À. — ENDURCISSEMENT DES EAUX
Disons immédiatement que l'endurcissement des eaux est plus à réaliser que réalisé; de nombreux savants se livrent
chaque jour à de patientes investigations pour donner à cette question une conclusion efficace et économique; malheureusement, les résultats sont encore embryonnaires et l’on n’a guère dépassé, tant en France qu’à l'étranger, l’ère des tâtonnements. Toutelois, de relations engagées avec M. Hugon, ingénieur de la ville de Bordeaux; avec MM. Puech et Chabal, spécialistes en la question, que M. le Professeur Mandoul pressentit en notre faveur; avec M. Bunau-Varilla, il ressort que l’on peut envisager comme possible la réalisation de plusieurs remèdes :
a) Endurcissement de l’eau par passage sur un lit de calcaire. — Cette solution, simple en apparence, l’est beaucoup moins lorsqu'on se rappelle que l'acidité de l’eau d'Arcachon est davantage une acidité humique qu'une acidité due à un excès de gaz carbonique; ce dernier, au contraire, existe en quantités trop faibles dans les eaux de Cazeaux pour amener la formation de bicarbonate de chaux en proportion suffisante. [l serait donc nécessaire, a priori, d'enrichir l’eau de Cazaux en gaz carbonique; on y pourrait parvenir de deux manières : en premier lieu, en élevant l’eau de Cazaux par un moyen à déterminer et en la faisant revenir à son niveau primitif par l'intermédiaire de multiples cascades. L’eau ainsi pulvérisée en fines gouttelettes se chargerait d'une manière appréciable de Co? atmosphérique. En second lieu, et c’est là, nous le croyons, solution plus efficace, en insufflant dans l’eau, au départ de Cazaux, du gaz carbonique sous pression. Malheureusement, les calculs montrent que la quantité de CO? à utiliser serait considérable, entraînerait la création d’une véritable usine qui ne saurait trouver dans la région la matière première indispensable à son fonctionnement, et, de plus, serait d’un prix d'établissement et de revient absolument exagéré.
Supposons toutefois une de ces solutions adoptée : il serait aisé, désormais, de soumettre les eaux à la décantation pour les débarrasser de l’oxyde de fer IT formé pendant l’aération, puis de les faire ruisseler sur de vastes lits de calcaire
établis de telle manière que, divisées en minces filets entre les blocs placés sur leur passage, ces eaux continuent à s’aérer et, par suite, à se mieux endurcir. La préfiltration réduirait ainsi à néant les risques d’encrassement. Il est absolument certain que le degré hydrotimétrique se trouverait ainsi considérablement accru et la corrosion métallique sensiblement
annihilée. b) Endurcissement de l’eau par addition d'une solution de bicarbonate de chaux. — M. Bunau-Varilla préconise en ces
termes l’emploi de bicarbonate de chaux : « Vous pourriez. dit-il, laisser tomber dans le bac d’amorçage une solution de bicarbonate de chaux. Au contact de la solution d'hypochlorite de soude, ce bicarbonate se change en monocarbonate insoluble et en carbonate de soude. Les éléments de carbonate de chaux flottant dans vos conduites en tapisseraient, au bout d’un certain temps, les parois, et cela supprimerait l'attaque. » Un tel procédé a déjà donné, sur des volumes assez faibles, il est vrai, la preuve de sa notable efficacité; on en pourrait tenter l'application si sa mise en œuvre ne dépassait pas de beaucoup les disponibilités pécuniaires de la ville d'Arcachon. Il à été calculé, en effet, que la calcarisation ainsi conçue entraînerait une dépense voisine de 45 centimes par mètre cube d’eau traitée. Aussi, ne nous appesantrons-nous pas davantage sur ce procédé dont l'emploi, dans l’état actuel des choses, nous reste absolument interdit.
c) Endurcissement de l'eau par addition d'un lait de chaux. — C'est le procédé dont MM. Puech et Chabal nous oût conseillé l’étude. Il fonctionne avec profit à Saint-Servan, où le degré hydrotimétrique des eaux est porté de 6 à 10 degrés. Son prix de revient est alors de neuf millimes par mètre cube d’eau traitée. Cependant, nous ne pensons pouvoir en conseiller l’emploi à Arcachon : tout d’abord, parce que le degré hydrotimétrique des eaux de Cazaux est initialement beaucoup plus faible que celui de l’eau de Saint-Servan; ensuite, parce que nous retrouvons ici la coûteuse nécessité d’enrichir les eaux en C0? avant traitement.
Fan FAT