‹ Contribution à l'étude des eaux d'alimentation de la ville d'ArcachonChapitre 16 sur 57 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LES EAUX DU LAC DE CAZAUX LEURS CARACTERES PHYSIQUES, CHIMIQUES ET BACTERIOLOGIQUES

Comme nous l’annoncions dans notre avant-propos, nous nous sommes efforcé, dans cette partie de notre travail, à. considérer les eaux de Cazaux au triple point de vue physique, chimique et bactériologique, en suivant, le plus possible, l’ordre chronologique des événements. Du jour où il fut décidé de capter les eaux de Cazaux, on fit bientôt procéder à de nombreuses analyses qui fournirent de très solides renseignements sur le degré de potabilité de ces eaux. Mais ce n’est qu'après en avoir fait un usage prolongé que certains inconvénients prirent corps, que certaines délectuosités se maniflestèrent,

: C'est pourquoi nous envisagerons d’abord les analyses passées avec leurs conclusions générales, puis les imperfections qui, se précisant un peu plus chaque jour, entraînèrent une série de modifications dont nous parlerons dans le chapitre IT.

$ 1. — Caractères physiques.

« La décantation et la lumière sont les agents les plus actifs de l’épuration des eaux », ainsi s'expriment J. Ogier et Ed. Bonjeau dans un article consacré à l'étude chimique et microscopique des eaux. Pour apprécier toute da valeur de ces mots, 1l suffit de se rappeler que, de tous les procédés préconisés pour purifier une eau, la décantation est le plus rationnel et le plus simple à mettre en œuvre. Nombreuses sont les villes

qui, depuis longtemps, l'ont compris et ont réalisé de coûteuses installations pour se procurer une eau saine par un moyen que la nature emploie, chaque jour, sous nos yeux.

En effet, comme le fait judicieusement remarquer M. le Docteur Lalesque, il n'existe pas de différence entre les bassins de décantation construits par la main de l’homme, et ces autres bassins, combien plus importants, que constituent les lacs naturels. « Les lacs, en assagissant les eaux des rivières qui les alimentent, jouent le rôle de décanteurs. » (Lalesque.) C'est pour cela que le lac du Bourget fournit l’eau à Chambéry, le Léman à Genève, le lac de Zurich à Zurich, le Michigan à Chicago, le Katrine à Glascow, pour n’en citer que quelques-uns.

Aussi ne sommes-nous point étonné, dans le cas qui nous occupe, que les eaux du lac de Cazaux aient toujours paru remarquables de limpidité à ceux qui songeaient à les capter pour en alimenter Arcachon. Aux premières analyses, leurs qualités physiques se révélèrent excellentes : ces eaux sont, en effet, strictement inodores; leur saveur est fraîche et assez agréable, leur coloration, très légère, ne devient perceptible que sous fortes épaisseurs : elles paraissent alors légèrement verdâtres. Elles sont douées, en outre, d’une limpidité parfaite, comme le prouvent les expériences effectuées par Delebecque et M. le Docteur Lalesque au moyen du disque de Sacchi.

Malheureusement cet ensemble de qualités naturelles, propices à l’éclosion d’une faune abondante et d’une flore variée de plantes à chlorophylle, n’empêcha point l’eau du lac de Cazaux de se troubler abondamment au cours de son transport et de sortir fort adultérée des canalisations particulières d’Arcachon. Quelles furent les origines de ce trouble? Nous allons l’étudier en détail en abordant l’étude chimique des eaux du lac. Nous nous bornerons à dire ici qu’en dehors des troubles d'ordre chimique est récemment survenu un trouble nouveau, intermittent il est vrai, mais fort désagréable pour les usagers.

«Au début de l’été 1926, l'augmentation de la population par l'apport étranger devint rapidement telle que la distribu-

tion quotidienne dut passer de 3.000 à 6.000 mètres cubes, à quoi ne put suffire, Comme de coutume, l'apport par dénivellation et nécessita, au lac, une aspiration très forte. Cette aspiration mit en mouvement sables purs ou sables vaseux sousjacents à la bouche d'appel. Par suite de l'aspiration qu'’exigeait le débit estival. ils purent pénétrer dans les canalisations, même dans celles des particuliers, et s’éliminer, tantôt sous forme de grains isolés, tantôt sous forme de dépôts. » (Lalesque.)

Cette défectuosité d'ordre purement mécanique était justiciable d’une prompte intervention. Nous verrons dans quel sens elle fut dirigée et quels en furent les premiers résultats.

$ 2. — Caractères chimiques.

Il nous faut rétrograder de plus d’un demi-siècle pour revenir à l’époque où fut effectuée pour la première fois l’analyse chimique de l’eau de Cazaux. Les méthodes alors employées par les savants hygiénistes, les techniques dont ils disposaient, le matériel dont ils faisaient usage, étaient loin de présenter la rigueur et la commodité que nous leur connaissons aujourd’hui. Ils n’en avaient que plus de mérite à nous transmettre des conclusions dont on admire la solide résistance au contrôle du temps, en l'espèce, des techniques modernes.

J.-B. Dumas fut, en 1868, le premier à s'occuper des eaux de Cazaux; après lui, nous citerons, Robinet, puis Fauré, dont l’étude nous est encore précieuse, tant par sa rigueur que par son étendue. En 1885, Brosse reprit la question. suivi à quelques années de Carles, puis de Blarez. Enfin, en 1914, M. Mérignon dota le dossier des eaux d'Arcachon d’une remarquable étude poursuivie sur place durant plusieurs mois, étude qui reste pour nous le meilleur document sur lequel nous puissions nous appuyer. C'est pourquoi ses conclusions nous serviront de point de départ pour examiner la composition des eaux de Cazaux et montrer que tôt ou tard de notables améliorations devaient être entreprises pour donner à tous entière satisfaction.

À, —— Les EAUx DE CAZAUX SONT DES EAUX TRÈS PURES.

Lorsqu'on compare les différentes conclusions d'analyses chimiques effectuées sur les eaux qui nous occupent, on est rapidement surpris de constater la contradiction suivante : la plupart des analystes, en particulier ceux qui ont procédé sur place à leurs recherches, affirment très haut que les eaux de Cazaux sont d'une potabilité parfaite. D'autres, au contraire, directeurs de laboratoires de Paris ou de province, mient à cette eau toute valeur hygiénique et la proscrivent catégoriquement de l'alimentation.

Cette divergence d'opinions, pour aussi curieuse qu elle puisse paraître, ne présente rien d'alarmant et mérite explication. Prenons, parmi celles de tant d'autres: une analyse de M. Mérignon. En voici les résultats :

Riralé. à HORS RAT EUNRRE PERS TAN 0 g. LR.

Chndnes EL SR NE RE ER ER RSR 0 g. 079 Degré hydrotimétrique total .............. ÿ 4 8 9% Degré hydrotimétrique permanent .......... s. % Oxygène (dosé par permanganate) ........ 4 ce. OI.

Matières organiques (évaluées en mg. d/ox\-

gène emprunté au permanganale) en milieu

acide rer Se SET OR MN RES Lies 4 me. 2 Matières organiques (évaluées en mg. d'oxy-

gène emprunté au permanganate) en milieu

RIGAU RAS LES RARES SERRES 2 me. 9 Matières organiques (évaluées en acide oxa-

liqué) en. milieu- acides..." VE ER 0 g. 0336 Matières organiques (évaluées en acide oxa-

lique) en milieu alcalin ................. 0 g. 02 Azote des matières albuminoïdes .,........ 0 g. 000034 ATATR ONIAQUE LE LL SN SRE EUR NS RUE 0 g. 000311 Azotates en; NOK RES ER RARES 0 g. 000994 Azotates..en: NOESIS ES RER 0 g. 00062

Azotites He INGSME.

6 en SUULe LS RU S Ie ee SR ln

Chlorüres en:CINa 2: Ten 2 SAT 0 g. 06235 Chat totale en COCa rune ET HER 0 g. 02 UE TON OMC MATE Re ANR RE M Eu Lle, 25 0 g. 01088 Acide sulfurique :

En D near RUE APE à 0 g. 006 (PORN MAT Triste A NA Me 0 g. 11294 LÉ MANS AE EN LOS RENE PAR FO EE 0 g. 118 LL ee ES AE NET NM . O0 g. 11294 PANÉRENCE ER ST TN ae Te duN 2 A2 rh 0 g. 00506 Manesie sic Mer Retour Oo TD0806

Ces résultats ne peuvent concorder absolument avec ceux d'analyses effectuées par d’autres savants à plusieurs années de distance, pas plus, nous le verrons, qu'ils ne correspondent, chilfre pour chiffre, aux résultats de nos propres analyses, ce qui serait fort surprenant; mais il est des composants qui se retrouvent, d’une analyse à l’autre, avec une remarquable constance. À considérer les résultats de M. Mérignon, comment ne pas être frappé de la forte proportion de chlorures et de matières organiques contenues dans ces eaux, la présence de nitrates ne montrant pas, en raison de sa faiblesse, de retenir l’attention. Les deux éléments précités dépassent, et de beaucoup, en quantités, les concentrations habituelles, et sont les grands responsables de lostracisme dont certains savants ont frappé les eaux de Cazaux, pourtant fort inoffensives. Les apparences, il est vrai, sont bien faites pour les desservir; ce n’est point sans motif que le Congrès pharmaceutique de Bruxelles de 1885 a fixé à 2 milligranimes l'ultime quantité de matières organiques compatible avec la potabilité, et 6 centigrammes de chlorures par litre incitent à considérer une eau avec grande méfiance.

Mais n'oublions pas qu’en matière d'expertise et en particulier lorsqu'il s’agit des eaux, le résultat brut, celui que seuls donnent les chiffres, n’a qu'une signification restreinte, infirmée par'des considérants de prime abord fort négligeables.

Depuis quelques années, on tend plus nettement que jadis

AC

à sortir du cadre rigide imposé par les chiffres, à chercher des interprétations plus élastiques, partant plus rationnelles.

La présence, en quantité anormale, d’un élément quelconque, ne saurait systématiquement faire éliminer une eau de la consommation : les limites au delà desquelles une eau cesse d'être potable ne gardent en effet leur valeur qu'à condition d'examiner très attentivement la nature géologique du terrain d’où émerge cette eau. Et, à prendre ces considérations pour base, on acquiert vite la certitude que les eaux de Cazaux sont réellement salubres.

A. Guilbert affirme, dans ses notions d'hydrologie appliquée à l'hygiène, que « la présence de CINa dans l’eau n'offre pas d’inconvénient si ces chlorures ont une origine naturelle, S'ils viennent du sol traversé... Il arrive d'ordinaire, dans les régions voisines de la mer, que les doses de chlorure de sodium sont assez élevées », que sur le « littoral, parfois Jusqu'à 15 et 20 kilomètres dans les terres, le chlorure de sodium marin se surajoute encore au chlore normal du gisement géologique. »

En étudiant la nature des eaux de Cazaux, leur origine, leur régime, leur mode de ruissellement, on voit que la citation de Guilbert leur est entièrement applicable. Et ainsi se trouve dissipée une partie du malentendu,

Reste la très importante question des matières organiques : leur présence excessive est considérée comme le critérium le plus sûr de pollution des eaux. Mais l'absolu n’a pas davantage sa place en chimie qu'il ne l’a en d’autres domaines. Il existe des eaux très chargées en matières organiques et cependant potables. Pour interpréter cette affirmation d'aspect contradictoire, il suffit de se rappeler que la totalité des eaux alimentant Cazaux éhemine durant de longs jours à travers des bois épais. Les débris végétaux, feuilles, racines, écorces, macèrent dans ces eaux et finissent par s’y désagréger, augmentant, d'une facon très sensible, leur teneur en matières organiques.

Mais ces matières organiques, d'origine purement végétale,

Page 1