‹ Contribution à l'Étude des Eaux minérales de Busqueilles en QuercyChapitre 8 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Historique de la source de Busqueilles

L’empirisme avait, de temps immémorial, permis de croire aux propriétés médicinales des sources, différenciant leur action, reconnaissant celle des eaux natives, tout comme il l’avait fait pour les vertus thérapeutiques des plantes et des minéraux.

L'histoire de l’origine de Busqueilles est commune à toutes les Eaux, sur les propriétés desquelles l'attention des premiers hommes avait été attirée d’instinct en cherchant des remèdes à leurs maux.

Si nous avons peu de documents écrits sur cette source, nous savons que depuis des siècles Busqueilles était fréquentée par un public nombreux.

Deux à trois cents buveurs, piétons et cavaliers, NÉ ient tous les matins, en juillet, août et septembre, prendre l’eau à la source, donnant au propriétaire un modeste revenu. De quelques sols au xvrr° siècle, la redevance était de trois francs, pour la saison, en 1911.

La cure était plus ou moins empirique, le nombre de verres absorbés se comptait par une coche faite sur une tige d’aulne ou de noisetier. La matinée se terminait par un bouillon de jarret de veau pris sur place.

Busqueilles a ses légendes qui authentifient son ancienneté : « Le Loup et le Renard », « La mort du Loup sur un bûcher » sont des contes populaires évoquant la fontaine. Dans « Les Légendes quercinoises >, TANTE BASILINE rapporte avec humour cette anecdote : Gargantua, d’aventure, passant dans le Quercy et « ayant des douleurs d'estomac horribles », avait tari plusieurs fois la font de Busqueilles. « Ainsi parlaient les anciens », termine-t-elle, « qui m'ont conté cette très véridique histoire, en gardant les bœufs dans les prés » (41).

L'histoire veut aussi que sous l’occupation anglaise, des troupes se dirigeant sur Saint-Céré eurent leur ardeur guerrière bien diminuée après avoir campé près de la source de Busqueilles.

Depuis la fin du xv‘ siècle, les eaux thermales sont à la mode. MONTAIGNE, dans son « Journal », nous décrit les coutumes d’user des eaux de Plombières et de Lucques (35). M°° DE SÉVIGNÉ « lance » Vichy, M"° DE MoNTESPAN s’en vient à Bourbon-l’Archambault, M"*° DE POMPADOUR, nous dit

Figure 2. — CHATEAU DE CASTELNAU-BRETENOUX. ‘ Cliché J. Vertuel - St-Céré.

le D' CABANNES, se purgeait à l’eau de Miers-en-Quercy (8).

Busqueilles n’eut pas de telles célébrités; mais plusieurs centaines de buveurs venaient chaque matin boire à la source pour débarrasser le corps de tout ce que M"° DE SÉ- VIGNÉ appelait « ses superfluités ». L’humorisme règne et gouverne en médecine, la cause des maladies est toute entière dans la rétention des matières peccantes et dans l’irritation qui s’ensuit !

Bien que le gouvernement royal eût dépouillé au xvrr° siècle les grands seigneurs de leurs anciens privilèges, ils n’en conservaient pas moins le souci de leurs terres et des améliorations Iccales. Il est de tradition populaire que la source de Busqueilles fut captée par un seigneur de Castelnau et

aménagée selon les usages simples de l’époque. À la fin du xvir° siècle, la source était encore protégée par un abri couvert de chaume, supporté par quatre celonnes circonserivant une surface de trente mètres carrés environ (3).

On se divertissait fort chez les CLERMONT-LODÈVvE, les fêtes succédaient aux chasses au sanglier et aux pêches sur la Dordogne. La réputation des fastueux dîners du « Palais des Saumons » était établie dans toute la province. Le poète MAYNARD égayait de ses rimes hardies, de ses pointes malicieuses et de ses gaillardises ces réunions où « une galanterie de table » était permise; en disciples de Bacchus, les coupes de muscat succédaient aux coupes de muscat et l’on « faisait durer la guerre de la soif et du verre » (33).

Retiré, après bien des épreuves, dans son logis du faubourg Lascabanes, à Saint-Céré, perclu de rhumatismes, souffrant de vertiges et de coliques néphrétiques, le poète dut sans doute son soulagement aux Eaux de Busqueilles, voisines de ses terres d’Autoire, quand il écrit à François DE CRUSSOL au château d’Assier : « Me voilà debout, contre mon attente, après m'être accouché d’une pierre aussi grosse qu'un des d'amants de la couronne. Je reprends ma première vigueur. » (7) (19).

Jusqu’à la fin du xviri° siècle, les progrès de la chimie sont assez lents, les notions théoriques restent vagues, les corps purs ne sont pas nettement définis, le phlogistique ne précise pas la notion d’éléments. Ludovici Pasini, en Italie, PARACELSE, en Suisse, délaissant l’alchimie agonisante, avaient déjà demandé à l’alambic et à la cornue de leur révéler le secret des eaux minérales.

Cependant leur constitution reste à peu près ignorée. Nous devons attendre les travaux du pharmacien ROUELLE, la loi de LAVoisiER (1787), qui a donné une définition claire du corps simple, et la loi de Proust (1806) sur la définition des corps composés, pour réaliser l’analyse et la synthèse des substances complexes.

La pharmacie a joué un grand rôle pour dissiper le rêve de l’alchimie, ses savants ont opposé les leçons de choses à l’esprit de système et préparé de loin la transformation de la chimie mederne. On peut dire avec J.-B. Dumas « C’est elle qui en a fondé et perpétué l’enseignement, qui en a créé les méthodes expérimentales et les premiers appareils, qui lui a valu SCHEELE, VAUQUELIN, DAVY, PELLE- TIER, ROBIQUET, et qui a eu l’insigne honneur de donner à LAVOISIER ses premières leçons » (11).

L'analyse des sources devait suivre le développement de

la chimie, VAUQUELIN (1763-1829) s’occupe d’un certain nombre d’entre elles, il donne l’analyse des eaux de Plombières, Néris-Largentière et de Gramat (Lot). OssraN Henry, pharmacien, membre adjoint de l’Académie de Médecine, donne, en 1826, l’analyse des deux sources Lagarde de Bio (Lot) (37). Les eaux de Miers sont analysées en 1837 par le médecin inspecteur DavaLr. Les eaux de Busqueilles con-

Figure 3.

Baron Antoine DUBOIS

d’après une lithographie de l’époque

Né à Gramat (Lot) en 1756, mort à Paris en 1837. Professeur de Chirurgie; fait partie de l’expédition d'Egypte. Doyen de la Faculté de Médecine de Paris, membre de l’Académie de Médecine; fut créé baron par l’Empereur après avoir accouché limpératrice Marie-Louise.

Les honneurs dont il était comblé ne lui firent pas oublier son pays d’origine; il s’intéressa particulièrement à l’analyse et aux propriétés des eaux des sources Bonnet ct Busqueilles.

tinuent, au début du xix‘ siècle, à attirer l’attention du public et du corps médical de la région. Le D' MAZEYRIE (1798- 1880), de Puybrun, dont la réputation s'étend dans toute la contrée, ayant constaté la valeur thérapeutique des eaux de Busqueilles, en confie l’analyse à J.-P. BARRUEL (t 1839),

< chef des travaux chimiques du laboratoire de l’Ecole de Médecine de Paris » (5).

La rédaction de cette analyse, dont les résultats sont évalués en livres, onces, grains et gros, situe ce travail dans les premières années du x1x° siècle, la numération selen le système métrique n’étant pas encore généralement adoptée.

Cette analyse, dont nous reproduisons le texte, est suivie d’une appréciation des plus élogieuses des maîtres du moment, les professeurs Antoine DuBois, E. PARISET‘*, Bar- Fos”, de l’Académie de Médecine, et I. DuBorïs.

« Les Docteurs en Médecine et en Chirurgie soussignés, après avoir lu l’analyse ci-dessus, faite par un très habile Chimiste, pensent que les EAUX DE BUSQUEILLE peuvent être employées. comme très légèrement purgatives et toniques, à cause des sels magnésiens, du gaz acide carbonique et de la très petite quantité de fer qu’elles contiennent; ils pensent, en outre, que les sels à base de chaux, dont les precédés employés ont démontré l’existence, doivent en rendre l’usage circonscrit dans un très grand nombre de cas qu’il serait superflu d'indiquer aux habitants du canton de Bretenoux, puisqu'ils ont le bonheur de posséder chez eux le Docteur MAZERIES, qui s’est acquis toute leur confiance depuis longtemps et aux plus justes titres. »

Une appréciation donnée par de tels maîtres aurait dû classer les eaux de Busqueilles parmi les eaux souveraines. Malgré cela, la source coulait toujours dans sa vasque primitive, isolée au milieu des prairies, recevant chaque année le même nombre de buveurs de la région.

Le développement du tourisme et des stations thermales d'Auvergne stimule les initiatives. M. CÉLARIÉ, pharmacien à Saint-Céré, reprend en 1902 l’étude des eaux de Busqueilles et en confie l’analyse chimique à l’Ecole des Mines (analyse n° 15.209), qui confirme la classification de ces eaux comme sulfatées-calciques et magnésiennes, et pouvant être comparées au eaux des SE de diurèse, Vittel, Contrexeville et Capvern.

Sous l’impulsion de M. le D' AYROLES, en 1913, une société est constituée, au capital de 170.000 francs. De grands travaux sont projetés, la source et 27 ares de terrains alentour sont achetés à M”° Nancy CAYROL-BAVERET; mais l’en-

* Barros Alexandre, René 1777-1866). Membre de l’Académie de Médecine.

** Pariser E. (1770-1847). Membre de l’Académie de Médecine. Médecin à Bicêtre et à la Salpétrière.

treprise est suspendue par la guerre de 1914-1918. Activement reprise dans la suite, l’Académie de Médecine donne, sur le rapport du D' MEILLÈRE, l’autorisation d’exploitation en 1921 (34). Les travaux sont rapidement conduits, la source est captée et l’eau, suivant une canalisation de grès vitrifié, est amenée à Bretenoux, dans l’île de la Bourgna-

CADTAGE DE LA Sounce br BUSQUETLLES

| PTT

Figure 4.

Plan du captage de la Source de Busqueilles par M. LLEDA

Les travaux de captage ont été effectués en 1913 pour amener l’eau à Bretenoux dans l’île de la Bourgnatelle.

Actuellement l’eau s’écoule par une cassure du tuyau d’amenée vers le château d’eau et se répand dans le bassin en béton destiné primitivement à recevoir le trop-plein de la source et à le déverser

par un orifice dans la rivière voisine.

Les indications portées sur le plan ont été recueillies dans le

dossier du Service des Mines de Cahors.

Captage 1913 Terre végétale.

Alluvions.

à 4 mètres : argile noirâtre.

sable fin siliceux.

gravier coquillier.

telle, où s’élève un joli pavillon dans un site ombragé et pittoresque. La société fait éditer une notice intitulée : : « L'Eau de Busqueilles à Bretenoux (Lot) ». Cet opuscule contenait la composition de l’eau, ses indications thérapeutiques, la situation géographique de la source ainsi que des gravures des sites pittoresques de la région (31).

Un mauvais sort paraît être jeté sur le développement des eaux de Busqueilles; la guerre de 1939-1940, la longue pé: riode d'occupation suspendent tout entretien et toute publicité; le tourisme est ralenti, teut déplacement étant difficile ; les tuyaux s’engorgent et la source de Busqueilies coule toujours au milieu de la prairie, où, comme jadis, les habitants de la région vont lui demander un soulagement à leurs maux.

Page 1