‹ Contribution à l'Étude des Eaux de Luchon: Recherche Expérimentale de leur Action au Cours des Phénomènes d'AnaphylaxieChapitre 38 sur 43 · II. — PROPRIÉTÉS ANTI-CHOC · texte numérisé non relu

II. — PROPRIÉTÉS ANTI-CHOC

a) Le traitement par l’eau du Pré 1 exerce, à l'égard des phénomènes d’anaphylaxie, des effets variables dans leur intensité et leur sens, suivant les modalités

de leur administration expérimentale.

L'action atténuatrice du choc est de moyenne intensité, comparativement à celle exercée par des eaux minérales du type Vichy. Cela tient certainement, outre leur plus faible minéralisation (0,32, source du Pré, contre 5,5 en moyenne des eaux de Vichy), à la présence du soufre, ce qui fera l’objet de considérations ultérieures.

b) Cette action antianaphylactique s’est montrée au maximum après l'emploi de faibles doses (2 cc.) et traitement faiblement prolongé (10 jours) d’eau jeune, ou après celui de fortes doses (6 cc.) et un traitement prolongé (21 jours) d’eau vieille. En opposition, on constate que de fortes doses (6 à 8 cc.) et un traitement prolongé d’eau jeune n’ont qu’une action désensibilisante faible et parfois même, à l’égard de certains antigènes, paraissent exagérer l'intensité du choc.

c) L'action désanaphylactisante de l’eau du Pré 1 s'exerce toujours d’une façon positive vis-à-vis des trois protéines auxquelles nous l’avons opposée ; mais l’intensité de cette action atténuatrice du choc varie pour chacune d'elles.

Elle s’observe au maximum dans l’anaphylaxie au sérum; elle est un peu moins intense dans l’anaphylaxie au blanc d’œuf ; elle se révèle la plus faible dans l’anaphylaxie à la caséine.

Pareils faits ont été observés par M. le Professeur Arloing et Vauthey, avec les eaux de Vichy. Il y a peut-être là une indication relative à la spécialisation de l’action d’une source à l'égard de diverses affec-

tions et de son action spécifique à l'égard de l’une d’entre elles.

d), La recherche comparative de l’action anti-choc des traitements par le soufre en préparation thérapeutique colloïdale révèle que ce produit jouit d’un pouvoir atténuateur moins marqué que l’eau minérale. Mais, par contre, l'administration de fortes doses et un traitement longtemps prolongé exagèrent moins nettement les phénomènes de choc que l’eau jeune de

la source Pré 1.

III. — Au point de vue des déductions à tirer de ces faits expérimentaux, relativement aux applications thérapeutiques des eaux sulfureuses, nous présentons, avec une grande réserve, sans vouloir conclure du cobaye à l’homme, et en laissant à la clinique hydro- . logique, solidement basée sur l’observation, toute sa prééminence, les brèves considérations suivantes

Pour obtenir le maximum d'efficacité thérapeutique dans une cure hydrominérale sulfureuse, il semble y avoir une dose et une durée optima du traitement. Cette dose et cette durée doivent certainement varier individuellement avec les sujets considérés. Elles paraissent être, pour une part, sous la dépendance du tonus nerveux organo-végétatif du malade traité.

Il est probable, en effet, qu’en raison de leur constitution, ces eaux doivent avoir une action double du fait de leur teneur en sels minéraux, à l'exclusion du soufre, et du fait de leur teneur en ce métalloïde. Or l’action excitante générale qu’exerce le soufre sur le système organo-végétatif est bien connue. Au

cas d’hyperexcitabilité spéciale de ce système, apparaissent, pour une part, les contre-indications de la médication sulfurée. Chez nos animaux en expérience, le fait éclate avec évidence, qu’une forte administration de soufre entraîne une hyperexcitabilité spéciale du système nerveux vago-sympathique, qui contrebalance l’action antianaphylactique générale propre à toute solution saline. Toujours sur le terrain de l'hypothèse, mais avec des présomptions expérimentales, nous croyons que, au cours des maladies dyscrasiques, que l’on se plait à rattacher à une sensiblité particulière à des antigènes d’un organisme représentant un terrain spécial, les eaux sulfureuses agissent peut: être moins par action désensibilisante proprement dite, comparable à celle que peuvent donner d’autres eaux fortement minéralisées, que par l’action du soufre qu’elles renferment ; soufre qui, outre ses effets locaux, agit sur le système organo-végétatif dont il modifie favorablement la neurotonie.

Et il n’est pas impossible que, peut-être, dans certains cas, on ne soit obligé d’arriver à cette phase de perturbation thérapeutique volontaire du système régulateur de la nutrition pour obtenir des résultats

favorables.

Conclusions.

Les eaux de Luchon, sulfurées sodiques, faiblement minéralisées, ont pour caractère dominant leur gamme très étendue dans la thermalité, la richesse en soufre, la radioactivité. Elles constituent une thérapeutique de premier ordre dans la plupart des dermatoses, de nombreuses maladies chroniques des voies respiratoires, le rhumatisme chronique, certaines affections chirurgicales et la syphilis.

La plupart de ces différentes affections ont, à leur base pathogénique, une modification du terrain. Elles rentrent dans! le grand cadre des diathèses. La connaissance de facteurs nouveaux nous les fait considérer comme dues à des phénomènes de sensibilisation de l’organisme, relevant de causes parfois inconnues.

On peut donc légitimement supposer que les eaux de Luchon, outre leur action capitale par le soufre, puissant modificateur de la nutrition, ainsi que par

leurs autres propriétés physico-chimiques, agissent aussi par une action désensibilisante de l’organisme à l'égard des antigènes provocateurs des troubles aux

quels on les oppose.

CTTE

Au point de vue expérimental, l’eau du Pré 1 possède des propriétés positives s’opposant, avec plus ou moins d'intensité, aux phénomènes d’anaphylaxie.

1° Elle possède un pouvoir modificateur moyen à l'égard des propriétés sensibilisantes de diverses protéines (sérum de cheval normal, ovalbumine, caséine).

2° Elle exerce une action désensibilisante plus ou moins intense, suivant les doses administrées et la

durée du traitement.

3° Les effets antianaphylactiques optima sont obteavec des doses faibles (2 cc. par jour) pour l’eau jeune, injectées pendant 10 jours.

De fortes doses, longtemps prolongées, exagèrent la sensibilité du système nerveux au choc anaphylactique protéique.

4° L'action désanaphylactisante s'exerce toujours de façon positive vis-à-vis des antigènes protéiques utilisés, mais elle est plus marquée avec le sérum et l’ovalbumine, moins accusée avec la caséine. Il y a là une indication possible de l’action spécifique de

l’eau minérale. K

9° L'action antianaphylactique de l’eau sulfureuse est plus marquée que celle exercée, dans des conditions expérimentales parallèles, par une préparation thérapeutique de soufre colloïdal.

Les eaux de Luchon ont donc une action antianaphylactique nette, quoique moins marquée, comme il était légitime de le prévoir, que celle d’autres eaux plus fortement minéralisées.

Dans leur mode d’action si complexe et encore mal connu, on est en droit de réserver une place à ce pouvoir désensibilisant, à côté de l’action puissante du soufre et de celle de la radioactivité.

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