SOIGNÉES A LUCHON
Jetons un coup d’œil sur les maladies soignées à Luchon. Nous ne pouvons pas manquer d’être frappés aussitôt par certaines particularités. Cet urticaire ne ressemble en rien à cet asthme, et cependant nous les voyons souvent alterner chez le même malade. Chez cet autre un rhumatisme chronique côtoie une bronchite non moins chronique. Cet enfant est atteint d’une suppuration interminable du cavum. Cet ancien blessé a des fistules contre lesquelles toutes les interventions sont restées sans effet. Celui-ci présente des urétrites à répétition, celui-là de l’herpès, cet autre a des poussées successives d’eczéma. Tel vient
cette année à Luchon pour une dermatose qui ira soigner l’année suivante à Vichy une lithiase biliaire.
Toutes ces affections qui au premier abord, peuvent paraître assez disparates, prennent maintenant à nos yeux un air de famille, et quand une nouvelle se présente on voit qu’elle a avec la précédente au moins un caractère commun : comme elle, c’est une: maladie chronique. La chronicité, voilà en effet le lien qui leur est commun. Mais le problème n’est pas devenu plus clair. Pourquoi certains de nous sont-ils donc frappés par cette désespérante chronicité ? Les causes, chez deux individus différents, sont en apparence les mêmes, et cependant alors que l’un guérira définitivement d’une bronchite aiguë, l’autre en gardera longtemps les traces. Tel verra sa blessure se cicatriser rapidement, et tel autre demeurera pendant des années porteur de fistules. Certains enfin seront frappés de maladies chroniques d’emblée. L’anatomie pathologique peut-elle nous en fournir-les raisons ? Non.
Pour trouver une explication à ces faits obscurs il faut s'adresser à notre organisme lui-même qui, dans les deux cas, a réagi de façon si différente : il faut s'adresser au terrain. C’est lui le véritable trait d'union. Voyons donc si une modification du terrain, des humeurs, se trouve réellement à la bas pathogénique des maladies qui constituent les principales indications de la cure de Luchon.
1° Dermatoses.
Pour éclaircir la question il est nécessaire de diviser les dermatoses, avec Brocq, en deux grandes catégories : les entités morbides vraies et les réactions cutanées. |
a) Le groupe des entités morbides vraies comprend les dermatoses parasitaires, microbiennes, telles que le lupus, la furonculose, l'acné, l’impétigo, en un mot celles qui relèvent d'agents connus. Elles sont surtout améliorées par l’action locale de l’eau sulfureuse.
b) Le groupe des réactions cutanées, telles que prurit, urticaire, eczéma, herpès récidivant. Chez elles le rôle primordial du terrain est indéniable, et c’est surtout à Bazin que revient le mérite de l’avoir démontré. D’après lui, la plupart doivent leur chronicité à des conditions de réceptivité particulière de l’organisme, à un état diathésique déterminé. Si on n’arrive pas à déterminer quelle diathèse (arthritique, scrofuleuse) est en cause, on suppose alors une disposition particulière, « l’herpétis ». C’est le « vice dartreux » des anciens auteurs, que Baumès appelait un « mode vital vicieux ». Actuellement, si l’on n’admet plus les nombreuses diathèses imaginées par Bazin, du moins reconnaît-on toujours l’existence de prédispositions morbides relevant d’une modification du terrain. Et ce n’est pas une vue de l'esprit car les recherches de Gaucher et Desmoulières, de Brocq et Ayrignac ont montré qu’il existe presque constamment dans les dermatoses une déviation du fonctionnement digestif ou
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2° Maladies chroniques des voies respiratoires.
Seules nous intéressent celles où prédomine l’élément catarrhal. Or voici ce que Durand FardeLécrit du catarrhe bronchique : « Lorsqu’un catarrhe persiste avec assez d’opiniâtreté, en dépit du temps et des moyens thérapeutiques ordinaires, pour rendre nécessaire l'intervention de la médication thermale, on peut être à peu près assuré qu’il se trouve entretenu par certaines conditions générales de l’organisme, sous la dépendance desquelles il est né et où il s’est placé ». La rhinite chronique est l’apanage des enchifrenés habituels et « le lymphatisme et la scrofule chez l’enfant, l’arthritisme et la goutte chez l’adulte favorisent le passage de l’état aigu à l’état chronique » (A. Martinet). Nous voyons de même que le catarrhe tubaire survient le plus souvent chez un arthritique. Les végétations adénoïdes, l’hypertrophie de lamygdale se voient chez les lymphatiques.
En ce qui concerne la bronchite, à côté de la bronchite chronique simple, qui est une exception, on peut placer les bronchites chroniques diathésiques, de beaucoup les plus importantes et qui comprennent les bronchites des scrofuleux, des herpétiques, des arthritiques, des syphilitiques, des diabétiques, tous malades de la nutrition. Il faut encore une prédisposition individuelle, héréditaire ou acquise, pour faire de l'asthme.
PO 3° Rhumatisme chronique. *.
C’est depuis très longtemps que l’on sait « qu’il ne se fixe chez un individu que parce qu’il l’a trouvé dans des conditions favorables à son installation, c’estàa-dire dans des conditions d’organisation anormales ». (Max Durand Fardel.) C’est si vrai que la dénomination d’arthritis s’est imposée à toute une conception diathésique. On a dit que le rhumatisme chronique survenait chez un organisme dominé par le. lymphatisme, l’état névropathique. Baumès admettait un mariage entre la diathèse rhumatismale et la diathèse dartreuse, catarrhale. Plus près de nous on a | admis qu’il était à la fois le résultat d’une infection et du terrain, l'infection n'étant le plus souvent possible, dit Legendre, « qu’à la faveur d’un trouble préalable de la nutrition. Actuellement, avec I. Teissier et Roques, on distingue :
1° Des rhumatismes chroniques d’infection, c’est-àdire ayant à l’origine un état infectieux : atteinte d’infection rhumatismale aiguë, tuberculeuse au gono-
coccique.
20 Le rhumatisme chronique déformant dû au
froid humide.
3° Le rhumatisme chronique par intoxication : rhumatisme endocrinien, goutteux.
« Dans chacun d’eux, écrit le Professeur J. Teissier, un double facteur morbide : le terrain rhumatismal, élément de prédisposition individuelle (ne fait pas de rhumatisme chronique qui veut), permettant,
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d’une part, au second élément — infection ou intoxication — d’exercer son action efficiente. et, d’autre part, conditionnant les réactions osseuses, sÿnoviales, tendineuses.. etc., de l’organisme vis-à-vis de cet élément infectant ou toxique. »
En résumé, sans qu’il soit besoin d’insister davantage et sans que nous ayons la prétention d’avoir été complet, la conclusion qui se dégage de ce rapide aperçu, c’est que le plus grand nombre des maladies, traitées avec succès à Luchon paraissent avoir entre elles, malgré la diversité des manifestations cliniques, une certaine parenté qui leur vient de Ia similitude du terrain sur lequel elles évoluent. C’est là une notion très anciennement connue et l’on a constaté depuis longtemps le caractère héréditaire de cette prédisposition et aussi la possibilité chez le même individu, de l’apparition successive ou simultanée de l’une quelconque de ces maladies. Reste à déterminer quels sont les facteurs de ce terrain : c’est ce que nous allons essayer de préciser à la lumière des données les plus récentes.