CONCLUSION
Durant la réalisation des analyses précédentes, notre souci constant a été d'obtenir des résultats reflétant le plus fidèlement possible la situation actuelle et de les interpréter en toute impartialité. Nous aurions désiré, sans trop l’espérer cependant, que nos travaux eussent abouti à des constatations plus originales. S'il n’en a guère été ainsi, la faute en est à la constance de constitution chimique des eaux qui nous occupent. Cependant, nous ne saurions mieux terminer cette étude chimique qu'en répétant ceci : grâce aux considérables travaux réalisés durant les années passées, le saturnisme à pratiquement disparu d'Arcachon. Nous avons expliqué le processus de la corrosion métallique pour énoncer ensuite les remèdes qu'on lui opposa, et c’est un devoir pour nous de constater que ces remèdes furent d’une efficacité telle que les intoxications plombiques ne demeurent qu'à l’état de fâcheux souvenirs dans les esprits des usagers.
Sitôt ce danger écarté, les eaux livrées à la consommation ont été reconnues manifestement potables. Nous n’aurons garde de mettre en doute ce jugement, dont nos recherches ont prouvé la profonde et durable vérité.
Seul, l'aspect des eaux demeure déficient; pourquoi s’en alarmer, puisque nuls sont les risques ? Et pourquoi tant d'amères critiques, alors que personne n’ignore combien la Commission d'hygiène a travaillé à réaliser des améliorations, imparfaites peut-être, mais combien tangibles ! Faire montre d'une plus large compréhension de la situation et d'une meilleure patience ne peut qu'être d’une aide morale précieuse à ceux dont l'intérêt premier est de rendre aux eaux d’Arcachon leur limpidité native.
$S 3. — Analyses bactériologiques.
« L'analyse bactériologique de l’eau se propose d’estimer l'importance de son peuplement microbien, de qualifier les espèces rencontrées, en particulier celles dont l'habitat ordinaire est l'organisme humain et qui ne sont qu'en transit dans l’eau, et d’en déduire ainsi le degré de potabilité de celle-ci (Guillerd). »
Nous pourrions ajouter qu'une telle déduction doit avoir pour base un nombre suffisant de déterminations analytiques : une seule analyse est un non-sens scientifique; quelques examens isolés ou exécutés sans plan très concret ne peuvent engendrer que des conclusions douteuses; seules les déterminations répétées avec une longue persévérance sont d’un parfait enseignement. Les précédentes remarques, d’ordre tout à fait général, s'appliquent à fortiori au contrôle de la pureté bactériologique d’une eau javellisée; aussi, lorsque, le 24 juillet 1929, commença, d’une manière permanente, la stérilisation des eaux de Cazaux, M. le Professeur R. Sigalas et M. le Docteur Marcotte envisagèrent aussitôt la nécessité d’un contrôle quotidien de la potabilité de ces eaux après traitement. Avant Ja venue de MM. Sigalas et Marcotte, l'essai
bactériologique était pratiqué sans grande continuité ni grande méthode; grâce à leur initiative, on allait pouvoir désormais suivre jour par jour les effets de la javellisation, ses bienfaits ou son insuffisance, et pallier, dans un délai maximum -de quelques courtes heures, à une déficience de son fonctionnement. En fait, afin de bien montrer aux usagers ave> quels soins méticuleux ou surveillait les eaux qui leur étaient livrées, ce ne fut pas un seul, mais plusieurs examens journaliers que l’on effectua, soit avant, soit surtout après javellisation. Pendant plus de deux ans, ce travail éminemment fastidieux fut pratiqué sans défaillance, et nous en possédons les résultats régulièrement enregistrés.
Or, poursuivant le plan d’études que nous nous sommes tracé, nous cherchons, dans cette partie de notre travail, à déterminer la portée des améliorations entreprises sous forme de stérilisation pour conserver aux eaux leur pureté bactériologique; nous ne pouvions mieux faire que de citer, à cet effet, avant les résultats de nos quelques recherches personnelles, les résultats très instructifs, parce que très multiples, des déterminations effectuées au laboratoire municipal d'hygiène. De leurs enseignements, nous pourrons déjà déduire si des améliorations futures sont à prévoir ou si l’on peut, en toute sécurité, demeurer dans le slatu quo.
Voici, ci-joints, les résultats qualitatifs obtenus depuis août 1929 au moyen de la très classique méthode de Vincent. La numération des germes étant effectuée un jour sur deux, nous ne ferons que noter la présence ou l'absence de colibacilles dans les échantillons examinés (50 cc.), sans nous arrêter à son dénombrement.