CHAPITRE PREMIER (D
LES EAUX D'ALIMENTATION DE LA VILLE D'ARCACGHON LEUR HISTOIRE ET LEUR ORIGINE
S 1. — Régime primitii. Les puits.
Vastes étendues sans relief, presque entièrement recouvertes de bois de pins, à peu près impropres à toute culture, les Landes étendent leur monotonie des rives de la Garonne à celles de l’Adour. Pas ou peu d’agglomérations sur ce plateau, lentement abandonné par les eaux marines et recouvert de couches superficielles sablonneuses et instables. Les sources y sont presque absentes et les eaux vives très rares.
Dans cette région landaise, la circulation des eaux est fort entravée par un grès imperméable nommé alios, en voie de formation continuelle. Ce grès provient de la décomposition et de l’hydratation de grains ferreux qui existent en faible proportion dans le sable des Landes et sont atteints par l’action des eaux de pluie chargées d'oxygène; il apparaît au niveau hydrostatique, dans la zone où les eaux qui descendent verticalement se dévient en un plan horizontal ou faiblement incliné, c’est-à-dire à peu de distance de la surface du sol (Dollfus). Cette couche aliotique oppose aux eaux sous-jacentes une barrière presque ininterrompue, et l’absence d'eaux Jjaillissantes dont elle est la cause contribue à la médiocrité d'un
(1) Nous devons une grande partie des renseignements inclus dans ce cha. pitre à un remarquable ouvrage de M. le Docteur Lalesque : Arcachon, ville de santé, 1919.
PS | ÉEES
état sanitaire déjà assez précaire. Car les eaux pluviales, incapables de se frayer un chemin vers les couches profondes, s'accumulent faute de pente, demeurent en stagnation durant tout l’hiver et ne commencent à s’évaporer qu'avec les premières chaleurs de l'été.
Dès lors, on devine à quels dangers perpétuels s'expose la population, réduite, le plus souvent, à n'utiliser que l’eau de puisards creusés à fleur de sol.
Une telle situation devait, dans les principales agglomérations des Landes, et en tout premier lieu à Arcachon, provoquer de nombreuses difficultés et nécessiter de laborieux travaux, plus ou moins longs, coûteux et efficaces, Avant d’envisager dans quel sens ils furent entrepris, reportons-nous aux conelusions de Fauré, relatives à une étude approfondie des eaux landaises effectuée aux environs de 1853.
« Ces eaux, dit-il, presque entièrement privées de sels minéraux, ont une couleur Jaune brun plus ou moins foncée et contiennent une grande quantité de matières organiques, provenant soit de leur séjour sur l’alios, soit de la décomposition des végétaux qui meurent sur ce sol impénétrable. Aussi portent-elles des germes de maladies, trop souvent mortelles, que les chaleurs de l’été développent parmi les populations qui s’en abreuvent, faute d’autres. » Mais, poussant plus avant ses recherches, il en vint à distinguer, dans les Landes, deux nappes liquides superposées et sensiblement différentes. Aux eaux de la première nappe, sous-jacente à l’alios à 1 ou 2 métres du sol, Fauré donna le nom de « eaux aliotiques albumineuses », en raison de leur saveur marécageuse et de leur forte teneur en albumines végétales.
Les eaux de la seconde nappe furent appelées « eaux aliotiques ». Situées à 3 ou 4 mètres de profondeur, elles ont conservé leur couleur, mais ont perdu en partie saveur et odeur, en même temps que l’albumine végétale s’est dépouillée de ses qualités délétères par fermentation et s’est transformée « en une matière extractive en partie résinifiée, sorte d’humus » non nocil (Fauré).
Ces remarquables constatations furent à l’origine des premiers travaux entrepris à Arcachon pour l’obtention d’une eau potable digne de ce nom. Etant prouvé que les eaux gagnent en pureté à mesure que l’on atteint des nappes plus profondes, le Conseil municipal de la commune d'Arcachon vota, le 2 mai 1857, les crédits nécessaires à la construction d'un vaste puits filtrant, profond de 10 mètres au moins et susceptible d'alimenter toute la commune en eau potable. L'idée était excellente, et le Conseil supérieur d'hygiène publique n’en préconise point d'autre lorsqu'il demande, dans ses instructions générales du 12 juillet 1924, « que pour les eaux d'alimentation publique on recherche avant toute autre solution celle qui permet de trouver en quantité suffisante des eaux naturellement pures où pouvant être rendues pures par des moyens naturels durables : c’est le cas des eaux de sources et de nappes souterraines provenant d’une percolation lente (notamment au travers de terrains sableux) ».
Malheureusement, les résultats furent loin d’égaler les espérances; les lumières des canalisations employées ne tardèrent point à s’obstruer, en raison de leur faible diamètre, et de nombreuses fissures prirent jour sur les tuyaux, enfouis malencontreusement à fleur de terre, sous la chaussée. Le projet d'alimentation en eau salubre au moyen de puits filtrants fut donc abandonné.
Suivit une période de quelques années durant lesquelles revint en honneur l'usage des puits ordinaires, rares, de débit incertain et perpétuellement contaminés par les souillures extérieures et les infiltrations. Aussi, se propageaient sans entraves de nombreuses maladies d’origine hydrique, et en particulier la fièvre typhoïde. Ces pratiques déplorables ne prirent fin que vers 1864. À cette époque, la population d’Arcachon ne cessant de s’accroître et le débit des puits variant avec l’abondance des pluies, au grand détriment des usagers, la Compagnie des chemins de fer du Midi fit creuser, derrière la gare, un puits artésien de 126 mètres de profondeur, A ce premier puits on en adjoignit un autre de 90 mètres, qui fut
mis en service en même temps qu'un vaste puits filtrant. Ces notables améliorations s’avérèrent toutefois insuffisantes, tellement fut rapide l’extension de la commune d'Arcachon.
S 2. — Régime actuel. Le lac de Cazaux.
On décida alors de chercher ailleurs une solution vraiment définitive et, en 1860, après de nombreuses délibérations, le Conseil municipal conçut l’audacieux projet de capter les eaux du lac de Cazaux. Cette radicale résolution mit fort longtemps à se réaliser. Abstraction faite du manque de crédits nécessaires, l’exécution de tels travaux exigea de laborieuses études, et diverses solutions proposées par les techniciens furent tour à tour envisagées.
Chargé de l’organisation pratique des travaux, Chambrelent fut très près de faire prévaloir son point de vue. Il préconisait l’amenée des eaux de Cazaux à Arcachon par rigole à ciel ouvert, procédé anti-hygiénique qui, en d’autres villes, avait abondamment prouvé son insuffisance. Un manque de ressources opportun entrava le début des travaux, et c’est en 1885 seulement que la Compagnie générale des eaux de Paris réalisa le projet de 1860, en remplaçant la rigole de Chambrelent par une canalisation fermée. C’est cette dernière qui, plus ou moins transformée, fournit aujourd'hui à Arcachon les quelque 500.000 mètres cubes d’eau nécessaires chaque année à la vie de sa population.