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croître à mesure que l’on approche d'Arcachon. Il n’est pas besoin de chercher très loin la raison d’un tel état de choses : la présence toujours plus intense de matières organiques à mesure que l’on-s’éloigne du lac suffit à l’expliquer.
Pour ce qui est de la couleur, on sait que les eaux pures sont légèrement teintées de bleu; mais les matières organiques, notamment la lixiviation de feuilles dans les eaux de ruissellement, y ajoutent souvent une couleur jaune plus ou moins intense, et le jaune faible donne avec le bleu une teinte verdâtre qu'ont presque toutes les eaux superficielles. Celles de Cazaux n’échappent pas à la règle et présentent sous forte épaisseur une légère teinte vert brun, que l’on retrouve si exagérée dans certaines eaux stagnantes du plateau landais.
La présence d’une telle coloration, inhérente à la situation du lac au cœur d’une épaisse forêt, est sans importance aucune, mais nous n’en pouvons dire autant de l'aspect notablement trouble que prend l’eau de Cazaux dès son introduction dans la conduite d’amenée. Il ne faut pas oublier que l'imparfaite limpidité d’une eau peut, a priori, la faire rejeter de l’alimentation sans autre examen consécutif; à Arcachon, on à paru moins sévère, en raison de la rigoureuse transparence des eäux au lac en toute saison el parce que lon sait depuis toujours que la précipitation du fer sous forme de sexquioxyde est seule responsable d’un tel méfait. Il n’en demeure pas moins que la présence d’un trouble, voire d’un précipité, prouve l’inefficacité partielle des mesures prises pour les combattre et le besoin de réaliser dans l'avenir des améliorations nouvelles. Pour nous résumer, nous dirons que les qualités physiques des eaux de Cazaux n’ont pas très sensiblement changé depuis les analyses de M. Mérignon et de ses prédécesseurs : odeur nulle, .fraîcheur suffisante, couleur légèrement verdâtre, limpidité absolue au lac, relative ou médiocre dans la conduite, comme on le constatait jadis. Seul le trouble dû au transport est, peut-être, plus important, et plus fade la saveur en raison d’un enrichissement notable en matières organiques.
Matières organiques. —- Leur proportion semble, en effet, s'être légèrement accrue depuis quelques années, non au lac, mais au Cours du cheminement des eaux vers Arcachon. Nous le faisions remarquer dans notre chapitre IL : il faut étudier d'assez près l’origine des eaux de Cazaux pour n'être pas surpris de ces chiffres oscillant entre 2 et 5, 7 milligrammes de matières organiques évaluées en O emprunté à MnO'K en milieu alcalin. Ecoutons la voix autorisée de M. Dienert (eaux douces et eaux minérales) : « Une eau potable ne doit pas contenir une dose de matières organiques (évaluée en 0 emprunté à MnOK en milieu alcalin) supérieure à 2 milligrammes par litre. Si l’on constate une teneur plus élevée, on peut soupçonner une arrivée d’eau superficielle chargée de matières organiques, sans pouvoir affirmer cependant que ces dernières constituent un danger. »
On peut d'autant moins l’affirmer en ce qui concerne les eaux d'Arcachon que leurs matières organiques se trouvent être à peu près deux fois plus importantes (évaluées en 0 emprunté à MnO'°K) en milieu acide qu'en milieu alcalin. Ceci, Pouchet et Bonjean l'ont depuis longtemps démontré, garantit expérimentalement leur nature végétale, donc leur innocuité et la potabilité des eaux qui les contiennent. Mais, dira-t-on, que signifie cette augmentation de matières organiques à mesure que l’on s'éloigne du lac ? Nous répondrons ceci : l’eau prélevée au lac est déjà riche en matières organiques, dont nous avons précédemment expliqué l’origine; d’autre part, les eaux ferrugineuses, et a fortiori les eaux agressivés susceptibles de corroder dans une certaine mesure le fer et la fonte des canalisations, constituent un milieu d’éclosion et de culture remarquable pour certaines algues et certaines bactéries du genre Crénothrix, susceptibles d’y proliférer avec une vitalité considérable. Leur fixation dans les conduites se trouve d’ailleurs favorisée par la formation du précipité de sexquioxyde de fer déjà souvent mentionné, substratum tout indiqué pour cette abondante végétation. Rien
d'étonnant dès lors à ce que, au gré des changements de pression, consécutifs aux variations de débit, ces matières parasites soient lentement désagrégées et contribuent à l’enrichissement constant en matières organiques révélé par l’expérience.
Une analyse de boues prélevées dans une conduite Île 7 mars 1928 est, à ce sujet, très instructive. En voici les résultats :
MAtIèreS NOTSANIQUES ARE Per Re Perte 52,79 % LS CE LOUE (SE TR M EP A Ta 39,24 $ Chaux ets Manmee tree ARR ELS 1298005 Silice gélatineuse et sable siliceux........ 4,03 %
Eléments non dosés (chlorures, sulfates, ete.) 2 %
La matière organique est ainsi composée :
1° Débris végétaux; 2° Matières humiques provenant de la décomposition plus ou moins complète d'organismes végétaux. Parmi ces organismes, on identifie :
a) des algues; b) des bactéries filamenteuses du genre Crénothrix Polyspora, masses feutrées, colorées en brun par l’oxyde de fer qui se dépose dans leurs filaments.
Débris végétaux, algues, bactéries, tels sont les facteurs essentiels permettant d'expliquer cet apport permanent de matières organiques. Nous sommes, cependant, convaincus qu'à cet apportès’ajoute l’apport personnel de certaines eaux d'infiltration ayant réussi à se faufiler, par l'intermédiaire de fissures. dans la conduite déjà un peu ancienne, et ceci entre Cazaux et le Courneau. Précisons d’ailleurs immédiatement que cet apport n’a jamais, au cours de nos recherches, amené de perturbation dans le rapport établi entre les matières organiques évaluées en milieu alcalin et celles évaluées en milieu acide.
Cette eau d'infiltration serait donc, pour sa part, chargée de matières organiques végétales en proportion sensiblement égale à celle des eaux de Cazaux auxquelles elle se joint.
Nous avons trouvé confirmation de cette manière de voir le 26 mars 1931 lors d'un prélèvement effectué au Courneau, alors qu'une fissure venait de se former dans la conduite à quelques centaines de mètres en amont. A l’analyse, certains éléments tels que le fer avaient considérablement augmenté, alors que les matières organiques demeuraient sensiblement constantes.
De tout ce qui précède, il résulte que la forte présence de matières organiques végétales dans les eaux distribuées à Arcachon ne doit donner lieu à aucune inquiétude; elle est une conséquence inévitable du régime et de l’origine des eaux landaises, de l’imperméabilité du sous-sol et de l’absence de sources vives; quant à la fadeur qu’elle provoque, nous ne saurions la noter que comme un minime inconvénient presque extérieur au domaine strict de l'hygiène.
Chlorures. — « L’appréciation de la potabilité d’une eau, dit le Formulaire militaire, t. IL, a pour base la proportion de chlore qu’elle contient.’Les nitrates et l’O absorbé ne sont par leur proportion, les nitrites et NH° par leur présence, des facteurs certains de souillure qu'autant qu'il existe simultanément dans l’eau une quantité élevée de chlore. » Une telle affirmation, pour aussi juste qu'elle soit, dans la plupart des cas, ne saurait être prise à la lettre, et nous nous sommes déjà efforcés de le démontrer : une conclusion analytique ne peut prétendre à l’absolu qu’à condition de se plier à une interprétation préalable. C’est pourquoi nous n’aurons garde de considérer comme fâcheuse la présence simultanée, en quantité notable, de chlorures et de matières organiques dans les eaux du lac de Cazaux. Ce dernier, nous l’avons démontré. est le vestige d’une ancienne conche marine, et les eaux qui l’alimentent ruissellent en partie sur des sols abandonnés par l'Océan, donc très riches en CINa. Ceci est une nouvelle conséquence de la situation vraiment particulière qu'occupent
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tous les lacs du littoral gascon. Et à considérer ces eaux qui, selon nos analyses et celles de nos prédécesseurs, contiennent invariablement 6 centigrammes de chlorures (en CINa) et sont livrées à la consommation depuis de nombreuses années sans préjudice aucun, on songe aussitôt que la théorie érigeant la proportion de chlorures en clef de voûte de l'interprétation analytique doit être appliquée avec beaucoup de prudence et: beaucoup de discernement.
En tout cas, jamais la présence de chlorures marines ne pourra faire suspecter la potabilité des eaux arcachonnaises.
Azote ammoniacal (NH saline et NH organique). — Les résultats que nous a fournis l’expérience accusent, sur les chiffres de M. Mérignon, un certain accroissement de l’azote ammoniacal albuminoïde, Sa présence suit, avec atténuation, la courbe ascendante des matières organiques sans jamais sortir des limites compatibles avec la potabilité.
Azote nitrique et nitreux. — Les traces d'azote nitrique, accidentellement présentes, ne retiendront pas plus longtemps notre attention du fait de leur minime et intermittente existence.
Sels minéraux. — Si nous exceptons les chlorures qui méritent dans notre compte rendu une mention spéciale, nous remarquons que les eaux de Cazaux sont extrêmement peu minéralisées, ayant ceci de commun avec les eaux de la plupart des’ lacs. Aussi leur degré hydrotimétrique voisinet-il parfois de celui de l’eau distillée. Quant au Co? dissous dans ces eaux, incapable d'orienter son activité vers une combinaison calcique ou magnésienne, il exerce son action corrosive sur les conduites,-en compagnie des acides humiques.
On a émis des opinions fort divergentes sur la nécessité des sels calcaires dans les eaux d'alimentation. Boussingault et À. Gauthier voient en leur faible présence la cause certaine des déficiences osseuses. Les eaux, disent-ils, ne fournissent plus à l’organisme les aliments nécessaires à sa minéralisation. HE
Pour Ogier et Bonjean, au contraire, l'organisme cherche et trouve ailleurs les éléments minéraux que l’eau ne saurait lui fournir. |
Comme toujours, nous croyons que la vérité réside en un juste milieu et qu'il ne peut être nuisible, comme le disait, en 1915, M. Merignon, de consommer des eaux soit trop, soit trop peu chargées en sels minéraux.
Fer. — Avec la question du fer, nous touchons un problème dont l’imparfaite résolution est seule responsable de la méfiance que bien des Arcachonnais manifestent à l’égard de leâu qu'on leur distribue. Le fer n'est-il pas le constituant essentiel de ce trouble contre lequel s’élèvent de si nombreuses et véhémentes protestations ? protestations motivées par l’aspect peu engageant des eaux, mais aussi par les incessantes dépenses qu'entraîne pour chacun le débouchage des canalisations si rapidement obstruées. De plus, la présence du fer, favorisant l’éclosion d’algues et de bactéries, provoque d’une manière indirecte l’accroissement des matières organiques dans les eaux et la fadeur au goût qui en résulte. Il n’en est pas moins vrai que personne n'aurait Jamais songé à contester leurs qualités aux eaux de Cazaux, si le fer qu’elles contiennent était resté, par bonheur, sous une forme imvisible. Autrement dit : aussitôt que l’on rendra à l’eau d’Arcachon sa limpidité première, la majeure partie des usagers n’aura souci de se souvenir qu'elle contient une forte proportion de matières organiques et de chlorures et la déclarera, à juste titre d’ailleurs, excellente.
Toute la question des eaux d'Arcachon réside donc pour l'avenir dans l'élimination du fer. A vrai dire, nos analyses nous ont enseigné, comme on peut s’en rendre compte d’autre part, qu'il reste, en ce sens, au moins autant de chemin à parcourir que de chemin parcouru, et ce malgré les incessantes améliorations effectuées depuis de longs mois. Expliquons-nous : le fer dont nous déplorons la présence à plusieurs origines. Il provient :
1° des eaux de Cazaux en raison de leur ruissellement permanent sur l’alios, avant collection dans le lac;
2° d'une légère corrosion de la conduite maîtresse qui réunit Cazaux à Arcachon; 3° d’une corrosion des canalisations secondaires d’Arcachon, canalisations non encore en « Italit »; d'une forte corrosion des canalisations particulières d'Arcachon, canalisations non encore en cuivre
D'après nos analyses, l’eau contient 3 mg. 9 de fer au lac, 6,2 après passage dans la conduite maîtresse, 6,5 à Arcachon, au sortir d’une conduite en cuivre, 16 au sortir d’une conduite en fer. Les chiffres qui précèdent correspondent bien à nos prévisions; seule l'augmentation de 3 à 6 milligrammes au cours du transport de Cazaux à La Teste nous semble excessive étant donnée la nature de la conduite. Reprenant la suggestion par nous émise au sujet de l’accroissement des matières organiques, nous répéterons que le fer ainsi apparu provient en partie d'infiltrations, au travers de la conduite, d’eaux fortement ferrugineuses. Ainsi s’explique la présence, sitôt après Cazaux-hameau, de flocons d'oxyde de fer I gélatineux croissant en quantité à mesure que l’on approche de La Teste. Nous pensons qu'il se passe en petit ce qui advint lorsque. le 26 mars 1931, une crevasse prit jour dans la conduite : nous trouvâmes alors dans un échantillon d’eau prélevée au Courneau plus de 10 milligrammes de fer, et l’analyse bactériologique décelait un certain LOUE de colibacilles restés introuvables à Cazaux.
À partir du Becquet, la même explication perd sa valeur; par contre, la forte déclivité de la conduite, déclivité indispensable au maintien en charge, augmente notablement la pression, Dès lors, les dépôts ferrugineux tapissant les tuyaux se trouvent brassés, partiellement arrachés et provéquent l’enrichissement en fer révélé par l’expérience.
Pour nous résumer, hors les quatre origines mentionnées plus haut, le fer provient encore d’apports extérieurs, inhérents au vieillissement de la conduite, et de dépôts ferrugineux désagrégés par les eaux sous pression et entraînés par
elles. Notons cependant les indéniables progrès réalisés par l'emploi de l’Italit et du cuivre. L'eau émergeant d’une conduite en cuivre, à Arcachon, ne contient pas plus de fer que l’eau prélevée à La Teste; l’eau émergeant d’une conduite en fer en contient 4 nouveaux milligrammes. Ceci fait davantage regretter que le mauvais état de la conduite contre-balance de si réelles améliorations. Quoi qu'il en soit, si la présence d’un dépôt ferrugineux dans l’eau d'Arcachon lui communique un aspect peu séduisant, présente des inconvénients sérieux pour les usages domestiques ou la régularité du débit, il ne peut jamais être une cause d'intoxication, si minime soit-elle.
Nous ne pensons pas que cette vérité paraisse jamais très évidente aux particuliers; nous ne pensons pas non plus qu'il faille s’en tenir paresseusement au statu quo. Aussi doit-on résolument marcher de l’avant et, forts de l’expérience passée, envisager des remèdes nouveaux d’une efficacité meilleure.
Cuivre. — Les résultats analytiques obtenus :
1° après prélèvement à une canalisation neuve; 2° après prélèvement à une canalisation en service depuis quelques semaines, démontrent mieux que tout commentaire combien est judicieux le choix du cuivre comme constituant des canalisations.
Plomb. — Nous avons tenu à analyser une eau provenant de tuyaux en plomb afin de mieux montrer à quel degré d’acuité arriverait le saturnisme si la Commission municipale d'hygiène n’avait mis à l’index l’emploi du plomb pour l’installation des conduites dans les immeubles d'Arcachon.
Gaz dissous. — Au cours de leur transport, les eaux de Cazaux perdent une notable proportion de leur O dissous, mais s’enrichissent très sensiblement en N et en CO*. Ces changements s'expliquent fort bien par la présence dans la canalisation de nombreux végétaux — algues, diotomées, bactéries — dont les réactions vitales, à l’abri de l’air et de la lumière, ne peuvent que modifier, dans le sens révélé par l'expérience, la composition du milieu qui les contient. L'eau
consommée à Arcachon, loin d’être riche en oxygène, en contient cependant une proportion telle que sa potabilité demeure largement sauvegardée, D'ailleurs, selon l’avis même de Pouchet, la proportion de sels minéraux et de gaz dissous ne tient plus qu’une faible place dans les préoccupations des hygiénistes. :
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