‹ Contribution à l'étude des eaux d'alimentation de la ville d'ArcachonChapitre 23 sur 57 · AR ER · texte numérisé non relu

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qu'il n'existe qu’un remède. Certes, changer radicalément un vaste réseau de conduites dont chaque demeure particulière recèle une part est un projet de grande envergure, fort onéreux pour l'usager et pour la ville. Cependant, convaincue que toute amélioration suppose quelques sacrifices, la Commission d'hygiène d'Arcachon ne perdit pas un temps précieux en stériles discussions; elle élabora un plan suivant lequel les canalisations en plomb devaient disparaître au plus tôt de tous les domiciles.

Ce faisant, elle se heurta à une embarrassante difficulté : remplacer les tuyaux de plomb est bien, mais au profit de quel autre métal ? Les propriétés corrosives des eaux s’exercent, nous l'avons vu, sur le fer, le zinc, etc., aussi bien que sur le plomb, et la gamme des matières premières susceptibles de servir à la fabrication des canalisations-est bien vite épuisée. Les expériences de M. Marcotte vinrent mettre un terme à cet embarras. Le Docteur Marcotte soumit méthodiquement à l’action d'eaux agressives divers métaux et divers alkages. Il constata ainsi qu'aucun métal ne peut, pratiquement, rester inaltéré aù cours d’un incessant contact avec nos eaux de Cazaux... Aucun métal, sauf le cuivre, dont la résistance à la corrosion lui parut très vite exceptionnelle; si exceptionnelle qu'il en préconisa aussitôt l'emploi pour remplacer ces vieux tuyaux de plomb dont certains particuliers s'étaient depuis longtemps débarrassés.

La Commission d'Hygiène comprit la portée de cette amélioration et donna bientôt à l'emploi du cuivre un caractère obligatoire, souvent confirmé par la suite. Nous trouvons, en effet, à la date du 24 novembre 1928, la modification suivante au règlement sanitaire : « ... les branchements et tuyaux de canalisations seront en cuivre rouge étiré, seul métal qui reste inattaqué par l’eau d'Arcachon. Les canalisations en plomb demeurent formellement interdites: celles qui existent encore actuellement engageant la responsabilité du propriétaire de l’immeuble. »

Cette adoption du cuivre devait d’ailleurs trouver dans un

événement fortuit une éclatante justification. L'autorité militaire décida, en septembre 1928, de retirer du lac de Cazaux un hydravion immergé depuis neuf ans pour une cause accidentelle. Ainsi fut fait, et M. le Docteur Lalesque, qui assistait aux travaux, fut témoin de particularités fort instructives. Les différentes pièces constituant cet hydravion apparurent profondément rongées : plus une tôle, plus un filin intacts. L'ensemble témoignait d’une usure intense. Seules, au milieu de cette dégradation générale de métaux et d’alliages, pourtant jadis fort robustes, les pièces en cuivre étaient demeurées intactes. Ni leur forme, ni leur aspect n'accusaient de sensibles modifications.

Cette constatation prouve combien le choix du cuivre était judicieux, pour ne pas dire nécessaire. Malheureusement, mis en face, d'une amélioration certaine, le public ne voulut voir qu'un mal en remplaçant un autre. Le plomb jouit de peu d'estime auprès du consommateur, mais le cuivre, auréolé de légendes aussi répandues qu'invraisemblables, lui semble beaucoup plus nuisible. Combien de ménagères mon-trent à son égard une répulsion irraisonnée, sans fondement très exact, et pour cette raison, difficilement surmontable. Chacun croit avoir présent à la mémoire Le souvenir d’une indisposition, d'un malaise, d’une intoxication grave peutêtre, dont ce métal, d'aspect sans doute trop particulier, fut le grand responsable. De tels griefs, sans fondement aucun, ne sauraient résister longtemps à des arguments raisonnables. Le cuivre, il faut bien qu'on le sache, n’est pas un métal nuisible. Il peut sans inconvénient être mis en contact prolongé avec l’eau d'alimentation, quelles qu’en soient la la nature et l’origine. La plupart des robinets ne sont-ils pas en cuivre ?

Bien mieux, chacun sait que le cuivre est entré depuis longtemps dans le domaine de Ia thérapeutique. On ne compte plus les injections de ses sels faites chaque jour pour enrayer les septicémies, et l’eau d’Alibour, couramment employée en dermatologie, en contient en dissolution une

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forte quantité. La voix on ne peut plus autorisée d’Armand Gauthier proclame que nous en ingérons chaque jour avec les légumes verts, avec les divers aliments salés ou acides, qui corrodent toujours un peu les récipients en cuivre dans lesquels ils sont préparés. Et M. le Docteur Marcotte fait très justement remarquer que «l’eau distillée dont on se sert en pharmacie passe dans des alambics en cuivre ». «Au reste, ajoute-t-il, un émpoisonnement par ce métal semble impossible, du fait qu'il serait décelé par des vomissements préalables, et encore nécessiterait-il l'absorption d'une quantité de cuivre bien plus notable qu'il ne pourrait y en avoir dans des conduites d’eau potable.» Tout au plus, pourraiton concéder au cuivre un minime inconvénient, qui à pourtant fort contribué à le rendre suspect. Lors de son premier contact avec les eaux, il subit malgré tout une très faible attaque, qui s’atténue vite par formation d’un dépôt protecteur d’oxychlorure de cuivre. Il n’en est pas moins vrai qu'on peut le déceler dans les eaux durant quelques jours : il est alors susceptible de donner une coloration bleutée au contact du savon et de l’ammoniaque, qui provient de la désintégration des matières organiques en l’absence d’oxyène.

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Cet inconvénient, si l’on peut le nommer ainsi, est passager et ne réapparaît jämais, aussi longtemps que puissent servir les canalisations : inconvénient somme toute négliseable, en comparaison de la sécurité dont il est le prix.

Ainsi, après Biarritz, après Dax, dont les eaux sont de composition voisine des nôtres, Arcachon a remplacé le plomb par le cuivre. Par des avis réitérés, la population a été informée des changements à opérer dans ce sens, et, bien qu'il demeure un petit nombre de réfractaires, les résultats immédiats ont dépassé les plus optimistes prévisions. Depuis un certain temps déjà, le saturnisme a totalement disparu

Nore. — On à dit : «Le plomb a fait plus de mal que de peur, et le cuivre plus de peur que de mal. »

d'Arcachon, permettant ainsi aux membres de la Commission d'hygiène de reporter toute leur activité sur le problème moins pressant peut-être mais plus ardu de la limpidité des eaux.

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