‹ Contribution à l'Étude des Eaux Minérales de ContrexévilleChapitre 7 sur 26 · Première Partie · texte numérisé non relu

Première Partie

Histoire de la station

Contrexéville est un joli bourg du département des Vosges, d’un millier d'habitants, dans le vallon verdoyant du Vair, à 342 mètres d’altitude. Autrefois un village presque inconnu du Duché de Lorraine c’est aujourd’hui, grâce à ses sources d’eau minérale, une des stations les plus importantes de France.

Lorsque l’on parle d’une station hydrominérale il est d’usage de faire remonter son histoire au moins jusqu'aux Romains. Contrexéville ne peut revendiquer pareil honneur. Certains prétendent sans preuves concluantes à l’appui, que cette station était connue des conquérants de la Gaule. On a fait remarquer par exemple que Contrexéville pourrait être tiré de Contra-aquas-villas, ce qui dénoterait leur passage, d’autres au contraire réfutent catégoriquement cette hypothèse. Il est peu probable que les eaux froides de Contrexéville aient attiré l’attention des Romains qui n’ont le plus souvent utilisé que des eaux chaudes : Plombières, Luxeuil, Bains,

Bourbonne pour ne citer que des stations voisines où les vestiges romains sont évidents.

Il n’est pas douteux que l’empirisme a utilisé depuis bien longtemps l’eau minérale de Contrexéville. Mamelet [25] rapporte en 1840 que les habitants des villages voisins de temps immémorial en ont fait usage contre les maladies des voies urinaires et contre quelques maladies rebelles de la peau.

La tradition fait remonter à 1759 la spécialisation actuelle de l’eau de Contrexéville.

« Une jeune demoiselle, âgée de 10 ans, dit Bagard [3], était tourmentée de la pierre, on la conduisit, il y a deux ans, à Lunéville, pour souffrir l’opération de la taille, ayant déjà été sondée auparavant et condamnée à cette cruelle opération. La saison ne s’étant pas trouvée propre on la différa. Cette enfant diminuait tous les jours et on attendait une mort certaine.

« On la fit venir à Bourmont qui n’est pas éloigné de Contrexéville, et dès le premier printemps qui était celui de 1759, on lui fit prendre les eaux de Contrexéville qu’on allait puiser à la fontaine. Elle se trouva d’abord considérablement soulagée, elle commença à retenir ses urines et à reprendre de l’embonpoint. Ayant continué les eaux à l’arrièresaison, elle s’est trouvée de mieux en mieux.

« Enfin elle est allée au printemps dernier à Contrexéville où elle a passé une quinzaine de jours et est revenue à Bourmont.

« Quelques jours après son retour, elle ressentit

des douleurs très aiguës à la vessie et à son col, qui lui causèrent une espèce de faiblesse : le lendemain, pareil accident lui survint, mais le surlendemain matin à son lever, elle prit le pot de chambre pour uriner, elle rendit à ce moment, sans peine, une pierre de la grosseur d’une grosse balle de calibre mais irrégulière qui tomba comme un plomb dans le pot. »

Un tel résultat, qui à ce moment-là tenait du miracle, parvint à la connaissance du roi Stanislas de Lorraine; celui-ci s’empressa d’envoyer son premier médecin, Bagard, qui examina les eaux, recueillit les témoignages des personnes qui avaient été soulagées par elles et fit un rapport qu’il lut le 10 janvier 1760 devant la Société Royale des Arts et Sciences de Nancy.

« Les eaux minérales de Contrexéville, conclut Bagard, sont souveraines dans les maladies des reins, des uretères, de la vessie et de l’urèthre, telles que la pierre, la gravelle, les glaires, les suppurations, les ulcères de ces parties et les carnosités de l’urèthre. Nous osons avancer, sur des témoignages non suspects que les eaux de Contrexéville sont souverainement efficaces contre la pierre qu’elles détachent et font sortir de la vessie quand elle n’est que d’une grosseur médiocre; qu’elles ont la propriété de dissoudre en fragments celles qui sont plus grosses et d’une nature plâtreuse et gravelleuse même celles qui sont en partie plâtreuses et en partie murales. »

Quelle est l’autorité scientifique de Bagard ? De

Feller [13] dans son Dictionnaire historique, en 1832, lui consacre ces quelques lignes :

« Bagard (Charles), premier médecin de Stanislas, roi de Pologne, né en 1696 à Nancy, où il mourut... publia plusieurs ouvrages de médecine de peu d’intérêt sur la petite vérole, la thériaque, les eaux minérales de Nancy et de Contrexéville... »

Nous retiendrons tout de même de Bagard qu'il fut le premier à faire valoir devant le monde médical les vertus des eaux de Contrexéville; son nom doit donc être associé à l’origine de cette station.

Bagard [3] mourut en 1772 sans publier d’autres observations scientifiques sur les eaux, mais la renommée des eaux de Contrexéville avait fait son chemin et avait attiré l’attention de la cour du roi de France.

M. Raulin, membre de la Commission de médecins établie par Louis XV et inspecteur des eaux, chargea le docteur Thouvenel [32] de fournir un rapport officiel sur les eaux de Contrexéville. Thouvenel publia en 1774 un « Mémoire Chymique et Médicinal sur les principes et vertus des Eaux minérales de Contrexéville en Lorraine ».

« Mémoire dédié à Monseigneur de Chaumont. Chevalier, marquis de la Galaizière, maître des requêtes et intendant des duchés de Lorraine et Barrois. » Dans sa dédicace, Thouvenel dit :

« … Recevez-en l’hommage avec bonté; ce sera pour moi l’heureux présage d’utilité de mon travail et pour le public, le garant de l’attention que vous

voudrez bien accorder à la source de Contrexéville qui dans son état de célébrité naissante, manque, pour ainsi dire, de tout ce qui peut la féconder et l’accroître. »

Thouvenel confirma qu'avant Bagard, personne ne s'était occupé sérieusement de faire valoir les eaux de Contrexéville. Il trouva, lui aussi, la « Fontaine » dans un piteux état et grâce à la générosité de l’abbé de Bouville, fit capter et utiliser deux sources. Thouvenel avait été chargé surtout de faire l’analyse des eaux. Avant lui, Bagard avait essayé de les définir, mais ce qu’il en fait connaître ne saurait passer pour une indication analytique. Il dit par exemple que les eaux sont savonneuses et saxifrages, qu’elles contiennent du bitume, qu’elles verdissent le sirop de violettes, etc.

Thouvenel a fait au moins quelques recherches qualitatives. Il nous dit d’abord que cette source vient très profondément des entrailles de la terre, et qu’elle fournit 8 pieds 8 pouces cubes d’eau par minute, soit 275 litres-minute.

Ces opérations chimiques comportent surtout des évaporations à siccité de grandes quantités d’eau, des évaporations partielles, distillations des résidus avec et sans esprit de vin, etc. C’est ainsi que dans son rapport il mentionne la présence, dans les eaux, « d’un sel marin à base terreuse, sélénite et sel de seidlitz » et plus loin il énumère les éléments qu’il estime avoir trouvés et que je transpose en langage moderne : calcium, sodium, magnésium, chlore, sul-

fates, matières organiques, acide carbonique et carbonates.

Thouvenel [32] se dépensa pour faire aménager les sources et pour y attirer une clientèle.

Quatre ans après la publication du mémoire de Thouvenel, parut un ouvrage sur l’analyse de l’eau de Contrexéville :

« Analyse de l’eau de Contrexéville. Dissertation chymique sur les Eaux Minérales de la Lorraine par Monsieur Nicolas, Maître ès Arts et en Pharmacie, Démonstrateur Royal de Chymie, en l’Université de Nancy, 1778. »

Cette fois c’est un pharmacien qui est l’auteur de ce travail et, plus familiarisé avec les choses de la &« Chymie », il donne naturellement plus de précisions. Je m’empresse de dire que son mémoire, fort intéressant à consulter, cite des chiffres pour la première fois. Nicolas, de Nancy, est donc l’auteur des premières analyses quantitatives de l’eau de Contrexéville [28].

Après description de l’eau qui concorde avec celle de Thouvenel, Nicolas dose certains éléments au cours de vingt-huit expériences. Ses expériences portent sur la source principale : Pavillon.

Il remarque que cette eau perd son goût ferrugineux par le transport.

En évaporant 25 pintes, à une température ne dépassant pas 100° centigrade, il en retire 512 grains de résidu soit, d’après lui 10 1/4 grains par livre.

Ceci correspond à 1,1440 grammes par litre.

Je rapporte ici les conclusions de Nicolas :

« 1° Il résulte de toutes ces expériences que les eaux de Contrexéville, tiennent dans un vrai état de dissolution par moyen du gaz ou fluide électrique environ un quart de grain de fer par livre d’eau (soit 0,028 grammes par litre) ;

« 2° Que la terre calcaire qui s’y trouve y est aussi combinée avec le gaz, ce qui produit une espèce de sel neutre susceptible de décomposition, pour peu que la chaleur à laquelle il seroit exposé fut supérieure au degré que donne au thermomètre l’eau qui le tient en dissolution; ce qui rend ces eaux très difficiles à transporter sans altération;

« 3° Que ces eaux sans avoir un goût piquant bien marqué ont cependant action sur des matières terreuses et métalliques;

« 4° Que le sel marin à base terreuse qui s’y trouve peut être évalué à 1 1/2 grain par livre (soit 0,168 grammes par litre) ;

« 5° Qu'il existe naturellement dans ces eaux, environ un demi-grain de sel seidlitz par livre (soit 0,056 grammes par litre) ;

« 6° Qu’une livre de ces eaux contient à peu près 5 grains de sélénite calcaire (soit 0,560 grammes par litre) ;

« 7° Il ne se trouve dans ces eaux ni bitume, ni matière grasse quelconque, mais seulement un peu de phlogistique uni aux substances calcaires que contiennent ces eaux;

« 8° Enfin que la couleur noire que prend le résidu des eaux de Contrexéville par la calcination est en partie due au fer que contiennent ces eaux et à la petite quantité de phlogistique qui accompagne les substances terreuses. »

Nicolas a donc obtenu les résultats suivants :

GRAMMES PAR LITRE

Carbonate de ler nes RIRE 0,028 Chloruretde SOdIUMERR TE re 0,168 Sulfate de MAapgnésie. =. .—......... 1 0,056 SULIA TE DeLCRAUX EEE 0,560 GarbonatetdelchAausR Eee rene Non apprécié.

Acide carbonique libre................ Non apprécié. RÉSIAUTSECLASL OO PR ER RE 1,144

Evidemment, les méthodes analytiques sont très critiquables; cependant ce résultat nous donne une idée de l’eau il y a un siècle et demi.

Nous voyons donc que vers 1780, on s’occupait déjà de Contrexéville. La station devenait à la mode, la cour y allait pour y faire sa cure annuelle, rafratchir un organisme régulièrement intoxiqué par une alimentation trop riche et trop abondante.

Le voyage était long et fatigant, les aménagements précaires, cependant la valeur curative des eaux compensait tous les ennuis du déplacement. Contrexéville aurait connu une tout autre prospérité, dans les années qui suivirent, si les événements de 1789 n'étaient venus troubler son progrès.

En effet, l’émigration priva Contrexéville de ses principaux clients. L’oubli dont souffrirent toutes les villes d’eau, causa un tort énorme à cette station, dont le succès s’ébauchait à peine. Pas de malades, pas d’études scientifiques sur les eaux. Aussi faut-il attendre cinquante ans avant de voir renaître la prospérité de Contrexéville.

En 1827, par exemple, on n’y voyait plus guère par an que soixante à quatre-vingts personnes, d’après Fodéré [15 et 26]. Cet auteur, professeur à la Faculté de Strasbourg, publia en octobre 1827, une analyse des eaux du Pavillon, analyse qu’il exécuta à Contrexéville même. Ses résultats sont plus intéressants que ceux des trois auteurs précédents, car entretemps, et à la suite des découvertes de Lavoisier, la chimie analytique s’était beaucoup développée. Fodéré établit la présence des éléments principaux : acide carbonique libre, carbonate, sulfate et chlorure de chaux, de magnésie, du fer carbonaté, démontrant que ce dernier élément se précipite au fur et à mesure de l’exposition de l’eau à l'air.

Fodéré évapore lentement 44 onces d’eau du Pavillon, il constate que cette eau se trouble et blanchit, et obtient 53 grains de résidu, de la composition suivante :

GRAMMES PAR LITRE Sulfates de chaux et de magnésie. 24 grains 0,9470 Carbonates de chaux et de magnésie et peut-être un peu d’alu-

NEA IT TR RE 23 > 0,9080 Muriate de chaux et magnésie.... 1,5 » 0,0592 Oxyde de fer environ........... 5 ÿ 0,0592 SILICE RARE SR Re D 25e 0,0987 Matière organique............... 0,5 >» 0,0197

a — ——— FOrTALES Ste 53 grains 2,0918

Fodéré [15] analysa aussi le dépôt ocreux qu’il préleva dans le bassin. Voici ses résultats sur un poids de 24 grains :

Carbonate de fer... 10 gains, soit 41,66 % State rte iChAUx RATES 7 > 29,17 % ATUMIN ER SE Re ee 4 > 16,66 % SLLICES Se El PT 2 8,33 % PCR, RER Re Re 1 417 %

Presque au même moment, Octobre 1828, M. Col-

lard, de Martigny [8], analysa aussi les eaux de Pavillon. Ici encore, l’eau est « évaporée au feu doux d’une lampe évaporative ». Quatre livres d’eau lui donnent 4,559 grammes de résidu « brillant, lamelleux, crystallin ».

. Le résidu est ensuite soumis à l’action de l’alcool à divers degrés de concentration, à l’action de l’eau froide et bouillante, à celle de l’acide chlorhydrique et du bicarbonate de potasse.

Ces diverses manipulations permettent à M. Collard d’affirmer la présence et les proportions des composés suivants :

GRAMMES PAR LITRE

SUR LCR O SC RARE ne D Re Ne is 1,0795 SURÉATENT ET TABTÉS IE SE EE à à 216 oun se To «ele 0,0215 Sous-carbonate de chaux.................. 0,8055 Sous-carbonate de magnésie.............. 0,0165 Sous-carbonate de soude............:..... 0,0035 MBA LEA T er ChAUX SR M Ne in ne ne 0,0380 Muriateëde, MASNÉSIE. en en had 0,0115 INTÉEA TE er C HAUTE rt Len here Traces.

Protoxyde de fer surcarbonaté............ 0,0905 SC RR Er r t t neuà 0,1780 Matière organique insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcooi surtout à chaud, peu SONTDIe Ans letDér Er er Pr ee 0,0335 HOT 0 AS em en ND D TT PAS 0,0015 LOTAT AR re: 2,2795

Fodéré [15] et Collard [8] ont obtenu des chiffres fort intéressants.

GRAMMES PAR LITRE

En 1827, Fodéré trouve un résidu sec de:.... 2.0918 En le 28 COlardirOVE Eee er Lure. 2,2795 Pouroctobre 1922 A1 ITOUVÉ: 0. 2,2310 Pournoctebre IST RE encor . 2,2410

L'eau de Pavillon n’a donc pas beaucoup varié

depuis 1827.

Collard et Fodéré ne sont pas d’accord sur certains éléments trouvés. Collard n’admet pas la présence d’alumine dosée par Fodéré, tant dans les eaux que dans les dépôts des bassins. Fodéré n’a pas trouvé du sous-carbonate de soude et de nitrate de chaux mentionnés par Collard. Tous deux sont d’accord pour nier la présence du chlorure de sodium que Nicolas avait trouvé et dosé. Aussi attribuent-ils cette erreur à l’imperfection des méthodes employées par le pharmacien de Nancy.

Collard fit ensuite l’analyse des gaz dissous. Il trouva que l’eau dégageait un peu moins des deux tiers de son volume de gaz, de la composition suivante :

OXVeerer AE RENE 11 AZOLES AR NN Re et de 30 ACide carbonique. 2 - mcn 59

Il fit alors l’analyse des dépôts du bassin et y retrouva du fer, de la silice, du sous-carbonate et sulfate de chaux, des traces de magnésie, d’ammoniaque et même exactement 3 % de... mousse.

On admettait alors, que les traces d’ammoniaque provenaient de l’action sur l’azote atmosphérique de l'hydrogène naissant, formé par suite de décompositions chimiques.

A.-F. Mamelet [25], que j'ai déjà cité, était un ancien chirurgien militaire. Thouvenel le fit venir

à Contrexéville et ils collaborèrent de nombreuses années pour faire connaître les eaux de cette station.

Si l’on doit à Bagard et à Thouvenel la création de cette station, c’est surtout Mamelet qui l’a fait connaître au monde médical de l’époque.

Il publia en 1825 une « Notice sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales des eaux de Contrexéville » bien conçue et agréablement écrite; elle fut lue autant par les buveurs que par les médecins. Il y eut quatre éditions de 1825 à 1851. Si Mamelet [25] n’apporta guère de contribution personnelle à l’étude des eaux, on lui doit d’avoir rassemblé et commenté toutes les analyses antérieures qui nous échapperaient sans cette notice. À côté de ses nombreuses observations cliniques, il donna un bref aperçu des propriétés physiques de l’eau et de la méthode de captage de la source Pavillon.

Peu d’ouvrages sur Contrexéville ont connu un succès égal. Contrexéville vit affluer un nombre de malades croissant chaque année.

À partir de ce moment, les travaux sur les eaux deviennent de plus en plus nombreux, mais il faut avouer que la plupart des auteurs, se contentent de reproduire les notices précédentes, de recopier, infidèlement parfois, de vieilles analyses.

A côté de ces publications, je citerai seulement celle du docteur Treuille [37], qui, ayant été soigné à Contrexéville, en fut si satisfait qu’il rassembla toutes les informations utiles à connaître concernant

cette station, et publia une notice, qu’il accompagna de sévères remarques, sur le captage et l’aménagement des sources.

Ossian Henry [18] en 1852 et le Bureau d’essai de l'Ecole des Mines [7] en 1858 et 1859, analysèrent la série des eaux minérales de Contrexéville. Fait curieux, les résultats d’Ossian Henry sont systématiquement plus élevés que ceux du Bureau d’essai de l’Ecole des Mines. Naturellement, ce sont les chiffres d’Ossian Henry que l’on mit en vedette, en publiant les analyses des sources, comme s’il était bien établi que l’action thérapeutique des eaux est directement proportionnelle à leur minéralisation.

En 1864, Debray [10], membre de l’Institut, analysa l’eau de la source Pavillon.

Le travail le plus complet, sur les eaux des sources de Contrexéville est dû à Braconnier, ingénieur des mines à Nancy, qui s’est occupé plus généralement. des sources vosgiennes. J’exposerai plus loin ses observations d'ordre géologique et chimique. Je n’ai malheureusement pas pu me procurer le travail de Braconnier, je n’en ai eu connaissance que par lextrait donné par MM. Bordas et Guillerd [5] dans leur article sur les eaux du trias vosgien. Braconnier a analysé en particulier l’eau du Pavillon, mois par mois, de janvier à juin 1879.

Le captage de la source

Pavillon

À l’époque où Bagard [3] a visité Contrexéville, la venue d’eau, qui est aujourd’hui la source du Pavillon, jaillissait dans un endroit marécageux d’accès difficile, entourée de toutes parts d’eau stagnante et boueuse; l’eau minérale était largement diluée par de l’eau commune; l’aspect de cette source devait être peu encourageant, car on a noté lors de la miraculeuse. guérison qui fit la renommée de Contrexéville que l’on avait puisé l’eau à l’endroit où elle paraissait la plus claire. Voici d’ailleurs ce que dit Bagard au sujet de la source Pavillon :

« Vers le milieu du village, au pied d’une maison, sort une source abondante qui donne naissance à la rivière de Verre, laquelle se partage en deux branches : l’une coule au pied de la montagne qui est au couchant, l’autre traverse le village qui est au Midi, et reçoit les eaux de plusieurs fontaines particulières, en sorte que depuis la source de cette rivière, qui coule à l’orient Contrexéville est une presqu'île environnée d’eau de part et d'autre.

« C’est au centre de cette isle, au milieu d’un jardin verger humide dans toute son étendue que se trouve, au couchant du village, la Fontaine minérale qui est éloignée de l’une et de l’autre montagne d'environ quatre-vingts toises.

« Il serait à désirer que ces sources, et le continent dans lequel elles sont enfermées, fussent entretenues, réparées et conservées sous les ordres et la direction d’un architecte sage et intelligent qui priît toutes les connaissances et les mesures les plus justes pour empêcher que les eaux étrangères ne s’y mélassent et pour détourner les débordements de la rivière et du déchargeoir. »

Plus tard, en marge d’une édition ultérieure de son ouvrage, Bagard écrivait à propos des réparations qu’il avait préconisées.

« … On a construit un nouveau bassin de quatre pieds de diamètre, enfermé d’un mur en bois de dix pieds, et la source est couverte d’un toit » (!).

On s'était donc contenté d'aménager les abords immédiats de la source, de les rendre plus ou moins accessibles et de les soustraire à l’action de la pluie et des poussières, des eaux de surface et de la végétation. À ce propos, il est bon de noter, que l’eau fut d’abord classée comme sulfureuse, mais Bagard se rendit vite compte que ce n’était point sa vraie nature et que les odeurs sulfhydriques provenaient

() C’est probablement à la construction de ce pavillon que la source doit son nom.

uniquement de la décomposition des matières végétales qui se trouvaient aux abords immédiats de la source.

Bagard [3 |, avait très justement reconnu la nécessité d’un captage correct mais les travaux entrepris furent bien insuffisants, car en 1774, lorsque Thouvenel arriva à Contrexéville, la protection de la fontaine était de nouveau bien précaire. Thouvenel, rapporte dans son mémoire les faits suivants :

&« Depuis 1760, le mauvais état où était cette source, corrompue par le mélange des eaux d’un marécage au fond duquel elles sont situées, d’une source d’eau commune qui, à neuf pieds en terre coupait la source minérale, a mis obstacle à la célébrité que Bagard croyait lui être due. »

« Telle était la fonction de cette Fontaine, lorsque M. l’abbé de Bouville, à la suite de deux opérations de la pierre, s’y rendit au mois d’août 1773. Il reconnut d’abord la cause de l’altération de ces eaux dans la construction même de la Fontaine, qui n’était défendue du mélange des eaux étrangères que par une boëte de planches, mises pour contenir les terres et qui, par laps de temps, étaient totalement consommées par pourriture. »

Thouvenel [32], grâce aux subsides de l’abbé de Bouville (le propriétaire étant complètement dénué de ressources) essaya de mettre « à jamais cette Fontaine à l’abri de toute espèce de filtration ».

« Des fouilles furent faites sous la direction du docteur Thouvenel : à quarante pieds de profon-

deur, on trouva la source pure et on eut la certitude qu’elle ne pourrait plus être altérée par d’autres eaux. Alors, on construisit un puits en maçonnerie, bien cimenté et corroyé, qui mit l’eau minérale à l’abri de tout mélange. Tel est encore l’état de cette fontaine. »

D’après Mamelet [25], il n’existe aucun écrit relatant les travaux qui ont été faits pour détourner les eaux qui altéraient la pureté de cette fontaine. Ces renseignements lui ont été donnés par Drouillot, le propriétaire de ces eaux, qui disait les tenir de son père et du docteur Thouvenel.

Thouvenel ordonna la construction de l’établissement thermal. D’autre part, ayant découvert une source d’eau dans le lit même du Vair, il en fit l’analyse. Comme cette source présentait les mêmes caractères que celle du Pavillon, il la fit capter pour alimenter les thermes.

Les projets de Thouvenel ne furent pas réalisés sans peine et ses efforts pendant quinze années furent totalement perdus. L’émigration priva Contrexéville de ses habitués dont la majorité était composée de l’aristocratie et d’une importante clientèle anglaise. « La pauvre source resta triste et délaissée toujours avec ses qualités bienfaisantes » disait un auteur anonyme en 1837 [1].

Les travaux de Thouvenel [32] cependant, furent plus durables que ceux préconisés par Bagard. Le captage était encore solide en 1851, mais, malgré l’afflux croissant des buveurs, l'aménagement des sour-

ces était encore fort imparfait. Le docteur Treuille, en 1858, réclamait des modifications immédiates. « La source principale, dit-il, celle du Pavillon ou de la Buvette, se trouve aujourd’hui exactement telle qu'elle était installée au dernier siècle. d’autre part, pour remplir son verre à cette source du Pavillon, il faut descendre trois marches, puis encore se baisser au niveau du sol. Il est facile de concevoir que ce mode compliqué de puisement devient souvent difficile aux personnes âgées, qu’il est toujours pénible aux dames, impossible aux goutteux. »

La nécessité de refaire le captage s’imposa en 1858. À cette époque, l’Inspecteur des eaux de Contrexéville fit creuser un puits, dans sa propriété, à 112 mètres de la source Pavillon. Il y installa deux pompes qu'il fit actionner et obtint un débit de 6 litres-minute; par une coïncidence curieuse, la source du Pavillon tomba du même coup au chiffre très bas de 7 litres-minute. Jutier, ingénieur des Mines, fut chargé de recapter la source Pavillon. Il fallait non seulement mettre la source à l’abri des eaux étrangères, mais aussi empêcher son détournement au profit de puits voisins.

A la suite de cet incident, les propriétaires de la source obtinrent la déclaration d'intérêt public, le 4 août 1860 (l’autorisation d’exploitation avait été accordée en 1856) et un périmètre de protection fut attribué le 20 juin 1861.

L'autorisation d’exploiter le nouveau puits ayant été donnée en 1861, la Société des eaux de Contrexé-

ville qui avait en vain combattu la demande s’empressa d’acquérir le puits. Elle reconnut en 1862 que le fléchissement dans le débit de Pavillon n’était dû qu'aux défectuosités dans le captage. Jutier, au moyen d’un puits de deux mètres et d’un corroi d’argile, porta en 1859, le débit de la source Pavillon à 200 litres-minute, alors qu'auparavant, ce débit ne dépassait pas 70 litres-minute.

Le griffon de la nouvelle source fut épuisé par une pompe puissante et maintenu à sec pendani 22 heures. Malgré ce violent appel d’eau le débit de Pavillon qui était alors de 170 litres avant l’expérience ne tomba pas, pendant la durée de celle-ci, au-dessous de 154 litres-minute, soit une réduction inférieure à 10 %.

De nouveaux sondages aux abords du périmètre de protection ayant donné deux nouvelles sources minérales, la Société des eaux s’inquiéta de nouveau pour la conservation de ses sources et demanda l’extension du périmètre de protection. Cette extension, combattue par le Service des Mines, fut néanmoins reconnue nécessaire et un décret du 2 mars 1885 accorda une superficie de 22 ha 62 comme aire de protection. De nouvelles demandes d’extension en 1906 et 1908 consécutives à de nouveaux sondages exécutés dans des propriétés voisines ne furent pas acceptées par les organismes officiels. |

Le captage de Jutier fut conservé jusqu’en 1908; à cette date il suffit de refaire le corroi d’argile; depuis, on s’est contenté de remplacer les tuyaux du

trop-plein vers l’usine de l’embouteillage; on a substitué de l’étain pur aux tuyaux de fonte.

Le débit de la source Pavillon qui s’éleva jusqu’à 215 litres-minute le 2 mars 1876 à la suite d’une abondante fonte de neige, a sensiblement varié par la suite. Retombé à 127 litres-minute le 15 mars 1879, il oscille annuellement entre 90 et 140 litres-minute suivant les saisons.

Pavillon est la principale source de Contrexéville ; parallèlement aux améliorations de son captage on a développé l’Etablissement thermal où les malades viennent boire l’eau et recevoir des soins hydrothérapiques.

Pour avoir une installation moderne, l’Etablissement thermal a été reconstruit dans sa totalité en 1910.

Il comprend la buvette abritée par la coupole du Pavillon, les galeries promenoir et les thermes. Il forme un bel ensemble architectural gréco-byzantin ; de plain-pied avec l'établissement s’étend un très beau parc.

Afin de faciliter le traitement, quatre autres sources, Quai, Prince, Souveraine et Duchesse ont été groupées sous la colonnade des galeries-promenoirs, à quelques mètres de la source Pavillon.

Page 1