B. — LA QUESTION DU FER
Nous avons vu que cette question de la limpidité des eaux d'Arcachon avait été la source de nombreuses controverses, réclamations et pétitions leur contestant toute valeur alimentaire. Nous avons vu encore que la corrosion du fer s’effectuait, d’une part, dans les branchements particuliers, d'autre part, dans les canalisations extérieures à ces branchements particuliers. Il en résulte qu'une transformation radicale, telle qu’elle fut entreprise pour éliminer le plomb, devenait, en ce qui concerne le fer, d'application difficile. Ce fer, constituant en presque totalité le réseau de distribution des eaux depuis les réservoirs de la ville jusqu'aux ramifications les plus ténues et ayant été utilisé pour june large part concurremment avec le plomb lors des installations privées, les travaux à ellectuer s’avéraient considérables et dispendieux. re
La Commission d'hygiène n’en résolut pas moins de les entreprendre et, en attendant leur exécution, décida d'obvier à la situation par des mesures palliatives : les oxydes ferrugineux prenant naissance dans les canalisations sont susceptibles, en s’amassant, d’engorger partiellement ou en totalité les canalisations. Les culs-de-sac, de leur côté, servent de réceptacle à ces dépôts et se trouvent entièrement comblés d’agglomérats difficiles à éliminer. Survienne un accroissement de pression et la partie superficielle de ces dépôts est arrachée de son support, se désagrège dans l’eau et s’élimine avec elle, au grand mécontentement des usagers.
On commença donc par atténuer cel inconvénient en ramenant au strict nécessaire le nombre des culs-de-sac existant; puis, afin de se débarrasser par des lavages sous pression des oxydes ferrugineux envahissant les tuyaux, on multi-
MROUER
plia les chasses. Les résultats encourageants ne firent pas oublier que ces demi-mesures n'étaient que provisoires; mais lorsque le remplacement du fer fut reconnu indispensable, il apparut que, pour les canalisations à fort diamètre, le prix trop élevé du cuivre en interdirait l'emploi. Divers spécialistes furent alors pressentis, diverses solutions envisagées, et l’on jeta son dévolu sur un genre particulier de canalisation, mélange de ciment et d'amiante nommé « Italit», fort résistant à l’action destructive des eaux, Un accord intervint alors avec la Compagnie des eaux, aux termes duquel ladite compagnie s’engageait, dans l’avenir, pour la pose ou le remplacement des canalisations, à n'employer que l'«Italit ». Ainsi fut fait, et depuis, au fur et à mesure des travaux d'entretien, les conduites de fer sont progressivement éliminées.
Quant aux installations particulières, elles s’améliorèrent aussi à mesure que le cuivre fut d'un usage plus courant, mais avec une grande lenteur. La présence de fer dans les eaux n'étant point nuisible, on ne put obliger à remplacer le fer par le cuivre; il s’ensuivit que chaque propriétaire recula devant la dépense à effectuer, tout en s'octroyant le droit de critiquer un état de choses qu'il avait tout pouvoir de faire cesser. En un mot, la population ne suivit que d'assez loin les conseils qui lui étaient prodigués, et l’amélioration envisagée en souffrit considérablement. Aussi n’est-. il pas possible d'affirmer que la question du fer ait reçu une solution aussi satisfaisante que.la question du plomb. Les transformations envisagées plus haut auraient dû, avec le temps, se généraliser au point de rendre limpides ces eaux trop peu engageantes, mais non nuisibles; et, bien que ceci sorte du cadre de ce chapitre, nous pouvons dire, d'une part: que l'emploi de l’«ltalit » s’est révélé satisfaisant mais a été insuflisamment répandu et qu'une trop grande proportion de canalisations particulières demeurent encore en fer; d'autre part, que des faits nouveaux, confirmés par nos analyses, tendent à amoindrir l’heureux effet des mesures prises par la Commission d'hygiène:
Nate
S 2. — Epuration.
Lorsque, au cours des dernières années du siècle passé, la pureté bactériologique des eaux de Cazaux tendit à s'amoindrir, la première modification effectuée fut le recul de la tête de prise d’eau, reportée à 100 mètres plus au large. Ce recul, d’abord efficace, s’avéra par la suite d'effet moins sûr, et nous savons qu'en 1927-1928, afin de sauvegarder une potabilité compromise, de nouveaux perfectionnements durent être exécutés. Il s’ensuivit que jamais plus les dépôts du fond n'apparurent dans la conduite et que le colibacille accusa une régression à laquelle ne fut pas étranger le creusement du canal de La Hume, creusement effectué par les soins de l’autorité militaire.
Quelques mois passèrent, et les résultats analytiques quotidiens prouvèrent vite qu'il fallait songer à des réalisations plus efficaces. En date du 14 août 1928, M. Marcotte signale au maire un accroissement de la pollution et lui fait part de ses inquiétudes; à son sens, le seul remède définitif réside dans une stérilisation des eaux selon une des diverses méthodes employées dans nombre d’agglomérations importantes.
Le principe de la stérilisation fut vite admis, mais son mode d'application donna lieu à de longues réflexions et à l'élaboration de plusieurs projets, reconnus par la suite difficilement applicables aux eaux d'Arcachon.