aspect bien connu et classique de mucus transparent blanchâtre, enroulé en masses visqueuses com-
parables au frai de grenouille (Jaccoud). Le sang peut strier
simplement le mucus, ou apparaître à la surface sous la forme de placards sanglants. Dans d’autres cas, les selles
dysentériques jaunes ou rougeâtres ont l'aspect « lavure de.
chair » (Stoll) ou de « crachat rouillé ». Il est classique de dire depuis Stoll que la dysenterie doit être rangée parmi les
maladies qui resserrent le ventre et que « c’est un syndrôme
de constipation ». Il est exact que les déjections des dysentériques ne contiennent pas à chaque fois des matières fécales. Mais il faut tenir compte de la restriction alimentaire à laquelle sont soumis ces malades ; d’autre part il nous a paru habituel que, au moins une fois par jour, la défécation ne consistait pas seulement en crachat dysentérique, mais contenait des matières séreuses ou pâteuses au milieu desquelles nageaient les glaires caractéristiques.
Le nombre de selles dans cette forme de dysenterie est peu considérable, au maximum de 8 à 10 par jour ; elles sont aussi fréquentes la nuit que le jour.
3° L'état général est peu touché. Habituellement il n'y a
pas de fièvre ; pourtant, même dans les cas où l’on trouve
des amibes à l'examen direct des selles, et où la” copro-culture est négative, il n’est pas rare, au début, que la température oscille autour de 38° où 38°3 pendant 3 ou 4 jours et reste Supérieure de quelques dixièmes à la normale pendant toute la durée de la maladie. Le pouls est parallèle à la température.
La langue est saburrale. L'anorexie est presque toujours complète pendant les premiers jours. Dès que la fièvre disparaît, l’appétit renaît. Il n'y a pas de nausées, ni de vomissements.
Le foie est souvent un peu gros ; il peut déborder de deux travers de doigt et est douloureux à la pression ; il peut même y avoir du subictère.
L'amaigrissement est rapide, mais n’est ni grave ni tenace.
Le plus souvent, avec le traitèment général et diététique commun à toutes les dysenteries, même sans traitement spécifique, sinon sans lavage, au bout de deux à trois semaines, les selles deviennent moins nombreuses et plus copieuses, les douleurs et le ténèsme disparaissent, la température redevient normale, l’appétit reparaît et le malade guérit.
Nous avons suivi pendant six mois certains de ces dysentériqtes, dont un certain nombre d’amibiens qui n’ont eu qu’une seule atteinte bénigne de la maladie et qui paraissent complètement guéris, sans aucune modification des selles, et sans aucune atteinte de l’état général.
D'autres au contraire, au bout d’un temps variable, de, quelques jours à plusieurs semaines, ont fait une poussée nouvelle de dysenterie. La dysenterie bénigne au début devient une dysenterie récidivante. La forme bénigne de la dysenterie est la plus fréquente. Heuyer en a recueilli 311 observations, soit près de la moitié du nombre total des dysentériques soignés dans son service.
Sur 160 cas de dysenteries bénignes, cet auteur à eu : Dysenteries amibiennes : 20
HO ONIPA SN Rue rs KES Dysenteries bacillaires : 42 Fiséner hip 14:
2 His se ME En TRE
Associations de dysenterie amibienne HO ne Rnb Re i et de dysenterie bacillaire Am: Hiss.
Dysenteries non étiquetées ......... 93 |
HS: 8
Du fait de la bénignité de cette forme de dysenterie, il faut des circonstances particulières pour qu’on ait l’occasion de vérifier anatomiquement les lésions, c’est ce qui s’est produit pour un des malades ci-dessus, qui, entré pour une dysenterie bénigne et cliniquement guéri de son état intestinal fut, au cours de la convalescence, enlevé par une bronchopneumonie grippale. |
B. — DYSENTERIE AIGUË, NECROSANTE
ET TOXHEMIQUE
Cette forme est décrite dans les traités classiques comme appartenant seulement à la dysenterie bacillaire. On ne reconnaît habituellement à la dysenterie amibienne qu’une forme chronique. Toutefois, Marcel Bloch (Soc. Méd. des Hôp. Paris, nov. 1916), rapporte 10 cas de dysenterie amibienne
aiguë dans lesquels les signes furent d’une imprécision décon-
certante ; la mort survint en quelques jours et l’on constata la présence d’amibes sur les ulcérations du colon ou dans la paroi d’abcès du foie. Il est probable d’ailleurs que dans les cas de M. Bloch, où existaient des abcès du foie, :l s'agissait plutôt d’une poussée aiguë nouvelle de dysenterie au cours d’une dysenterie récidivante. Quoiqu'il en soit, Carnot et Turquety (Püris Médical, 1° déc. 1917) reconnaissent que l’amibiase peut présenter une forme suraiguëé. Ravaut
et Krolunitsky (Revue générale de pathologie de guerre, 1916) :
signalent parmi les formes cliniques de l’amibiase « une forme suraiguë ayant atteint des hommes relativement âgés, s’accompagnant de fièvre légère, de hoquets, de pétéchies, d’abcès hémorragiques; l’évolution en est très grave »; les auteurs l’attribuent à « une infection secondaire impossible à déterminer et donnant à la maladie l’allure d’une septicémie ». Aussi, la dysenterie amibienne comme la dysenterie bacillaire, peut prendre une allure aiguë. Heuyer nous a signalé des cas de ce genre, et même deux fois, les malades avaient