CHAPITRE PREMIER
Définition de la nutrition.
Pathogénie des troubles de la nutrition chez les tuberculeux.
« La nutrition, a dit M. Bouchard, c’est la vie, avec son double mouvement d’assimilalion et de désassimilation, de réparation et de destruction ».
Appliquant cette définition aux tuberculeux, il nous est facile, par la plus sommaire observation, de prévoir que leur nutrition doit être profondément troublée, puisque, chez eux, assimilation et désassimilation sont également perverties. D'abord le phtisique est très souvent anorexique, et par suite il restreint son alimentation bien au-dessous du taux normai, heureux encore si un vomissement provoqué par la toux et survenant aussitôt après le repas, ne vient encore amoindrir jusqu’à presque l’annihiler parfois, sa timide tentative de réparation alimentaire. L’estomac du tuberculeux ne secrète souvent qu’un suc gastrique au pouvoir digestif très diminué,
ee
et l'absorption du chyme enfin se trouve entravée par les lésions si communes de lentérite.
Cet organisme, ainsi mis en état de véritable inanition, doit malheureusement faire les frais de dépenses exagérées par les pertes importantes que lui font subir l’expectoration, les sueurs, les vomissements, la diarrhée, enfin l’hémoptysie.
Mais ce défaut d'équilibre entre les recettes et les dépenses n’est qu’une des nombreuses causes qui modifient si profondément la nutrition du phtisique. Le processus tuberculeux, localisé dans le poumon, par le rétrécissement progressif du champ respiratoire, réagit très vite sur l’hématose, conduisant ainsi le malade à l'intoxication et à l’asphyxie.
Ces considérations se trouvent amplement confirmées, d’une part par l’amaigrissement si marqué qu’on observe chez les malades, par la difficulté qu’éprouve le médecin à leur faire regagner un peu du poids perdu, puis à maintenir cet engraissement, si bien que les malheureux sujets finissent par tomber dans la déchéance organique la plus complète et la cachexie la plus accentuée. D’autre part, elles donnent la raison du teint jaunâtre, terreux des phtisiques, en expliquant l’anémie, qui tantôt chez eux revêt la forme commune, tantôt au contraire, surtout au début de l'infection et chez les jeunes femmes principalement, affecte si bien l'allure de la chloro-anémie.
L'ostéo-arthropathie hypertrophiante pneumique, les doigts hippocratiques, sont aussi lexpression des troubles de la nutrition du tissu osseux, sous l'influence de la tuberculose.
Les troubles nutritifs ne sont pas du reste spéciaux à la tuberculose ; ils s’obsarvent aussi dans toutes les autres infections. Il est bien connu, en effet, aujourd’hui, par de nombreuses recherches, que le mouvement vital se trouve profondément modifié par les germes, où plutôt, comme l’a si bien démontré Charrin, pour le bacille pyocyanique, par les produits solubles qu’ils sécrètent.