L’ALBUMINE
Les connaissances antérieures à 1890 ont été résumées par M. Le Noir dans sa thèse. La statistique de cet auteur porte sur 715 cas personnels ou dus à M. Bouchard; M. Le Noir a observé l’albuminurie dans près d’un tiers, exactement dans 30,18 0/0. L’albuminurie chez les phtisiques peut être considérable et permanente; généralement modérée ou faible, elle est temporaire. Elle reconnait une pathogénie complexe : elle est le plus souvent sous la dépendance d’une lésion rénale, mais elle peut exister en dehors de toute altération du rein; elle est alors dyscrasique et peut être due à l’une des causes suivantes : l’hyperthermie, les troubles gastro-intestinaux, les altérations hépatiques, les troubles de la nutrition, la cachexie tuberculeuse.
M. Teissier a décrit une albuminurie prémonitoire de la tuberculose; la quantité d’albumine varie de 0 gr. 20 à 0 gr. 80 par vingt-quatre heures; l’albuminurie est continue ou intermittente, et alors c’est le matin que les urines en renferment la plus forte quantité; elle s'accompagne de polyurie, d’hypertoxicité urinaire et d'élimination excessive des phosphates et des sels. L’albuminurie alterne avec d’autres manifestations locales de l’intoxication, par exemple avec des poussées de congestion pulmonaire.
GLYCOSURIE
Elle est assez rarement constatée dans l’urine des phtisiques; elle a été rapportée aux altérations hépatiques, aux troubles nerveux, à la gêne respiratoire ou à la perversion de la nutrition générale. Il faut évidemment mettre à part les cas de diabète secondairement compliqués de tuberculose, qui appartiennent moins à cette dernière maladie qu’au diabète antérieur. M. Bouchard a montré que la phtisie se développe presque exclusivement chez les diabétiques albuminuriques : « Dans le diabète, en général, la phtisie ne survient que dans 8 0/0 des cas. Chez les diabétiques albuminuriques, dans 48 0/0. L’albuminurie se rencontre 32 fois sur 100 diabétiques : dans le diabète compliqué de phtisie, elle se rencontre 66 fois sur 100. »
INDICANURIE
Elle a été étudiée surtout dans la tuberculose infantile. Mademoiselle Djorich la trouvait constante chez les enfants tuberculeux, et Hocksinger soutint la même opinion au congrès de Pédiâtrie de Brême. Steffen, par contre, la trouva moins fréquente que les auteurs précédents, et Voûte (1), puis Audiganne (2), dénièrent à l’indicanurie tout rapport avec la tuberculose elle-même. Il semble qu’elle se rencontre également du reste chez les adultes et chez les enfants et qu’elle indique avant tout des désordres dans la digestion intestinale
UROBILINURIE Hanot, sur 300 examens d’urine de tuberculeux pratiqués
à l'hôpital Saint-Antoine, a trouvé l’urobiline dans 38 0/0
(1) Voure : Quelques remarques sur la coïncidence de l'indicanurie et de la tuber culose chez les enfants, Paris, Steinheil, 1896. (2) AUDIGANNE : Thèse de Paris, 1898.
NE Lu
chez les hommes et 30 0/0 chez les femmes. Hayem (1) n’a pas constaté la même fréquence et met l’urobilinurie au compte d’une autre affection que la tuberculose (alcoolisme, lésion hépatique). Les résultats de Hanot s'expliquent, d’après M. Hayem, par ce fait que la clientèle de Saint-Antoine est une clientèle de buveurs, dont le foie est très souvent altéré.
Audiganne n’a pas non plus constaté fréquemment l’urobilinurie.
LA TOXICITÉ URINAIRE (2)
On sait que, d’après M. Bouchard, la toxicité de l’urine normale est de 45 centimètres cubes, c’est-à-dire qu’il faut 45 centimètres cubes de cette urine pour tuer un kilogramme de lapin. M. Le Noir (5) a constaté que dans les urines non albumineuses, la toxicité est diminuée jusqu’à une proportion de moitié dans certains cas, que la fièvre soit modérée, ou que la température atteigne 40°. L’albuminurie permanente fait varier en plus ou en moins la toxicité. L’affaiblissement se comprend par l'effet d’une néphrite, par l'alimentation faiblement minéralisée. L'augmentation de la toxicité ne peut trouver son explication que dans les circonstances opposées, auxquelles il faut joindre la toxicité qui appartient aux matières albuminoïdes contenues dans ces urines (P. Le Noir).
Chrétien (4), dans sa thèse, a fait porter les recherches sur 20 malades : 6 seulement ont présenté un coefficient de toxicité urinaire inférieur à 110; mais, dans tous ces cas, Chrétien a pu trouver la ou les raisons accessoires de cette toxicité normale ou même élevée.
(1) Haye : De l’urobilinurie chez les tuberculeux. Bull. et Mém. Soc. méd. des Hôp. de Paris, 3 t. XIII, 195 et 196, 1896.
(2) Boucxarp : Sur les poisons qui existent normalement dans l'organisme et, en particulier, de la toxicité des urines, Acad. des Sciences, mars 1886. — CHARRIN : Toxicité des urines.
(8) Le Norr : Thèse de Paris, 1890.
(4) Carériex : Thèse de Paris, 1896, Fièvre des tuberculeux, Toxicité des crachats et des urines.
LPS
Les 14 autres malades ont un coefficient de toxicité supérieur à 410, oscillant entre 144 et 273.
Dans 70 0/0 des cas, il y a diminution de toxicité de la moitié au quart avec 55 comme moyenne de la normale.
Chrétien a trouvé que les urines des phtisiques sont non seulement hypotoxiques, mais hypothermisantes et la diminution de la toxicité urinaire chez les tuberculeux implique la non-élimination des matières extractives et des substances toxiques.
DIAZO-RÉACTION
La réaction diazoïque a été signalée par Ehrlich : en présence de corps diazoïques, certaines urines, préalablement mélangées à de l’ammoniaque, prennent une coloration rouge qui disparait ensuite pour faire place à une teinte verdâtre. La réaction ne se produit pas dans les urines des individus sans, elle est toujours liée aux phénomènes fébriles. A la première période de la tuberculose, la diazo-réaction est inconstante, et n’a par suite aucune valeur diagnostique; au contraire, quand elle est permanente dans les tuberculoses avancées, elle est d’un pronostic fâcheux, car elle indique la marche progressive des lésions (Périzold, Petri, Georgiewsky, etc.).
Néanmoins d'après MM. Lœper et Oppeinheim (1), la diazo-réaction peut s’observer d’une façon intermittente dans les urines de tuberculeux peu avancés et dont l’état général est assez bon. Elle est alors l'indice probable de l’éclosion de nouveaux foyers bacillaires et son pronostic n’est pas très grave.
D’après Iscovesco (1), la diazo-réaction est constante dans la tuberculose miliaire aiguë.
. (1) Logper et OPPEINHEIM : Diazo-réaclion (Revue générale, Gazette des Hôpitaux, 25 mai 1901).
(2) Iscovesco : La fonction urinaire chez les tuberculeux (Thèse de Paris, 1902)