‹ Contribution à l'Étude des Eaux de Luchon: Recherche Expérimentale de leur Action au Cours des Phénomènes d'AnaphylaxieChapitre 18 sur 43 · II. — TERRAIN ET DIATHÈSES · texte numérisé non relu

II. — TERRAIN ET DIATHÈSES

En quoi consiste cette modification du terrain ? Les théories ont été nombreuses. On a parlé d’humeurs peccantes, de dyscrasies. Plus récemment, et c’est sur ce point que nous allons insister, on a dit et on dit en-

Les

core du reste malgré l’apparition de théories plus modernes, qu’il s’agit de diathèses. Que faut-il entendre par diathèse ? Bouchard la définit « un trouble permanent des mutations nutritives qui prépare, provoque et entretient des maladies différentes comme formes symptomatiques, comme siège anatomique, comme processus pathologique ».

Le nombre des diathèses invoquées a été considérables : nous en retiendrons trois principales qui nous paraissent englober la plupart des maladies dont nous venons de nous occuper : ce sont l’herpétisme, l’arthritisme et la scrofule. Hallopeau les admettait toutes trois. Bouchard ne retint que les deux dernières.

1° L’HERPÉTISME. — C’est la disposition à contracter certaines dermatoses. Nous savons l’importance que lui attribuait Bazy.

2o L’ARTHRITISME. — Il s’est enrichi avec Bouchard de la plus grande partie du domaine de l’herpétisme. C’est Bouchard qui a élargi son cadre et qui a montré les rapports cliniques plus ou moins étroits des diverses affections qui l’ont à leur base. En dépouillant un nombre considérable d’observations il arriva en effet à établir de façon vraiment scientifique que « certaines maladies, très dissemblables en apparence, forment un groupe, et que lorsqu'une d’elles est constatée chez un malade, on peut être assuré de retrouver une ou plusieurs autres maladies de ce groupe soit dans les antécédents personnels du malade, soit dans l’histoire pathologique de sa famille ». Il serait trop

long d'envisager avec lui les « affinités morbides » des diverses maladies qu’il observa : mentionnons . seulement que, dans le cadre de l’arthritisme, à côté de l’obésité, du diabète, de la goutte, de la lithiase urique ou bilaire, de la migraine, nous voyons voisiner l’eczéma, l’urticaire, l’herpès, l’asthme, la bronchite chronique, le rhumatisme chronique, à qui Bouchard fait du reste une « place à part dans la famille », ainsi qu’au rhumatisme d’Heberden.

Devient-on arthritique ? Certainement, et cela sous des influences diverses : infections, intoxications. Mais le plus souvent on naît avec une hérédité arthritique.

Pathogénie. — De nombreuses théories ont été émises pour essayer d'éclairer le mécanisme intime de la diathèse arthritique. Mais ce n’est point être sceptique que de constater qu'aucune n’y a parfaitement réussi. « Et adhuc sub judice lis est ».

A) Pour Bouchard il s’agit d’un ralentissement de la nutrition, d’une diathèse « bradytrophique » (Landouzy). der

« La cellule est primitivement atteinte dans sa nutrition, soit parce qu’elle dérive de cellules ancestra- ‘les elles-mêmes perverties, soit parce que ses influences acquises ont altéré son fonctionnement régulier ». On admettait au xvi siècle des dyscrasies : acide, alcaline.. et, avant Bouchard on affirmait que le ralentissement des oxydations provenait d’une diminution de l’alcalinité des humeurs. Bouchard montra que « le changement de réaction du milieu arrive

comme conséquence, que le trouble de l’activité cellulaire était au commencement ». Et pour expliquer ce trouble, il émet deux hypothèses : insuffisance de la sécrétion des ferments — trouble de l’action nerveuse qui les met en jeu.

? B) De nombreuses autres théories ont été proposées pour essayer de solutionner le problème de l’arthritisme. Citons celles des humeurs peccantes (Baillou), de lhyperactivité nutritive (Rohin-Lécorché), de la névrose herpétique (Lancereaux), de la moindre résistance du tissu conjonctif (Hanot), de la surproduction de force neurale se dépensant en actes interstitiels aberrants (Renault), d’un microbe spécifique (Guyot), de la diathèse d’auto-infection englobant la cholémie familiale (Gilbert et Lerebouïillet). Les travaux d’A. Poncet et Leriche ont bien montré l’importance de la tuberculose inflammatoire dans la création du terrain arthritique.

C) Arthritisme et glandes endocrines.

Enriquez et Sicard ont montré les premiers, dans la diathèse arthritique, l’existence d’un dysfonctionnement plus ou moins synergique de plusieurs glandes vasculaires sanguines. On a soutenu depuis longtemps l’origine endocrinienne de certains asthmes (Montcorgé). Léopold Lévi et H. de Rotschild, il y a une dizaine d’années, ont mis en évidence l’existence d’une variété d’asthme en rapport avec une instabilité thyroïdienne ou ovarienne. La preuve en est, d’une part dans l’action curative de l’opothérapie, d'autre

rue

part dans l’apparition ou la disparition du syndrome à la puberté, dans la fréquence des crises au moment des règles. Ces mêmes auteurs ont vu aussi les rapports qui existent entre certaines migraines et les troubles dans ie fonctionnement de la thyroïde et de l'ovaire.

Dans une étude récente, M. le Professeur Mouriquand rappelle les relations qui existent entre l’obésité et l'insuffisance thyroïdienne, hypophysaire ou génitale, entre le diabète et l’hyperfonctionnement thyroïdien et surrénal.

L’hypercholestérinémie qui, pour Chauffard, engendre la lithiase biliaire, est en relation avec la cortico-surrénale et le corps jaune. Il existe un rhumatisme thyroïdien. On peut donc penser que le trouble nutritif qui constitue l’arthritisme est commandé, dans certains cas, par un fonctionnement défectueux de tout ou d’une partie de l’appareil endocrinien, appareil qui joue un rôle considérable dans le métabolisme nutritif et qui apparaît, suivant l’image de M. le Professeur Mouriquand, comme les « postes de commandement » de la nutrition.

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